On pouvait croire le projet d'« améliorer la race humaine », qui définit l'eugénisme, à jamais disqualifié du fait des applications criminelles qu'il a inspirées par le passé dans de nombreux pays, et non pas seulement dans la seule Allemagne nazie comme on aurait parfois trop tendance à croire. Mais les progrès les plus récents dans la connaissance du génome humain ont pourtant réhabilité cette vieille ambition élitiste, débarrassée de l'idéologie raciste. En promettant à chaque individu la reproduction du meilleur de lui-même, la science rendrait-elle aujourd'hui enfin acceptable le principe d'une sélection génétique des embryons ? La question, comme par le passé, n'est pas seulement d'ordre scientifique.
1. Histoire de la notion
Les idées eugénistes remontent à l'Antiquité, où elles furent parfois appliquées (ainsi en Grèce, et plus spécialement à Sparte, où l'on abandonnait à la mort les nouveau-nés anormaux). Elles ne disparurent jamais complètement, resurgissant à diverses époques sous différentes formes, mais sans avoir d'applications, sinon très marginales.
C'est seulement à la fin du xixe siècle qu'il y eut une véritable théorisation de l'eugénisme. C'est à cette époque, en 1883, que le mot eugenics fut inventé par Francis Galton, à partir du grec ἔυγενης, qui signifie « bien né ». Étymologiquement, l'eugénisme (ou eugénique) se voulait donc la science des bonnes naissances.
• Un produit idéologique du XIXe siècle
Au xixe siècle, l'urbanisation et la prolétarisation inhérentes à la révolution industrielle avaient multiplié différents maux tenant à la paupérisation de certaines couches de la population, à leur rassemblement et leur promiscuité dans de mauvaises conditions d'hygiène au sein des villes. D'où un accroissement (mais aussi une plus forte visibilité, du fait de leur concentration) des maladies infectieuses (tuberculose, syphilis notamment), maladies mentales, troubles du comportement, alcoolisme, délinquance, etc. Comme la société industrielle était censée représenter le progrès, on ne pouvait lui imputer ces maux. Comme l'époque éta […]
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