5. La peinture comme exégèse
Il n'y a donc pas, dans l'art de Fra Angelico, qu'une simple rhétorique de la prédication destinée à inculquer les vérités chrétiennes fondamentales aux laïcs florentins du xve siècle. Il y a aussi cette exigence d'une « mémoire du mystère », exigence qui se manifeste au plus haut point dans les fresques de San Marco : alors, la peinture porte ses moyens à l'extrême de la concision figurative, méditant les saintes Écritures au-delà de toute istoria, de toute anecdote, au-delà même de toute iconographie au sens classique. En cherchant à toucher l'« œil spirituel », en cherchant à se donner comme un Giardino di orazione (genre d'ouvrages fort médités à cette époque), la peinture d'Angelico se démontre alors comme un très subtil champ d'exégèse.
On voit en effet les significations scripturaires s'épanouir dans toute la peinture d'Angelico à la manière de ces textes immenses qui, au Moyen Âge, faisaient proliférer le sens de chaque mot ou de chaque passage biblique. Dans les principaux thèmes qu'il aura ainsi traités – l'Annonciation, la maternité divine, la Crucifixion, le couronnement de la Vierge –, Fra Angelico se sera attaché, toujours, à dépasser la simple image, la simple représentation des motifs ; et, selon le système canonique de la pensée exégétique, il aura cherché, par-delà chaque histoire (historia), à indiquer une leçon morale (tropologia), une vérité doctrinale (allegoria) et même un support de l'élévation mystique (anagogia).
On comprend mieux pourquoi les dominicains eux-mêmes ont nommé Angelicus ce peintre dont l'activité en soi pouvait être qualifiée de « mondaine », étant liée par essence au non-être et à l'apparence. Mais Fra Giovanni, prêtre dominicain de la branche réformée – la plus austère, vivant dans l'esprit de Catherine de Sienne et de Giovanni Dominici –, situait si haut les exigences doctrinales de son art que celui-ci ne pouvait qu'évoquer l'œuvre-phare de tout cet univers de pensée, à savoir l'œuvre du doctor angelicus, saint Thomas d'Aquin.
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