Envisagée sous l'angle des pratiques électorales, l'histoire des élections est tout à la fois une histoire des techniques électorales, l'étude des comportements des agents impliqués dans le processus électif et la sociogenèse d'une forme singulière qui nous est aujourd'hui familière : l'élection libre et concurrentielle. C'est dire que cette histoire des élections ne peut se réduire à un relevé des résultats (qui a gagné), à l'exégèse des règles (qui peut gagner) ou à l'affirmation d'un credo démocratique (qui doit gagner). L'étude historique d'un tel phénomène donne à voir, bien au contraire, des pratiques et des enjeux diversifiés et permet de préciser les conditions optimales d'un modèle spécifique dont on peut espérer, en cernant ses contours, mieux en comprendre les logiques de fonctionnement. Étudier les élections dans une perspective historique apparaît ainsi comme une démarche indispensable à la compréhension de l'émergence de la politique comme activité spécialisée.
L'élection doit être analysée comme un fait social. À ce titre, il est nécessaire de préciser tout d'abord ce qui informe notre point de vue ou, si l'on préfère, les limites du cadre de l'étude.
En tant que pratique sociale, l'élection est aujourd'hui banalisée et ritualisée. Elle est présente dans beaucoup d'institutions : l'école, l'entreprise, les collectivités territoriales, les associations, etc. Toutefois, certaines institutions l'ignorent ou y ont recours avec parcimonie : l'armée, la justice, l'Église, la famille, les sectes, etc. Quoi qu'il en soit, beaucoup de postes ou de positions sociales ne sont pas déterminés ou accessibles par le moyen d'une élection. La plupart des situations de la vie courante sont déterminées par d'autres procédés : l'arrêté de nomination, le contrat de travail, les usages du droit de propriété, l'accord verbal, etc.
L'élection est traditionnellement identifiée, et ce de manière spontanée, à des positionsd'État, c'est-à-dire à des positions de pouvoir dont les règles de dévolution sont […]
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