3. Le poids du passé (XVIe-XVIIIe s.)
Les multiples questions soulevées depuis la Renaissance n'ont pas toutes été abordées par l'ordre des Dominicains avec la même lucidité et la même liberté. Déjà quelque peu prisonnier de son passé médiéval aussi bien dans ses formes de pensée que dans ses institutions, l'ordre apparaît désormais plus ou moins dépassé par des forces neuves, telles celles de la Compagnie de Jésus.
• Devant le déchirement de la foi
Avant même que la stabilisation politique des diverses Églises dissidentes ne condamne de nombreux couvents à la ruine, l'ébranlement de la Réforme avait déjà atteint nombre de religieux, plus ou moins entraînés dans le sillage de Luther, religieux mendiant comme eux ; le plus célèbre étant l'Alsacien Martin Bucer, bientôt chef de file du mouvement luthérien à Strasbourg. Mais d'autres, en même temps, en Allemagne ou en Italie, s'engagent dans la controverse contre les novateurs. En réalité, c'est dans un climat différent que s'amorce un véritable renouveau théologique, au sein des universités espagnoles dont Francisco de Vitoria et ses disciples contribuent à transformer les méthodes et à élargir les préoccupations. Cet effort porte ses fruits au Concile de Trente (1545-1563), mais ne met pas un terme aux disputes d'école héritées du Moyen Âge. À l'ancienne opposition des Mineurs et des Prêcheurs au sujet de l'Immaculée Conception s'ajoutent maintenant d'âpres et stériles discussions sur les rapports entre secours divin et libre arbitre de l'homme, nourrissant une rivalité entre Dominicains et Jésuites qui se maintiendra longtemps, au-delà même de la crise janséniste.
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