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VIETNAM

À la jonction de l'Asie orientale et du Sud-Est asiatique, baigné sur 2 000 kilomètres par la mer de Chine méridionale, le Vietnam occupe une situation stratégique incomparable entre la Chine et le monde malais, sur une des voies maritimes et aériennes les plus fréquentées de l'univers. Pour l'Occident, son nom est relativement récent. S'il figure, une seule fois – et entre parenthèses –, dans le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (Larousse) en 1873, on ne le trouve guère dans les encyclopédies occidentales avant 1948. Ce n'est qu'à cette date, en effet, qu'il s'est substitué à celui d'Annam (« Sud pacifié »), que les Chinois avaient donné au pays et que les Européens avaient adopté.

Le fait que le Vietnam, soudain surgi de l'obscurité à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ait été l'enjeu d'un des plus violents – et des plus longs – conflits du xxe siècle, encore dans toutes les mémoires, ne doit pas faire oublier que, en tant qu'État, il est plus ancien que les royaumes de France, d'Angleterre ou d'Espagne et qu'il ne peut donc être connu et compris sans que soit pris en compte l'ensemble de sa dimension historique.

L'histoire du pays, qui est remplie de luttes intestines et de guerres étrangères, a montré la capacité de résistance collective, l'ingéniosité et la patience, l'aptitude au combat dans les conditions les plus dures, les plus difficiles, voire les plus inégales, du peuple vietnamien. Après avoir été dominé et occupé durant un millénaire par la Chine, le Vietnam reste tributaire de celle-ci pendant huit siècles encore, avant de devenir colonie (la Cochinchine) et protectorat français (l'Annam et le Tonkin) au xixe siècle. Scindé en deux États à l'issue de la guerre d'Indochine menée contre le colonisateur de 1946 à 1954, le pays est de nouveau plongé, de 1965 à 1975, dans une guerre. Celle-ci oppose le Nord communiste, aidé par l'U.R.S.S. et la Chine, au Sud, soutenu par les États-Unis. Réunifié en 1976 au sein d'une république socialiste à la suite de la victoire du Nord, le Vietnam devient une puissance régionale, intervenant notamment au Cambodge en 1978 contre le régime khmer rouge soutenu par la Chine.Vietnam : carte physiqueVietnam : drapeau

Vietnam : carte physique Carte

Vietnam : carte physique Carte physique du Vietnam. 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Vietnam : drapeau Dessin

Vietnam : drapeau Vietnam (off. 1976). Ce drapeau extrêmement simple . grande étoile jaune or à cinq branches sur champ rouge vermillon . est celui du Vietnam réunifié depuis 1976. C'était déjà l'emblème de la résistance Viet Minh contre l'occupant japonais pendant la Seconde Guerre mondiale ; puis il devint dès 1945 le drapeau officiel de la république démocratique du Vietnam du Nord. 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Universalis

1.   Géographie

Le Vietnam occupe une position originale dans la péninsule indochinoise. Première puissance démographique, sa situation sur la côte orientale en fait à la fois un État continental et maritime. Placé à l'articulation avec le monde chinois, il a connu trente années de guerre pour conquérir son indépendance et son unité. Il doit désormais intégrer dans une même construction nationale les trois régions méridiennes qui le constituent et s'insérer dans la nouvelle donne régionale, à l'échelle de l'Asie orientale comme à celle de la région du Grand Mékong.

  La première puissance démographique et maritime de la péninsule indochinoise

Avec une population de 85 789 600 habitants lors du dernier recensement de 2009, le Vietnam est le premier pays de la péninsule indochinoise devant la Thaïlande. Cette population est très inégalement répartie. Le delta du Nord et la moyenne région qui l'entoure rassemblent 27 p. 100 de la population sur 8 p. 100 du territoire, le delta du Sud et les basses terres qui le bordent, 35 p. 100 des habitants sur 19 p. 100 de la superficie. Ainsi les deux pôles du pays, qui représentent 27 p. 100 de la surface, rassemblent-ils 62 p. 100 de la population. Le delta du fleuve Rouge, avec 1 020 habitants par kilomètre carré (925 si on exclut Hanoï) figure, avec Java, parmi les plus fortes densités d'Asie du Sud-Est, loin devant les 450 habitants par kilomètre carré du delta du Mékong. Le Vietnam est aussi, avec la Thaïlande, l'un des pays les moins pluriethniques de la péninsule indochinoise, les Viêt (appelés aussi Kinh) représentant 87 p. 100 de la population. Les ethnies minoritaires ont cependant une grande importance, car elles chevauchent largement les frontières nationales. Elles sont localisées surtout sur les hautes terres périphériques qui sont aussi les moins densément peuplées : Tay-Thaï et Hmong-Dao dans le Nord (4,8 p. 100 et 1,4 p. 100), Austronésiens et Mon-Khmer (2,6 p. 100 et 1 p. 100) sur les plateaux, mais aussi dans les basses terres : Cham du Centre et du Sud et Khmer du delta du Mékong.

Avec 3 260 kilomètres de littoral de la frontière chinoise à la frontière cambodgienne (5 234 km si l'on ajoute les côtes des îles et archipels), le Vietnam est le plus maritime des pays de la péninsule indochinoise. Il occupe une position stratégique en mer de Chine méridionale sur une des routes maritimes les plus fréquentées du monde, entre le Moyen-Orient et le monde indien d'une part, les pays de l'Asie orientale d'autre part. Les archipels de la mer de Chine méridionale, Hoang Sa (Paracels) au Centre et Truong Sa (Spratleys) au Sud, font l'objet de convoitises de la part des pays qui la bordent, car ils pourraient disposer de gaz (plus que de pétrole) et de nodules métalliques, et recèlent d'importantes ressources halieutiques exploitées par la pêche industrielle du Japon et de Corée du Sud. L'adhésion du Vietnam à l'Association des nations du Sud-Est asiatique (A.S.E.A.N.) en 1995 et la signature de l'accord de libre-échange A.S.E.A.N.-Chine en 2002 ont éloigné le risque d'un conflit avec son voisin du Nord.

Situé sur la côte orientale de la péninsule indochinoise, le Vietnam s'organise, non pas autour d'un grand bassin fluvial comme ses voisins de l'ouest, mais autour de deux deltas, celui du fleuve Rouge (Song Hong) au Nord et la majeure partie du delta du Mékong (Cuu Long) au Sud, qu'il partage avec le Cambodge, reliés par le chapelet de petites plaines littorales du Centre. Son territoire continental de seulement 331 700 kilomètres carrés s'étire de la frontière chinoise à la pointe de Ca Mau, et se rétrécit (une cinquantaine de kilomètres) au Centre. Les hautes terres qui occupent 75 p. 100 de la superficie et l'ouverture à la mousson du nord-est favorisent une très grande diversité de climats et de paysages naturels et humanisés.

  La stratégie des « zones économiques clés »

La stratégie vietnamienne pour rattraper la seconde génération des tigres asiatiques (Chine littorale, Thaïlande, Malaysia...), concentre les investissements sur trois zones économiques clés : le triangle de développement au Nord sur la partie septentrionale du delta du fleuve Rouge, et deux corridors de développement : l'un au Sud le long de la rivière de Saigon et du Dong Nai, l'autre sur le littoral du centre médian.

Cette stratégie des zones économiques clés est imposée d'abord par la vétusté des infrastructures qui ont souffert d'une trentaine d'années de guerre ininterrompue et qui sont en cours de reconstruction, notamment dans la moitié septentrionale du pays ; ensuite par la capacité à mobiliser des investissements étrangers. Elle comporte cependant le risque de création d'isolats à l'échelle régionale, d'inégalités économiques et territoriales à l'intérieur de chacune des régions, de destruction du patrimoine écologique et architectural en raison d'une trop forte concentration d'activités sur des périmètres réduits. Les trois zones économiques clés retenues, c'est-à-dire onze provinces, concentraient, au moment de leur création en 1996, 89 p. 100 des investissements étrangers engagés, les trente-huit autres provinces se partageant les 11 p. 100 restants. Un rééquilibrage entre les deux métropoles est en cours : alors qu'en 1971 Hanoï n'avait reçu que le tiers des investissements d'Hô Chi Minh-Ville, elle a atteint 75 p. 100 en 2005. En revanche, à l'échelle régionale, la part de la zone économique clé du Sud s'est accrue, avec la diffusion de l'industrialisation le long de la rivière de Saigon, au détriment des zones du Nord et du centre, les bailleurs de fonds étrangers concentrant leurs investissements sur les deux pôles déjà les plus développés.

  Le delta du fleuve Rouge et la zone économique clé du Nord

Il a fallu un millénaire pour conquérir et aménager, à partir de la tête du delta, la vaste plaine deltaïque du fleuve Rouge, berceau du royaume du Dai Viêt. Les violentes crues du fleuve, dont la crête varie entre 9 et 14 mètres à Hanoï, et la faible altitude d'un delta (75 p. 100 situés en dessous de 5 m) ont nécessité d'importants aménagements hydrauliques. L'endiguement du Song Hong et du Song Thai Binh, reliés par de nombreux bras, a permis de constituer un seul ensemble deltaïque. Grâce aux levées alluviales surélevées, jusqu'à 14 mètres à Hanoï, le fleuve coule, de mai à novembre, au-dessus de la ville qui se situe à 5,5 mètres seulement. L'endiguement du fleuve est complété par des digues transversales transformant les cuvettes naturelles en casiers, de manière à ce que la rupture d'une digue fluviale ne puisse pas menacer les casiers voisins. La ville d'Hanoï occupe l'un de ces casiers. Dans la partie aval du delta, ces digues évitent l'étalement du lit majeur et d'autres digues surélevant les anciens cordons littoraux protègent les casiers des intrusions marines liées aux typhons. Ces aménagements hydrauliques rejettent dans la mer les alluvions charriées par le fleuve, qui font progresser le delta vers le sud de 80 à 100 mètres par an.

Les rizièresRizières en terrasses, Vietnam n'étant plus engraissées naturellement, leur fertilité est entretenue par les hommes depuis des siècles. Les eaux pluviales qui menacent d'inonder les casiers sont évacuées par un système d'écluses et aujourd'hui par des stations de pompage qui améliorent le drainage et l'irrigation. L'eau demeure le facteur de production dominant de cette riziculture intensive, l'utilisation d'intrants et de moyens mécaniques étant minimale depuis les réformes économiques car ils sont désormais facturés au prix du marchéVillageois de la région de Sa Pa (Vietnam). Irrigation et drainage permettent de pratiquer la double culture de riz associée à une autre culture intercalaire sur 64 p. 100 de la surface dans le delta du fleuve Rouge contre seulement 29 p. 100, le plus souvent en double culture, pour le delta du Mékong.

Rizières en terrasses, Vietnam Photographie

Rizières en terrasses, Vietnam Rizières en terrasses autour du village de Cat Cat (province de Lao Cai), dans le nord-ouest du Vietnam. 

Crédits: Travel Ink/ Getty Consulter

Villageois de la région de Sa Pa (Vietnam) Photographie

Villageois de la région de Sa Pa (Vietnam) Moisson du riz par des villageois dans la région de Sa Pa, dans le nord-ouest du Vietnam (province de Hoang Lien Son). 

Crédits: Insight Guides Consulter

Hanoï, la métropole du Nord, a connu une forte croissance de sa population urbaine qui est passée de 906 000 à 1 420 400 habitants entre les recensements de 1989 et de 2009 (et 4 720 000 dans l'agglomération). La capitale du Vietnam est située au nœud du réseau hydrographique du Nord, entre la zone de convergence du Song Da, du Song Lô et du fleuve Rouge (qui donnent accès aux hautes terres de l'ouest et aux pays limitrophes), et de divergence du delta qui, par le Song Duong, permet de gagner Haiphong, et par le fleuve le sud du delta. Ce réseau hydrographique en étoile est doublé, depuis la période coloniale, par les réseaux routier et ferroviaire qui placent Hanoï au centre géographique du Nord, élargissant le rayon d'action de la capitale. Ils commandent notamment l'accès aux villes doublons situées à la frontière chinoise avec le Yunnan (Lao Cai-Hekou) et avec le Guangxi (Lang Son-Pingxiang et Mong Cai-Dongsing) qui sont désormais ouvertes aux échanges.

L'axe de gravité Hanoï-Haiphong, reliant la capitale du Nord à son port, se transforme aujourd'hui en un triangle, la zone économique clé du Nord, par l'adjonction d'un troisième pôle : Ha Long. Elle concentre les aménagements structurants : autoroute, pont sur le bras de mer à Haiphong, nouveau port en eau profonde à Cai Lan prenant le relais du port fluvial d'Haiphong de plus en plus ensablé. La ville nouvelle d'Ha Long, capitale provinciale du Quang Ninh, rassemble Hong Gai, l'ancienne ville administrative et industrielle, Bai Chay la ville touristique de l'autre côté de la passe en bordure de baie, et le port de Cai Lan spécialisé dans les produits pondéreux (charbon, produits pétroliers, matériaux de construction...), et doté d'un terminal conteneurs en relation avec la plate-forme logistique globale d'Hong Kong.

Parmi les dynamiques structurantes, il faut encore noter le desserrement d'Hanoï qui étend ses nouveaux quartiers résidentiels, parcs technologiques et zones industrielles, le long des radiales qui convergent vers la ville. Le développement urbain atteint désormais les capitales provinciales limitrophes dans un rayon de 70 kilomètres, qui forment un arc délimitant la région urbaine d'Hanoï. Au-delà, se différenciant de l'encadrement montagneux, un second arc, celui d'une moyenne région redéfinie, bénéficie du desserrement des hautes densités du delta, alors que la partie méridionale du triangle deltaïque est intégrée par des flux méridiens orientés vers le centre et le sud du pays. L'accession, en 2004, au rang de corridor de la région du Grand Mékong, programme initié par la Banque asiatique de développement (B.A.D.), du couloir Hanoï-Kunming, va renforcer l'intégration de la zone économique clé par l'intensification des flux : à dominante nationale vers le sud, régional au nord vers la Chine et internationale à l'est vers l'Asie orientale.

  Les deltas du Mékong et du Dong Nai, et la zone économique clé du Sud

Occupées d'une manière extensive par les Khmers jusqu'à la conquête par les Viêt entre 1658 et 1840 au terme de leur « marche vers le Sud », les plaines méridionales devinrent « la colonie d'une colonie », selon l'expression du géographe Pierre Gourou, puisqu'elles furent colonisées par des populations originaires non pas du delta du Nord mais des petits bassins littoraux du Centre. L'aménagement du delta du Mékong est donc bien plus récent que celui du fleuve Rouge. L'arroyo chinois reliant Cholon, ville chinoise intégrée dans l'agglomération de Saigon dès 1945, au Mékong antérieur ainsi que deux canaux gagnant Rach Gia et Ha Tiên sur le golfe de Thaïlande permirent à la fois la colonisation du delta et le développement de Cholon comme centre commercial régional. L'aménagement s'est poursuivi, à l'époque coloniale, avec un réseau de canaux orthogonaux, découpant des casiers rectangulaires contrastant avec ceux irréguliers du delta du Nord. Grenier à riz du Vietnam, le delta du Sud a constitué un espace stratégique dont le contrôle a été économiquement vital pendant les guerres, française comme américaine.

Les plaines du Sud bordent les plateaux du Centre Vietnam. La plaine orientale, ondulée au nord, bénéficie de coulées basaltiques provenant du plan de faille, qui ont permis le développement de plantations d'hévéas sur les terres rouges. La zone deltaïque septentrionale du Dong Nai et de la rivière de Saigon, la plus anciennement peuplée, connaît l'agriculture la plus diversifiée. Le delta du Mékong au sud, plus bas (moins de 3 m), offre des conditions naturelles bien différentes du delta du Nord. S'il ne bénéficie pas de la mousson du nord-est, il profite en revanche d'un régime plus régulier car le Grand Lac au Cambodge (Tonlé Sap) emmagasine la crue et la restitue progressivement. La densité des défluents l'évacue aussi plus vite, ce qui limite la zone inondable à 15 p. 100 de la superficie. La remontée des eaux saumâtres à marée haute rend impossible la seconde culture à proximité du littoral. Les alluvions du Mékong, emportées par un courant marin, font progresser la pointe de Ca Mau de 80 mètres par an.

La révolution verte et le retour à l'exploitation familiale, après une brève période de collectivisation faisant suite à la réunification du pays en 1975, ont permis d'abord aux exportations de retrouver leur niveau de la période coloniale, malgré la forte augmentation de la population. Elles ont favorisé ensuite une diversification et une intensification de l'agriculture dans la partie centrale du delta du Mékong et de l'ensemble deltaïque septentrional qui connaissent les plus fortes densités (500 habitants par km2). Sur les terres les plus hautes, trois cultures sont pratiquées (deux maraîchères ou de soja, et une de riz), les rizières régressant au profit de vergers. Les terres basses portent deux ou trois cultures de riz, associées à la pisciculture dans les bas fonds, les remblais étant complantés de légumes et d'arbres fruitiers.

Malgré la majesté du Mékong, le delta ne constitue pas le cœur du Sud. Finistère de la péninsule, il s'efface devant l'ensemble deltaïque septentrional, bien plus modeste mais qui, grâce à une convergence hydrographique, se place à l'articulation des plaines du Sud et offre un accès proche à la mer de Chine méridionale. Hô Chi Minh-Ville (nouveau nom de la métropole du Sud depuis 1975, Saigon désignant désormais uniquement le port) est une ville portuaire maritime, située à 80 kilomètres de la mer, alors que Cholon (le Grand Marché) est le port fluvial ouvrant l'accès au delta du Mékong. La métropole du Sud (3,38 millions de citadins et même 4,12 millions si l'on compte les arrondissements et districts suburbains sur 5,04 millions d'habitants dans l'unité administrative au recensement de 1999) forme avec Bien Hoa à laquelle elle est reliée par une autoroute, une conurbation de 5,35 millions d'habitants, et un pôle industriel majeur (56 p. 100 de la production industrielle du pays en 2006) et diversifié, associant agro-industries et confection pour l'exportation, et production de biens de consommation. Cette agglomération est aujourd'hui à la tête de la zone clé économique du Sud. Celle-ci s'étend jusqu'à Vung Tau, l'ancien cap Saint-Jacques, à l'environnement touristique fortement dégradé par les installations pétrolières permettant l'exploitation en haute mer, les centrales électriques fonctionnant au gaz et les activités portuaires desservant les bateaux mouillant au large de la ville. Les capacités des ports de Vung Tau et de Saigon ne correspondant plus à la dynamique de la zone économique clé, un nouveau port est en construction à Thi Vai, situé à proximité du delta du Dong Nai.

La zone économique clé du Sud s'étend à la fois vers le nord-est et vers le nord-ouest. Phan Thièt, d'abord, sur le littoral, qui commande les relations avec les villes du Centre et du Nord, est reliée de plus en plus à Hô Chi Minh-Ville par une urbanisation linéaire. Da Lat ensuite, sur la bordure méridionale des plateaux, développe, en plus de la fonction touristique de station d'altitude, un pôle de recherche, notamment dans le nucléaire. Thu Dau Mot, au nord-ouest, bénéficie de la nouvelle route Hô Chi Minh qui gagne le Centre Vietnam par les provinces des plateaux frontalières du Cambodge et du Laos. Enfin, le corridor méridional de la région du Grand Mékong, reliant Hô Chi Minh-Ville à Bangkok via Phnom Penh, sera doublé à moyen terme par une voie de chemin de fer connectant, par le Cambodge et le Vietnam, les réseaux ferrés thaïlandais et chinois. Si l'on ajoute le cordon ombilical qui relie Hô Chi Minh-Ville à Can Tho, capitale du delta du Mékong, avec, sur les bras principaux du Mékong, les deux ponts de Sadec et Can Tho (commencé en 2004, ce dernier a été inauguré en 2010, après s’être effondré au cours des travaux, en 2007), ce réseau rayonnant renforce la métropolisation rapide de la capitale du Sud.

  La zone économique clé du Centre et les nouvelles fonctions internationales

Le Centre représente le maillon faible d'une construction nationale héritée de la « marche vers le sud » qui a permis de réunir le delta du fleuve Rouge et le delta du Mékong. Le Centre est formé par une juxtaposition de plaines littorales et de plateaux. Les huit plaines en chapelet se différencient surtout par leur taille (selon l'existence ou non de deltas au débouché des fleuves), par la hauteur des reliefs qui les séparent (véritables cols couverts de lambeaux forestiers ou simples seuils constitués portant de maigres cultures), et enfin par un gradient de sécheresse augmentant vers le sud. Les dunes récentes de sable fixées par des filaos et les cordons littoraux à champs de patate douce et d'arachides précèdent une plaine rizicole protégée par des lagunes, digues ou réservoirs d'eau douce pour lutter contre la remontée de la salinité, ce qui permet une double, voire une triple culture. À l'ouest des rizières, une zone de terrasses et des collines en piémont portent des cultures de canne à sucre et de manioc.

Les plateaux, contrairement aux hautes terres du Nord, étaient mal intégrés à l'espace national en raison de la dissymétrie du relief. Des pentes douces les rattachent au bassin du Mékong et un versant abrupt surplombe les étroites plaines littorales du Centre et les vastes plaines du Sud, les plus densément occupées. Cet escarpement a permis d'installer plus en aval, sur le Dong Nai, les centrales hydroélectriques de Sông Pha et de Tri An (avec des puissances installées respectivement de 160 et 460 MW). La coupure avec les plaines est accentuée par un peuplement constitué autrefois exclusivement par des minorités ethniques. Espace stratégique au temps de la guerre américaine, avec le réseau des pistes Hô Chi Minh longeant la frontière en territoire laotien, les plateaux sont devenus un front pionnier agricole ouvert à l'immigration viet, devenue majoritaire. La colonisation y prend la forme de plantations familiales de café, contrastant avec les plantations industrielles d'hévéas de la plaine orientale du Sud.

La double métropolisation du pays, autour des capitales du Nord et du Sud, a freiné longtemps l'émergence d'une troisième métropole dans le Centre, d'autant plus que cette structure bipolaire se reproduit aussi à l'échelle de la région centrale avec Hué, l'ancienne capitale impériale, et Danang, la nouvelle capitale économique. Créée à la période coloniale et dotée en 1996 du statut de « ville autonome dépendant du gouvernement central » (statut partagé avec Hanoï et Hô Chi Minh-Ville puis avec Haiphong et Can Tho), Danang prend la tête de la zone économique clé du Centre reliant Hué, Danang et Dung Quat au sud. Avec 576 000 citadins sur les 729 000 habitants que compte la ville-province en 2001, Danang dispose d'une population 2,3 fois plus importante que celle de Hué. Ses infrastructures urbaines, entièrement reconfigurées depuis 1997, lui donnent une suprématie, désormais incontestée, sur la capitale impériale. Pour favoriser les synergies, l'État central a entrepris, en cofinancement avec des fonds japonais, le tunnel routier sous le col des Nuages (ouvert en 2005) et une autoroute, qui vont rapprocher, autant psychologiquement que physiquement, les deux villes.

La concurrence entre elles n'en demeure pas moins. Quatre nouveaux projets portuaires ont été identifiés dans la seule zone économique clé. L'État a choisi de développer prioritairement le port de Danang, dont les capacités sont loin d'être pleinement utilisées (2,2 millions de tonnes de fret pour un potentiel passé de 3 à 4 millions), tout en poursuivant la construction du port pétrolier et de la raffinerie de Dung Quat, projets d'intérêt national. La même concurrence existe dans le domaine aéroportuaire. Danang dispose du seul aéroport international de la région (un million de passagers en 2005 pour un potentiel d'un million et demi) valorisant les infrastructures héritées de la base aéronavale américaine. Malgré les ambitions de Hué, le gouvernement a choisi de développer Danang en un hub aéroportuaire international. Il dessert les pôles touristiques du Centre, classés au patrimoine mondial (citadelle et tombeaux des empereurs Nguyên à Hué, comptoir portuaire sino-japonais d'Hoi An et temples cham de My Son), et place le Centre sur les nouveaux circuits touristiques de la région du Grand Mékong.

La zone économique clé et la région du Grand Mékong donnent aujourd'hui au Centre Vietnam une nouvelle chance d'exister dans la construction nationale. Alors qu'avec la double métropolisation commandée par Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, il semblait pris en étau entre deux dynamiques économiques et territoriales qui l'étouffaient, il apparaît aujourd'hui, en changeant d'échelle, comme une nouvelle articulation internationale. Danang est désormais à la tête orientale du corridor Est-Ouest qui reliera, très prochainement, les façades littorales orientale et occidentale de la péninsule. La section orientale du corridor, empruntant le col de Lao Bao, la met déjà en relation avec Savannakhet (Laos), et par le troisième pont construit sur le Mékong au Laos, avec Khon Kaen, la capitale du nord-est thaïlandais, et Bangkok. La région Centre du Vietnam bénéficie aussi de la route Hô Chi Minh qui double l'axe routier littoral, vulnérable car exposé aux typhons. Ce nouvel axe raccourcit de plus de 100 kilomètres le trajet jusqu'à Hô Chi Minh-Ville et ouvre un second couloir est-ouest, par les plateaux, en direction de Pakse au Laos et d'Ubon en Thaïlande. Cet axe, au cœur du triangle de développement Cambodge-Laos-Vietnam, initié par Hanoï pour contrer l'influence thaïlandaise, articule aussi les sites touristiques du Centre avec ceux des trois pays du Triangle d'émeraude, créé cette fois à l'initiative de Bangkok.

La position stratégique du Vietnam s’est considérablement renforcée ces dernières années dans le programme transnational d’intégration régionale Région du Grand Mékong. Grâce au nouveau corridor Nord-Est reliant Bangkok à Canton et Hong Kong via Vientiane au Laos et Nanning au Guangxi, Hanoï va devenir un relais incontournable entre la Chine du Sud et la péninsule indochinoise. Danang et Hué occupent par ailleurs une position de commandement sur le corridor Est-Ouest, en contrôlant son débouché sur la route maritime transasiatique. Hô Chi Minh-Ville et Vung Tau disposent enfin d’une position comparable sur le corridor reliant les capitales méridionales de la péninsule et bénéficient de la dynamique du principal moteur économique du pays. La Région du Grand Mékong permet donc à chacune des trois régions du pays de développer des relations péninsulaires structurantes, et au Vietnam de pouvoir contester à nouveau le leadership régional que se disputent aujourd'hui la Thaïlande et la Chine.

  Nouveaux enjeux liés à la mondialisation des échanges

Depuis les réformes économiques engagées en 1986 et surtout depuis la crise asiatique de 1997, le Vietnam s'efforce de rattraper le retard pris sur ses voisins pendant les trois décennies de guerre, grâce à une industrialisation à marche forcée. Bien qu'il soit devenu un important pays agro-exportateur (riz, café, thé, caoutchouc et produits de la mer), la part de l'agriculture a régressé de 26 à 22 p. 100 du P.I.B. entre 1997 et 2004 et celle de l'industrie s'est élevée de 32 à 42 p. 100, dépassant à partir de 2003 le secteur des services (passé de 42 à 38 p. 100). La confection, les chaussures et l'électronique représentent près du tiers des 26 milliards de dollars exportés en 2004. Pour entretenir cette dynamique, le pays a bénéficié d'investissements directs étrangers importants : 47 milliards de dollars entre 1993 et 2004. Cette même année, il a reçu 2,8 milliards de dollars d'aide au développement et 3 milliards de dollars de la diaspora vietnamienne à l'étranger, couvrant largement son déficit commercial.

Le principal frein au maintien de la croissance, comme en Chine, est l'approvisionnement énergétique. La consommation, qui était de 56,5 kWh en 2006, devrait tripler d’ici à 2020, exige des investissements lourds et diversifiés. Dans le Nord sur la rivière Noire, au barrage de Hoa Binh (1 920 MW) doit s'ajouter en 2012-2015 celui de Son La (2 400 MW), et les barrages de Huoi Quang (520 MW) et de Ban Chat (220 MW), tous les deux situés dans la province voisine de Lai Chau. Pour alimenter le Centre, le Vietnam investit 278 millions de dollars dans le barrage de Xe Kaman 3, situé sur la partie orientale du plateau des Bolovens au Laos. Dans le Sud, l'achèvement du complexe des six centrales au gaz de Phu My, dans la province de Ba Ria-Vung Tau (dont deux en concession), permet de disposer d'une puissance installée de 3 850 MW (pour 2 milliards de dollars investis). Trois centrales agrandies et six nouvelles (2 840 MW), réparties sur tout le territoire, complètent le programme. Enfin, la raffinerie de Dung Quat au Quang Ngai (capacité de 130 000 barils par jour) doit permettre d'économiser des devises, car le Vietnam vend son brut à Singapour (23 p. 100 des exportations) et lui achète des produits raffinés (14 p. 100 des importations). Enfin, à l'horizon de 2020, est prévue la première centrale nucléaire (2 à 4 000 MW), implantée sur le littoral de la plaine orientale au Sud.

La transition vers l'économie de marché semble bien engagée : le taux de croissance n'a pas été inférieur à 7 p. 100 entre 1996 et 2008, année de la crise mondiale, et le revenu par tête au cours de la dernière décennie est passé de 289 à 450 dollars, mais demeure très inférieur aux économies leaders de l'A.S.E.A.N. Grâce aux privatisations, la part des entreprises publiques dans les revenus de l'État a été ramenée à 38 p. 100, celles des sociétés privées (47 p. 100) et des sociétés mixtes (15 p. 100) progressant fortement. La part de ces dernières dans le P.I.B. s'est accrue rapidement depuis 1985, et atteignait, en 2005, 15,9 p. 100. Le développement de l'épargne (de 17 à 28 p. 100 du P.I.B. en dix ans) et les envois des 400 000 travailleurs expatriés (1,6 milliard de dollars) ont donné une composante intérieure au financement de la croissance. Les exportations, passées de 29 p. 100 en 1993 à 60 p. 100 du P.I.B. en 2003, ont permis de diminuer de moitié le déficit de la balance commerciale (de 6,3 à 3,1 milliards de dollars).

L'intégration économique régionale a fortement progressé : plus pour les investissements étrangers et les importations, qui proviennent respectivement pour 70 p. 100 et 80 p. 100 de l'ensemble de l'Asie, que pour les exportations (50 p. 100) en 2004.

L'adhésion du Vietnam à l'O.M.C., en janvier 2007, a parachevé son intégration dans l'économie mondiale. Elle n'en constitue pas moins un nouveau défi étant donné la concurrence chinoise qui risque de malmener un modèle de développement ayant ménagé jusqu'à maintenant la stabilité sociale du régime. Le Vietnam est donc désormais confronté pleinement aux opportunités mais aussi aux contraintes de la mondialisation. À une autre échelle, il profite toutefois des crises successives, économique puis politique, rencontrées depuis 1997 par son voisin thaïlandais pour rattraper une partie de son retard sur son principal rival péninsulaire.

Christian TAILLARD

2.  Panorama ethnique

Le Vietnam est un pays polyethnique, puisqu'il compte en effet plus de soixante ethnies différentes. Les Vietnamiens, peuple majoritaire, constituent environ 90 p. 100 de la population et les minorités totalisent près de 4 millions de personnes.

L'ethnographie actuelle du Vietnam est généralement envisagée comme une donnée statique. Or cela n'est pas. La répartition de ses différentes ethnies est en effet liée d'une part à l'histoire du peuplement de ce pays et d'autre part à l'histoire de la nation vietnamienne et de sa « poussée » vers le sud puis vers l'ouest, « poussée » qui débuta au xie siècle et qui se poursuit encore de nos jours, si bien qu'une carte ethno-linguistique du Vietnam datant seulement de vingt ans ne reflète plus la réalité actuelle mais est déjà un document historique. Toute présentation ethnographique de ce pays ne peut donc être que relative, d'autant que les déplacements de populations nés de volontés politiques ou dus à la guerre ont bouleversé, depuis 1945, la répartition géographique des différentes ethnies et leur volume.

Alors que, dans les années cinquante, les plaines étaient le lieu d'élection de l'ethnie vietnamienne et les hautes terres celui des minorités, la carte ethno-linguistique du Vietnam, en 1972, présente les caractères suivants : les deltas du Nord et du Sud ainsi que le littoral du Centre sont toujours le domaine des Vietnamiens, mais ceux-ci sont aussi installés en nombre (plus d'un million) dans certaines zones de la haute et de la moyenne région du Nord, où n'habitaient autrefois que des Tai et des populations plus ou moins sinisées, ainsi que sur les hauts plateaux du Centre, jadis presque uniquement peuplés de Proto-Indochinois. Seuls les Cam et les Cambodgiens, héritiers de grandes civilisations, installés dans les plaines du Sud, n'ont pas été touchés par les bouleversements de ces dernières années.

  Les Vietnamiens

Les Vietnamiens (les Annamites des anciens auteurs) appartiennent anthropologiquement au groupe sud-mongolique. Ils parlent une langue à tons, très influencée par le chinois mais en relation avec le môn-khmer et le tai. Cette langue, qui présente quelques différences de prononciation et de vocabulaire entre le Nord et le Sud, peut s'écrire à l'aide de caractères chinois, c'est le chũ' n'ôm, ou d'une graphie romanisée, le quôc ngũ', qui est aujourd'hui la seule écriture officielle du pays. Au cours de son histoire, le Vietnamien a toujours vécu dans des villages dont les maisons, construites à même le sol et souvent avec l'aide d'un géomancien, étaient groupées autour du marché et du temple communal (d–ình). Les villages comptaient de plusieurs centaines à plusieurs milliers d'habitants, presque tous agriculteurs, fortement organisés et socialement très soudés, car la domestication des fleuves sur laquelle ils fondent leur technique agricole exige une cohésion totale des communautés. Ces « communes », véritable petit monde en miniature, qui jadis vivaient souvent en autarcie avec leurs artisans et leurs commerçants, avaient chacune leur vie politique, parfois agitée, leur vie sociale très hiérarchisée, leurs cérémonies et fêtes propres. Depuis vingt-cinq ans, l'organisation sociale traditionnelle a beaucoup évolué dans tout le pays, et, au sud, l'exode volontaire ou forcé de plusieurs millions de ruraux vers les villes a donné naissance à de nouveaux genres de vie et à de nouvelles attitudes sociales.

Le système social des Vietnamiens est patrilinéaire et fondé sur le tôc qui regroupe tous les descendants d'un ancêtre masculin connu. Ce tôc, dont tous les membres portent le nom clanique (Nguyen, Ngô...) de l'ancêtre, est placé sous l'autorité d'un chef qui gère les propriétés communes et inaliénables du groupe, tient le registre généalogique, veille au culte des ancêtres et arbitre les différends entre familles ou individus. Traditionnellement, les membres du tôc n'avaient envers lui et envers leur famille que des devoirs. Mais, depuis vingt-cinq ans, l'autorité patriarcale est battue en brèche, les jeunes n'acceptent plus les mariages arrangés par les parents ni la polygamie, et rares sont ceux qui pratiquent le culte des ancêtres ou croient encore à l'union indissoluble des membres de la famille, union que la guerre et, dans le Sud, les difficultés économiques ont fait éclater. Traditionnellement, l'organisation socio-politique du pays était une réplique du système impérial chinois et la population était divisée en quatre classes : les lettrés, les agriculteurs, les artisans et enfin les commerçants. L'implantation française, puis la guerre, la révolution et les bouleversements économiques ont détruit cet ordonnancement millénaire qui a été remplacé en 1954, au nord du 17e parallèle, par une république démocratique qui donne la première place au parti, et, au Sud, par une république qui a laissé les militaires et ceux qui avaient su s'enrichir occuper le sommet de la hiérarchie sociale.

Sur les plans philosophique et religieux, les Vietnamiens ont jadis reçu de la Chine le bouddhisme Mahāyāna, le confucianisme et le taoïsme, qui ont profondément marqué leur mentalité. Mais ils ont aussi pratiqué des cultes autochtones, comme celui des ancêtres, célébré devant les tablettes funéraires de l'autel familial, du génie gardien du village, honoré dans le temple communal (d–ình), ceux de certains arbres, animaux ou pierres. Aujourd'hui, le confucianisme et le taoïsme sont en voie de disparition, les cultes locaux perdent de plus en plus d'adeptes, mais le bouddhisme (amidisme et école du Dhyāna) fait preuve d'une grande vitalité et 80 p. 100 des Vietnamiens déclarent y adhérer. Trois autres mouvements religieux comptent un nombre notable de croyants ; ce sont le catholicisme (1,5 million de baptisés) et, dans le Sud, les sectes Cao-–DàiCaodaïsme (1,5 million de fidèles) et Hoà-Ha'o.

Caodaïsme Photographie

Caodaïsme Un monastère caodaïste à Tay Ninh, Vietnam. 

Crédits: Andrew Errington, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Traditionnellement, le Vietnamien est un agriculteur (85 p. 100 de la population en 1960) et avant tout un riziculteur ayant adopté la technique chinoise des digues et de la rizière inondée qui permettent une et même, dans le delta du Nord, deux récoltes par an. Jusqu'à ces vingt dernières années, le Vietnamien était resté prisonnier de cette technique agricole adaptée au cadre géographique du delta du fleuve Rouge, berceau de sa civilisation, technique qui, au cours des siècles, l'avait détourné des terres situées en altitude. En plus du riz, le paysan cultive un peu de maïs, divers légumes, quelques arbres fruitiers, en particulier des bananiers ; il élève des volailles, un ou plusieurs porcs et, si la famille est riche, un buffle qui est utilisé par elle pour les gros travaux et aussi loué. Agriculteur et éleveur, le paysan est encore bûcheron et pratique la pêchePort de Cau Da (Vietnam) aux petits poissons, crabes et crevettes d'eau douce, qui jouent un rôle de premier plan dans son alimentation qui, sans eux, ne se composerait souvent que de riz, de quelques légumes et de saumure (nuoc măm). En effet, dans leur grande majorité, les paysans sont très pauvres, et cela pour deux raisons. D'une part du fait de la surpopulation des plaines, ce que le Nord et le Sud ont, depuis 1955, cherché à résoudre en installant leurs excédents de population sur les hautes terres, provoquant ainsi l'abandon de la technique agricole traditionnelle et l'apparition de techniques de cultures sèches et industrielles. D'autre part parce que le sol des plaines avait été accaparé par des usuriers qui avaient transformé la masse des propriétaires exploitants en un prolétariat misérable. C'est pour « rendre la terre aux paysans » que, depuis l'indépendance, le Sud a tenté une réforme agraire, sans grand résultat, et que le Nord a collectivisé terres et cheptels, et organisé l'exploitation du sol sur une base coopérative.

Port de Cau Da (Vietnam) Photographie

Port de Cau Da (Vietnam) Le village de pêcheurs de Cau Da, situé près de la station balnéaire de Nha Trang dans la province du Phu Khanh (sud du Vietnam), est un grand centre producteur de nuoc mam. 

Crédits: Insight Guides Consulter

  Les minorités du Nord

On évalue à plus de 1,5 million les minoritaires habitant les moyenne et haute régions de la république démocratique du Vietnam. Ethniquement très diversifiées, ces minorités appartiennent à plusieurs groupes linguistiques : le tai (divers groupes Tai, Nung, Caolan, par exemple), le tibéto-birman (Lolo, Huni, Xapho...), le viêt-muong (Muong), le miao-yao (divers groupes Meo et Man). Leur genre de vie est fonction de leur lieu d'habitat. En effet, celui-ci n'est pas lié à une notion de surface, mais à une notion d'altitude, les Tai vivant au-dessous de 600 mètres, les Tibéto-Birmans entre 600 et 900 mètres, les Miao-Yao entre 900 et 1 500 mètres. Et cet étagement a une répercussion sur l'économie de chaque groupe : si au-dessous de 600 mètres la technique de la rizière inondée est praticable dans les vallées, au-delà la culture sur brûlis est seule possible. Or, si l'exploitation des rizières permanentes permet aux Tai et aux Muong d'être des sédentaires, la culture sur brûlis impose aux Tibéto-Birmans et aux Miao-Yao un semi-nomadisme, avec toutes les conséquences que comporte ce genre de vie pour l'habitat, les attitudes sociales et la démographie. Toutes ces minorités ont un système familial patrilinéaire. Elles pratiquent le culte des génies, le culte des ancêtres et, pour les Meo, le chamanisme. Jusqu'à 1954, ces minorités étaient à des stades d'évolution très inégaux. L'organisation sociale des Tibéto-Birmans et des Meo était fondée sur le village, celle des Man sur des chefferies locales, celle des Tai sur la féodalité et celle des Muong sur un système proche de celui de la « commune » vietnamienne. De plus, les ethnies les plus évoluées asservissaient les autres. Depuis cette date, Hanoi pratique une politique visant à les conduire vers le socialisme. C'est ainsi que les anciennes organisations sociales ont dû disparaître pour céder la place au pouvoir populaire et au parti, et que, sur le plan économique, les systèmes fonciers traditionnels (propriété seigneuriale des Tai, propriété privée des Muong, propriété clanique des Lolo) ont été remplacés par un système coopératif.

  Les minorités du Centre

Les Proto-Indochinois (les Moi des anciens auteurs), qui occupaient seuls les hauts plateaux du Centre il y a seulement vingt ans, sont les derniers descendants des « Indonésiens » qui, à l'époque préhistorique, vinrent s'installer en Indochine. Au nombre d'environ 450 000, on les divise linguistiquement en deux groupes, l'un de parler môn-khmer (Bahnar, Mnong, Sedang...), l'autre de parler malayo-polynésien (Jarai, Rhadé, Churu...). Les Proto-Indochinois n'ont pas d'écriture et n'ont jamais eu d'organisation politique commune. Groupés en tribus patrilinéaires ou matrilinéaires divisées en clans ou lignages, ils avaient une organisation sociale reposant sur le village, bien que la famille restreinte ait toujours joué chez eux un rôle important. Cette organisation est en voie de disparition du fait de la guerre qui les a détribalisés. Traditionnellement agriculteurs, ils pratiquaient de manière presque exclusive l'agriculture sur brûlis et un peu d'élevage. Mais depuis dix ans, du fait de la guerre, la masse des jeunes, forcée d'abandonner une partie des terres, est contrainte à s'engager dans l'armée pour pouvoir survivre. Jadis, la religion occupait dans la vie de ces gens une place prépondérante. En effet, ils croyaient que l'univers était peuplé de génies (yang) qui régissaient et contrôlaient le monde, et auxquels il fallait sans cesse offrir des sacrifices sanglants (buffles, porcs, poulets) propitiatoires ou expiatoires. Mais, en raison de la situation, la religion trouve de moins en moins son expression concrète et perd son caractère déterminant.

  Les minorités du Sud

Les Cam (en vietnamien Chàm), descendants du peuple qui avait fondé le royaume indianisé du Campā, qui occupa la côte orientale de l'actuel Vietnam et que les Vietnamiens conquirent entre le xie siècle et 1794, se regroupent dans deux îlots. L'un, dans la région de Phan Rang-Phan Ri, groupe 40 000 individus dont les deux tiers pratiquent une religion qualifiée de brahmanisme et l'autre tiers un islam peu orthodoxe ; leur organisation sociale repose sur le lignage (kut), qui est matrilinéaire. Le second îlot, situé dans la région de Châu –D′ôc, groupe 12 000 individus, agriculteurs comme les précédents, mais aussi commerçants. Musulmans orthodoxes, ils ont adopté un système de filiation patrilinéaire, tout en conservant le matrilocat, et une organisation sociale reposant sur le village. Bien que fortement vietnamisés, tous ces Cam savent toujours parler – et certains écrire – leur langue, qui appartient au groupe malayo-polynésien.

Au nombre de 400 000 environ, les Cambodgiens occupent une large bande de terre traversant la partie centrale de la pointe de Ca Mau. Ils vivent en bonne intelligence avec les Vietnamiens installés dans cette région après l'annexion des provinces khmères du delta du Mékong par le Vietnam (1658-1795). Bien qu'en partie vietnamisés, ces Cambodgiens, qui sont riziculteurs, commerçants ou fonctionnaires, savent toujours parler et écrire le khmer. Ils ont la même organisation sociale que leurs frères du Cambodge, habitent aussi des maisons sur pilotis et pratiquent le bouddhisme Theravāda.

Les Chinois, au nombre d'un million, pratiquent le commerce dans les villes du Sud, et principalement Cholon (Cho' Lo′'n) ; bien que naturalisés vietnamiens d'office en 1956, ils ont conservé les modes de vie et traditions ancestrales.

Pierre-Bernard LAFONT

3.  Histoire

C'est dans le delta du fleuve Rouge (Song Cai) que le peuple vietnamien s'est formé. Les découvertes archéologiques, qui se sont multipliées, ont révélé que le peuplement de cette région était très ancien et qu'un brassage s'y était opéré, au cours du Néolithique, entre les « autochtones », de type mélanésien et indonésien, et des éléments mongoliques venus du Nord. Les vestiges retrouvés ont permis d'évaluer les étapes du progrès de ces populations de chasseurs et de pêcheurs au cours du Mésolithique (civilisation de Hoa Binh) et du début du Néolithique (civilisation dite de Bacson). Au cours du Néolithique, l'agriculture et l'élevage se sont développés, tandis que s'introduisait et se répandait l'usage du métal. L'âge du bronze est marqué par une civilisation originale, celle dite de Dong Son, illustrée en particulier par les tambours de bronze qui en sont l'originalité et qu'on retrouve dans plusieurs régions de l'Asie du Sud-Est et de la Chine du Sud (Yunnan, etc.) où cette culture a dominé.

Les tribus viet, installées sur les collines, ont eu à conquérir peu à peu la plaine formée par les alluvions des rivières (surtout du Song Cai). Leur vie sociale s'est organisée dans la lutte contre l'eau, pour faire reculer ou canaliser celle-ci, ou pour l'utiliser dans la culture du riz. Ces tribus semblent avoir formé dès la fin du IIe millénaire avant notre ère, et peut-être même avant, des entités politiques importantes et centralisées, sous l'autorité de rois appelés Hung, qui ne sont plus aujourd'hui considérés comme légendaires comme c'était le cas encore en 1950. Leur royaume s'appelait le Van Lang. On dispose désormais de nombreuses indications sur le mode de vie qui y prévalait.

Au milieu du iiie siècle avant J.-C., le Van Lang tomba sous le contrôle d'un royaume voisin qui, ainsi agrandi, prit le nom de Au Lac. Celui-ci dut se soumettre, en 208 avant J.-C., à un important royaume dont la capitale était proche de l'actuel Canton, le Nam Viet, lui-même tributaire de l'Empire chinois des Han. Il suivit le destin du Nam Viet et se trouva ainsi, en 111 avant J.-C., annexé au Céleste Empire, dont le souverain, Wudi, acheva alors sa conquête de la Chine du Sud et de ses marches extérieures. Le Nam Viet tout entier (jusqu'au col des Nuages, soit approximativement le 16e parallèle) devint une province chinoise.

  La domination chinoise

La domination chinoise va durer plus de mille ans. Elle a marqué le peuple viet d'une empreinte indélébile. Les Han, au début, respectèrent les institutions locales, ne demandant à la féodalité viet que de reconnaître la suzeraineté de l'empereur chinois, représenté par un gouverneur. Mais l'afflux continu d'immigrants chinois (colons, déportés, réfugiés) contribua peu à peu à répandre dans le Giao Chi et le Cuu Chan – c'est ainsi que les Chinois avaient nommé le Tonkin et le Nord-Annam – la langue, les mœurs et les idées, mais aussi les techniques chinoises. Devant cette infiltration massive qui multipliait les groupes sociaux soustraits à son contrôle, la féodalité viet se révolta. Son sursaut prit la forme d'une véritable insurrection, dont deux nobles, les sœurs Trung, prirent la tête (40 apr. J.-C.). Leurs succès furent éphémères. Leur révolte fut écrasée, et les Chinois substituèrent au protectorat qu'ils avaient exercé jusque-là une administration directe. Les structures sociales de base du peuple viet, celles de la famille et du village, celles de la langue et de la religion, subsistèrent, mais la féodalité perdit pratiquement toute autonomie. Les Chinois introduisent leur système politique et administratif, créent des écoles, organisent les concours et ils n'attribuent de fonctions administratives qu'à ceux qui ont passé avec succès ces examens. Ils initient les Viet à leurs lois, à leurs rites, à leurs croyances et systèmes de valeurs. L'instruction va se répandre, les familles dirigeantes viet vont se siniser, et une classe de lettrés et de fonctionnaires vietnamiens va se former, pour laquelle la civilisation chinoise sera le modèle, à la fois culturel et matériel. Dans le domaine technique, l'influence chinoise n'a pas été moins considérable. Aux Viet, qui labouraient encore à la houe, les Chinois ont enseigné leur méthodes de culture par la charrue et les animaux de trait (bœufs et buffles), et ils donneront une puissante impulsion à l'agriculture par le défrichement des forêts. Ils les amèneront aussi à adopter leur manière de construire et de disposer les maisons.

Cependant, le Giao Chi et le Cuu Chan sont sur la route maritime qui relie l'Inde à la Chine, et leur voisin méridional, le Champa, a déjà subi une profonde influence indienne. C'est par cette voie que le bouddhisme s'introduit en pays viet au iie siècle après J.-C. et va y gagner les populations, alors que le confucianisme, diffusé par les Chinois, ne touche que les classes dirigeantes. Le culte des ancêtres et des esprits n'en demeure pas moins la religion de base des Viet.

Pour bénéfique qu'elle ait pu être sur le plan de la « civilisation », la domination chinoise n'en a pas moins été souvent très lourde sur les plans politique et social. Si elle a doté le peuple viet d'une solide armature institutionnelle et politique qui lui a permis ultérieurement de s'affirmer de manière efficace et puissante, elle a aussi contribué à développer chez lui, par réaction, une véritable conscience nationale. Nombre de gouverneurs et de fonctionnaires chinois furent injustes, cruels ou cupides. Leurs exactions, toujours impatiemment supportées, provoquèrent à plusieurs reprises des soulèvements qui ne purent du reste prendre quelque ampleur qu'aux époques où la Chine se trouvait momentanément affaiblie. Parmi ces révoltes, il faut citer, car leurs chefs sont devenus des héros nationaux, outre celle des sœurs Trung (39-43), celle de Ly Bon, qui permit au pays d'échapper pendant soixante ans, de 541 à 602, à la domination chinoise, enfin celle du début du xe siècle, qui, profitant de la chute de la dynastie chinoise des Tang, aboutit enfin (malgré les dissensions internes des Viet), après la victoire de Ngô Quyen sur les Chinois en 938, à la libération, cette fois définitive, du pays viet (dénommé Annam depuis 679), du joug de la Chine. La suzeraineté de celle-ci fut néanmoins reconnue, sous la forme d'un tribut versé annuellement, et l'émancipation politique ne constitua pas une rupture. L'influence intellectuelle, morale et technique de la Chine continuera de s'exercer.

  De grandes dynasties nationales

Les trois premières dynasties nationales, celles des Ngô, des Dinh et des Lê antérieurs, consolidèrent l'indépendance du royaume, mais leur règne fut trop court (939-1009), trop agité par des luttes incessantes et sauvages que se livraient les clans féodaux rivaux pour permettre d'obtenir des résultats positifs. Des invasions chinoise et cham furent toutefois brisées. En fait, l'organisation du pays fut réalisée pendant cinq siècles par les trois grandes dynasties des Ly, des Tran et des Hau-Lê (1010-1527).

C'est après un demi-siècle d'anarchie que la couronne fut finalement offerte, en 1009, à un dignitaire qui fonda la dynastie des Ly. Cette dynastie de huit rois et d'une reine régna deux cent quinze ans et elle réalisa une œuvre administrative et militaire très importante. Son fondateur, Ly Thai-Tô (1010-1028), transféra dans le delta, à Thang Long (Hanoi actuel), la capitale de l'État, lequel prit bientôt le nom de Dai Viet. Parmi ses successeurs immédiats, l'un supprima l'esclavage, donnant naissance à des classes de serfs et de paysans libres. Cette dynastie dota le pays d'une administration régulière et centralisée sur le modèle chinois, divisa le royaume en provinces et districts, fixa la hiérarchie mandarinale et abaissa les féodaux, établit un système fiscal élaboré, promulgua un ensemble de lois et commença de grands travaux publics. Elle favorisa le bouddhisme et encouragea l'éducation et la culture. Elle fortifia aussi l'armée car la menace extérieure restait lourde. Le Champa, qui n'avait cessé depuis des siècles de harceler le pays viet, attaqua de nouveau en 1068. Le roi Ly Thanh Tôn (1054-1072) l'obligea, après une contre-offensive victorieuse, à céder le Quang Binh et le Quang Tri actuels. Une intervention de la Chine des Song en faveur du Champa fut déjouée. Le général Ly Thuong Kiet, à la tête d'une forte armée, détruisit l'armée chinoise, s'empara de Nanning et imposa la paix (1079). Le roi Ly Thanh Tôn construisit à Hanoi le temple de la Littérature (Van Mieu), dédié à Confucius (1070), et son successeur, Ly Nhan Tôn (1072-1127), ouvrit le premier concours littéraire (1075). Il fit aussi élever la première digue du pays (1109). Le service militaire fut rendu obligatoire. Le pouvoir s'éroda peu à peu par la suite. Quatre invasions khmères furent repoussées, mais les intrigues de cour et les révoltes paysannes affaiblirent la dynastie et, en 1225, la puissante famille féodale Tran s'empara du pouvoir.

La dynastie des Tran régna de 1225 à 1413. Elle poursuivit et perfectionna l'œuvre des Ly dans tous les grands secteurs : administration, législation, fiscalité, éducation, organisation de l'économie et de l'armée. Des digues furent construites tout le long du fleuve Rouge, de Thang Long jusqu'à la mer. Mais les encouragements donnés au défrichement des terres incultes permirent à la noblesse de se constituer de grands domaines. Ce fut aussi une période brillante de la littérature, mais, bien que les rois aient favorisé le bouddhisme, on assista à un relatif recul de celui-ci et à un essor du confucianisme du fait du développement de la bureaucratie des lettrés, recrutés par concours. La cour était imprégnée de culture chinoise.

Pendant cette période, le pays eut à soutenir de dures luttes au Nord et au Sud. Les rapports avec la Chine furent d'abord pacifiques, mais tout changea à la chute des Song lorsque leur vainqueur, le khan mongol Qoubilai, voulut, après avoir conquis la Chine, soumettre aussi les anciennes dépendances de l'Empire et surtout se rendre maître du Champa, position stratégique sur la route commerciale de l'Inde. Ses armées envahirent par trois fois le Dai Viet (1257, 1285 et 1287-1288), s'emparèrent de sa capitale et le mirent dans une situation presque désespérée, mais les Vietnamiens, décidés à résister, purent procéder à une véritable mobilisation populaire, et surent chaque fois contraindre les Mongols à la retraite. La victoire du prince Tran Quoc Tuan (ou Tran Hung Dao), frère du roi, sur le fleuve Bach Dang en 1288, est un des grands tournants de l'histoire du Vietnam. Le Dai Viet conclut la paix avec Pékin.

Les Tran n'obtinrent guère de succès contre les Cham, qui, après avoir cédé en 1306 le Thua Thien actuel (jusqu'au col des Nuages), contestèrent ensuite, pendant trente ans, ce territoire, et s'y maintinrent, menaçant même de nouveau le Sud du Dai Viet.

Après 1343, la dynastie tomba en décadence, avec des rois faibles, voire incapables. Finalement, un seigneur ambitieux, Ho Quy Ly, s'empara du trône en 1400. Il procéda à d'importantes réformes pour enrayer la crise économique et sociale grave que traversait le pays.

Bien que la Chine – où les Ming avaient chassé les Mongols – eût reconnu le nouveau souverain, elle intervint bientôt sous le prétexte de rétablir le « pouvoir légitime » des Tran. En 1406, les Chinois de l'empereur Yongle entrent au Vietnam, s'emparent de Hanoi, capturent et déportent Ho Quy Ly et sa famille, puis, devant la résistance opposée par l'héritier Tran restauré, annexent purement et simplement le royaume, rebaptisé Giao Chi, à l'Empire (1413). Ils vont y poursuivre cette fois une politique forcenée d'assimilation et d'exploitation. La domination chinoise se révéla si tyrannique que, dès 1418, un seigneur du Thanh Hoa, Lê Loi, appela la nation à la révolte. Il fut secondé par un grand lettré et fin politique, Nguyen Trai. Après dix ans d'une guérilla acharnée, Lê Loi, qui avait su gagner le peuple et constituer peu à peu une armée, accula les Chinois, finalement assiégés dans Hanoi, à demander la paix et à évacuer le pays (1427). Tout en demeurant tributaire de la Chine, Lê Loi se fit alors proclamer roi, fondant la dynastie dite des Lê postérieurs.

L'histoire de cette dynastie, dont la capitale fut encore Hanoi (rebaptisé Dong Kinh), comprend deux périodes, l'une d'unification et de prospérité, pendant laquelle le pouvoir royal est réel (1428-1527), l'autre de division et de troubles (1527-1789), pendant laquelle les souverains n'exercent qu'un pouvoir nominal.

Les premiers rois, actifs et intelligents, s'employèrent à relever et à organiser le pays, ruiné par l'occupation chinoise. Lê Loi ne régna pas longtemps (1428-1433), mais ni lui ni ses successeurs ne firent la politique qu'attendait le peuple qui les avait soutenus pendant la guerre de libération. Le roi le plus remarquable de cette période fut Lê Thanh Tôn (1460-1497), fin lettré, bon administrateur et grand conquérant, dont le règne fut un des plus brillants de l'histoire du Vietnam. Il réorganisa le système gouvernemental (ministères, conseils, censorat) et administratif, la justice (il promulgua, en 1470, le Code dit « Hong Duc »), la fiscalité, encouragea les lettres et les arts mais affirma la primauté absolue du confucianisme, favorisa l'agriculture (en développant notamment le réseau de canaux et de digues) et renforça les structures communales. Sur le plan extérieur, les premiers rois Lê eurent des relations pacifiques avec la Chine, mais, au Sud, ils ripostèrent vigoureusement aux agressions du Champa, que Lê Thanh Tôn réussit à défaire, s'emparant de sa capitale Vijaya (dans le Binh Dinh actuel) et de son roi (1470-1471). Le Champa, après avoir été pendant mille ans un des plus puissants États indochinois, marquant profondément la partie sud-orientale de la péninsule, disparaît alors, toute sa partie septentrionale (jusqu'au cap Varella) étant annexée par le Dai Viet, qui va en entreprendre la colonisation en y établissant, sur des concessions militaires (don-dien), des soldats laboureurs. Le sud du Champa est partagé entre trois princes qui se reconnaissent vassaux des rois Lê. En outre, à l'Ouest, Lê Thanh Tôn imposa sa suzeraineté à des principautés lao (Tran Ninh) et étendit son influence jusqu'au moyen Mékong.

À partir de 1505, les souverains Lê, faibles et débauchés, s'avérèrent incapables de faire face aux révoltes intérieures. Les factions prirent le pas sur la monarchie. Finalement, le pouvoir passa aux mains du chef de l'armée, Mac Dang Dung, qui s'empara du trône en 1527. Il obtint l'investiture de la Chine non comme roi, mais comme « général de commanderie ».

  Nord contre Sud : la division du pays

Cette usurpation marque le début d'une crise prolongée du pays. La réaction au coup de Mac ne tarda pas. Dès 1533, un mandarin légitimiste, Nguyen Kim, réussit à proclamer roi un prince de la famille Lê, et put se rendre maître des provinces méridionales du royaume. Après sa mort (en 1543), son fils Nguyen Hoang et son gendre Trinh Kiem continuèrent sa politique. Au terme de quatre décennies de luttes indécises, le fils de Trinh Kiem, Trinh Tung, réussit en 1592 à reprendre Hanoi (Dong Kinh) et y restaura solennellement les Lê. Les Mac se retirèrent à Caobang, où leur dynastie, reconnue et protégée par la Chine, put se maintenir jusqu'en 1677.

L'autorité des Lê n'était toutefois plus que nominale. Trinh Kiem, habile général, s'était en effet assuré du pouvoir réel qu'avait exercé son beau-père Nguyen Kim, et le fils de celui-ci Nguyen Hoang, inquiet, avait jugé prudent de s'éloigner. Il avait demandé le gouvernement des provinces du Sud, conquises au siècle précédent sur les Cham et encore incomplètement contrôlées. Il arriva en 1558 au Thuan Hoa, et il pacifia si bien ses provinces qu'en 1592 il dominait le pays de Dong Hoi jusqu'à proximité du cap Varella. Il se rendit alors peu à peu indépendant du Nord, reconnaissant néanmoins l'autorité nominale des rois Lê, mais nullement celle des Trinh, qui étaient devenus les véritables maîtres à Hanoi. Trinh Tung (mort en 1623) avait en effet accaparé tout le pouvoir royal, et ses descendants parvinrent à conserver cette position, plus ou moins comparable à celle des shōgun japonais. C'est ainsi que pendant deux siècles les rois Lê et les seigneurs Trinh régnèrent conjointement sur le Nord.

Les Nguyen considéraient les Trinh comme des usurpateurs et ils étaient tenus par eux comme des insoumis. Les Nguyen ayant refusé de payer un impôt réclamé par les Trinh au nom du roi, les hostilités éclatèrent en 1627 entre les deux familles rivales. De 1627 à 1674, les Trinh lancèrent sept campagnes militaires pour tenter de soumettre les Nguyen et réunifier le pays. Ils échouèrent. Mis en échec par de solides ouvrages défensifs (comme le mur de Dong Hoi) et par un climat peu propice, les Trinh durent renoncer à réduire les seigneurs (chua) Nguyen. Pendant cent ans (1674-1774), ils acceptèrent le Song Gianh comme limite des deux « fiefs », qui étaient en fait devenus deux États.

Les Trinh renforcèrent encore, dans un sens strictement confucéen, l'organisation du royaume et réalisèrent même d'importantes réformes administratives, financières, économiques et culturelles. Ils encouragèrent les relations commerciales avec l'étranger (des commerçants portugais, hollandais et anglais étaient venus à Hung Yen) et accueillirent bien, dans un premier temps, les missionnaires chrétiens (portugais, espagnols et français), mais ils s'effrayèrent bientôt de leur succès, tant auprès de la cour que des classes pauvres (300 000 chrétiens vers 1750), et ils prirent des mesures de persécution, surtout après que Rome eut condamné le culte des ancêtres. Le Tonkin – ainsi appelait-on en Europe le royaume de Dong Kinh, Hanoi – restait un État très hiérarchisé, soumis à la discipline sévère qu'imposaient la bureaucratie mandarinale et les notables. Ceux-ci réalisaient à leur profit une concentration croissante de la propriété foncière, au détriment d'une population paysanne écrasée d'impôts et de corvées. Le développement de la bureaucratie coûtait cher. Mais, que ce soit avec la Chine ou avec les Nguyen, la paix va régner pendant un siècle.

Au sud du Song Gianh, en Cochinchine – tel était le nom que les Portugais avaient donné à leur seigneurie –, les Nguyen appliquèrent le système administratif des Lê, mais, faute de cadres, ils ouvrirent les concours littéraires à tous, et le mandarinat eut ainsi une base plus démocratique qu'au Nord. De même, compte tenu de la composition de la population, tant vietnamienne que cham, le conformisme confucéen n'eut pas la même rigueur qu'au Nord. L'organisation sociale fut moins stricte et le style de vie différent. Bien que retenus par la nécessité de briser les offensives des Trinh, les Nguyen se préoccupèrent d'étendre leur domaine vers le sud. Les Portugais les aidèrent à organiser leur armée, à fondre de meilleurs canons et à construire des navires plus forts. Des colonies militaires permirent aux Vietnamiens de s'implanter peu à peu au sein des trois principautés cham du Sud et de coloniser les plaines côtières, de se rendre maîtres de Song Cau en 1611, de Khanh Hoa et de Phan Rang en 1653, de Phan Thiet en 1697. Mais déjà des vagabonds, des bannis, des déserteurs vietnamiens s'étaient installés dans le Cambodge voisin, parmi une population khmère clairsemée, avec l'autorisation du roi du Cambodge. En 1658, la cour khmère avait sollicité l'intervention vietnamienne pour faire face à la menace siamoise, et les Nguyen en avaient profité pour imposer au Cambodge le versement d'un tribut régulier. En 1698, les Nguyen créèrent les provinces de Baria, de Bien Hoa et de Gia Dinh, que le Cambodge leur céda en 1701. Plus loin, vers l'ouest, des émigrés chinois donnèrent Hatien aux Nguyen, sur le golfe de Siam (1714).

Au milieu du xviiie siècle, les Nguyen s'étaient rendus maîtres de la majeure partie du delta du Mékong, et le roi du Cambodge était devenu leur vassal, tout comme le roi de Vientiane et celui de Xieng Khouang au Laos. La « Cochinchine » était de loin le pays le plus dynamique de l'Indochine. Sa capitale avait été transférée en 1687 à Phu Xuan (l'actuel Huê).

Les deux États vietnamiens étaient en contact avec les Japonais, très actifs jusqu'au début du xviie siècle en mer de Chine méridionale, et avec les Européens : Portugais de Macao, Espagnols de Manille, Hollandais de Java, Anglais et Français de l'Inde. Le commerce s'effectuait surtout à Hung Yen au Nord et à Faifo au Centre. Bien qu'il fût relativement faible, il n'en intégrait pas moins le Dai Viet dans les grands courants commerciaux de l'Asie orientale. Le commerce extérieur était, dans les deux États, un monopole royal, et le pays ne comptait pas encore une véritable classe de marchands et d'intermédiaires, mais il bénéficiera, après la chute des Ming en Chine, d'une importante immigration chinoise, et ces Chinois s'assureront peu à peu la maîtrise du commerce intérieur.

Les missionnaires catholiques avaient précédé de peu les marchands. C'est l'un d'entre eux, Alexandre de Rhodes, né en Avignon, qui, arrivé au Tonkin en 1627 et expulsé en 1630, contribua, en faisant imprimer un premier catéchisme, à la diffusion d'une écriture romanisée, le quoc ngu, pour la langue vietnamienne. Par ces missionnaires – longtemps portugais, puis français après la fondation à Paris en 1664 de la Société des missions étrangères –, l'Europe était informée de l'évolution des États vietnamiens et savait que, du fait de l'intolérance religieuse de leur régime, une situation conflictuelle s'y créait. Comme la position stratégique du Vietnam était capitale, l'étranger ne pouvait rester indifférent. Dès le milieu du xviiie siècle, il est clair qu'Anglais et Français ont des vues sur l'îlot de Poulo Condore et sur la baie de Danang (Tourane).

  Les Tayson et la réunification

Une crise intérieure grave fournit aux Nguyen l'occasion de reconstituer à leur profit l'unité vietnamienne1800 à 1850. Indépendances américaines. L'autorité tyrannique d'un régent suscita, en 1771, un soulèvement dans la province de Binh Dinh. Trois frères, Nhac, Lu et Hue, appelés les Tayson du nom de leur village, se mirent à la tête des insurgés. En quelques années, jouissant du soutien de populations opprimées et exploitées par les Nguyen, ils battirent tour à tour les Nguyen (qu'ils rejetèrent dans l'ouest du delta du Mékong) et les Trinh qui, profitant de l'occasion, étaient intervenus en 1774 et s'étaient emparés de Huê. Après avoir repris la capitale en juin 1786, Nguyen Van Hue, le plus capable des trois frères, marcha vers le nord, s'empara de Hanoi et y restaura le pouvoir du roi Lê. Mais celui-ci se rebella, et la Chine le soutint. Alors Nguyen Van Hue se proclama empereur sous le nom de Quang Trung (déc. 1788) et battit l'armée chinoise (1789). Maître du pays de la Porte de Chine jusqu'au col des Nuages, il n'eut pas le temps d'y instaurer un nouveau régime politique et social. Il procéda à quelques réformes (il substitua notamment le nôm au chinois dans les documents officiels), mais ne modifia en rien la structure sociale du pays. Il en résulta une grande déception chez les paysans et les marchands qui avaient soutenu, en grande majorité, les Tayson. Le successeur de Quang Trung et ses frères, moins capables et dont les généraux se divisaient en factions rivales, ne sut pas s'opposer au retour offensif des Nguyen.

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1800 à 1850. Indépendances américaines Indépendance de l'Amérique ibérique. Puissance de l'Angleterre. Écrasement des révolutions européennes. Le XIXe siècle procède dans une large mesure de la Révolution française et de la diffusion de ses idéaux. C'est d'abord en Amérique latine que cette influence est sensible, débouchant… 

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Retiré dans le delta du Mékong, l'héritier des Nguyen, le prince Nguyen Anh, y avait rencontré en 1784 un missionnaire français, Mgr Pigneau de Béhaine. Celui-ci, revenu en France, avait persuadé Louis XVI de l'intérêt d'aider Nguyen Anh et avait même fait signer un traité d'alliance avec la Cochinchine (Versailles, 1787). Mais le gouverneur de l'Inde française ne jugea pas opportun d'entreprendre l'opération. Pigneau de Béhaine leva des volontaires, arma des navires et rejoignit Nguyen Anh (1789). Déjà celui-ci avait pu reprendre la Basse-Cochinchine (appelée Gia-Dinh en vietnamien) avec Saigon (sept. 1788), réorganisait le pays et se préparait à marcher sur le Nord. L'aide de l'évêque et de ses hommes lui fut néanmoins précieuse. Il put instruire une partie de ses troupes à l'européenne, s'assurer une nette supériorité en artillerie, en génie et en marine et reprendre victorieusement la lutte contre les Tayson. Bien que la plupart des Français eussent quitté le Vietnam avant même la mort de l'évêque (1799), Nguyen Anh, grâce à sa puissance militaire, put, en moins de trois ans, battre ses adversaires Tayson. Quinhon tomba en juillet 1799, Huê en 1801 et Hanoi en juillet 1802. L'unité vietnamienne était reconstituée. En 1804, Nguyen Anh, qui prit le nom de règne de Gia Long, baptisa son royaume Viet Nam, fixa sa capitale à Huê, puis, en 1806, se proclama empereur. Il avait déjà reçu l'investiture de la Chine.

  Les Nguyen : l'apogée

C'est sans doute dans la première moitié du xixe siècle que la puissance vietnamienne parvint à son apogée. Gia Long jeta les bases d'un État moderne, mais il dut d'abord restaurer une administration et une économie disloquées et ravagées par trente ans de guerre civile. Le régime qu'il forgea fut une monarchie absolue et centralisée où disparurent rapidement les derniers vestiges de la féodalité. L'administration, l'éducation supérieure, les finances, l'armée furent réorganisées. La législation fut révisée, et un nouveau Code, inspiré du Code chinois, se substitua au Code « Hong Duc » (1812). De grands travaux furent entrepris et menés à bien : routes – notamment la fameuse Route mandarine, reliant la frontière chinoise au Cambodge –, canaux, digues, greniers, ports et aussi citadelles. La plus vaste, celle de Huê, fut construite de 1804 à 1819. Gia Long entreprit l'initiation des lettrés aux sciences et techniques occidentales, mais, désireux d'utiliser à son choix et au seul profit du pays les compétences des Européens, il prit soin de n'accorder aucun privilège aux étrangers. C'est aussi sous son règne que Nguyen Du composa ce qui est considéré comme le chef-d'œuvre littéraire national, le Kim Van Kieu.

Le Cambodge avait de nouveau reconnu la suzeraineté vietnamienne (1805), et Gia Long sut y repousser une invasion siamoise (1813). L'installation de l'Angleterre à Singapour en 1819 éveilla la méfiance de Gia Long et, en mourant (1820), il recommanda à son successeur Minh Mang de bien traiter les Européens, mais de ne pas leur laisser acquérir la moindre influence politique.

Tout imprégné de culture chinoise, Minh Mang (1820-1841) méprisait les « Barbares de l'Ouest » et se méfiait de leurs entreprises. Il renforça encore la puissance monarchique, en centralisant davantage l'administration. Cette politique suscita des résistances, dans le Sud en particulier. L'insurrection de Saigon (1833-1835), dirigée par Lê Van Khoi et dans laquelle les chrétiens jouèrent un rôle important, fut même soutenue par le Siam, ce qui incita Huê à intervenir de nouveau au Cambodge (1834). Mais les Vietnamiens entreprirent d'annexer le pays, et le peuple khmer se souleva alors contre eux. Au Laos, Minh Mang soutint le roi Anou de Vientiane contre le Siam (1828), puis, devant la victoire de celui-ci, imposa l'autorité du Vietnam sur le Tranninh et le Cammon. L'intervention militaire britannique en Chine (1839), dite « guerre de l'opium », incita Minh Mang à envoyer des missions en Europe pour tenter d'y discerner les intentions de Paris et de Londres, mais cette ouverture n'eut aucun succès.

La société vietnamienne, toujours divisée en quatre « classes », les lettrés (si), les paysans (nông), les artisans (công) et les marchands (thuong), était plus que jamais dominée par la cour impériale et sa bureaucratie. La noblesse, à qui ses titres, purement honorifiques, ne conféraient aucune prérogative concrète, ne comptait plus en tant que force politique. La classe dirigeante était celle des lettrés, cadres politico-intellectuels de la nation. Le mandarinat, hiérarchisé en neuf degrés, formait la couche essentielle de l'administration. Il se recrutait par des concours qui, depuis la réforme de 1839, étaient ouverts à tous. Mais l'enseignement, très traditionnel, qui y préparait était d'ordre purement éthique et littéraire et ne correspondait guère aux besoins socio-économiques du pays. L'instruction était toutefois fort répandue. Elle était en effet dispensée, jusqu'au fin fond des campagnes, par des lettrés ou des mandarins retraités, qui enseignaient les caractères chinois et la doctrine confucéenne. Devenir fonctionnaire était l'aspiration fondamentale de tout garçon intelligent, ambitieux et doué.

La population, qu'on évaluait alors à 10 millions, demeurait dans son immense majorité paysanne. En dehors de Huê et de Hanoi, les villes n'étaient que des marchés. L'agriculture était la base d'une économie encore très fractionnée et de caractère précapitaliste. Ses techniques n'avaient guère évolué depuis des siècles. C'était sur le travail de la population rurale que reposait la vie matérielle du pays. Non seulement les paysans assuraient la production du riz (base de l'alimentation de tous) et des principales matières premières, mais, par les corvées et les impôts auxquels ils étaient soumis, ils entretenaient la cour, la bureaucratie et l'armée, et fournissaient la main-d'œuvre pour tous les grands travaux.

La propriété foncière était, dans cette société, la richesse essentielle. La majorité des terres était dite « communale » et était répartie périodiquement entre les familles habitant la commune, mais une petite propriété privée existait depuis des siècles, tout comme une concentration de terres par des familles riches ou aisées, qui les faisaient cultiver par des fermiers. Administré par un Conseil des notables élu (où les plus riches avaient en général la prépondérance), chaque village se suffisait à peu près à lui-même, et l'horizon de ses habitants ne dépassait guère le canton, ce qui explique qu'au xixe siècle, faute de menace extérieure, le sentiment national se soit maintenu davantage au sein de la classe des lettrés que dans les autres. L'artisanat aussi était local. Il n'y avait de ce fait ni industrie nationale, ni même commerce national, car les transports intérieurs étaient pour la plupart à courte distance. Les mouvements internes de population étaient néanmoins assez importants. La pression démographique, particulièrement intense dans le Nord, et la paupérisation croissante qui en résultait incitaient nombre d'individus et même de familles au brigandage, mais surtout à aller défricher dans le Sud de nouvelles terres. À cet égard, la dynastie des Nguyen n'a pas ménagé ses encouragements à la colonisation agricole et à l'extension des superficies cultivables.

Les deux successeurs de Minh Mang, Thieu Tri (1841-1847) et Tu Duc (1847-1883), furent comme lui des administrateurs remarquables. Mais leur règne fut largement conditionné par la montée de la menace extérieure. Thieu Tri évacua le Cambodge (1841) mais s'entendit en 1845 avec le Siam pour partager avec lui le protectorat sur le pays.

Cependant, la victoire de l'Angleterre sur la Chine (1842) et l'ouverture de celle-ci au commerce européen et américain mettaient le Vietnam devant un choix décisif : allait-il lui aussi devoir s'ouvrir (quitte à tenter de maintenir son indépendance en jouant les puissances étrangères les unes contre les autres comme le Siam le fera à partir de 1855), ou devait-il refuser le contact et résister ? L'immobilisme intellectuel de la cour de Huê et de toute une classe dirigeante imbue de confucianisme va les faire opter pour la seconde solution. L'une et l'autre estimèrent que le meilleur moyen de défense dont disposait le Vietnam contre « les Barbares impies de l'Ouest » était le repli sur soi et la fermeture totale. Le règne des deux souverains accentue un retour, déjà marqué, à l'influence intellectuelle et morale de la Chine, considérée comme le grand modèle. Ce triomphe de la tradition va avoir une double série de conséquences néfastes : l'hostilité des lettrés à toute innovation et l'absence au Vietnam d'une bourgeoisie commerçante capable d'imposer une nouvelle politique économique vont peu à peu aggraver le marasme et réduire encore les échanges dans cette société pourtant peu dynamique, d'où agitation, recrudescence du brigandage et même révoltes. Ensuite, l'intolérance et la méfiance croissantes à l'égard de tout ce qui était occidental vont conduire non seulement à repousser systématiquement les demandes présentées par l'Angleterre, la France, les États-Unis et d'autres encore, tendant à ouvrir le pays au commerce international, mais aussi à intensifier la persécution des chrétiens considérés comme des agents occidentaux et des traîtres en puissance. C'est à la suite des persécutions de Thieu Tri et de Tu Duc que l'intervention européenne (préconisée dès 1844 par des officiers de marine français) prit forme. Les missions catholiques opérant au Vietnam avaient en effet de puissants appuis à Paris et à Madrid. La cour de Huê n'ayant donné aucune suite aux exigences occidentales sur la liberté religieuse et le commerce, sous-estimant l'adversaire (malgré les avertissements de lettrés lucides), se trouva soudain confrontée à une crise redoutable.

  La conquête française (1858-1895)

En août 1858, le Vietnam est attaqué par la France et l'Espagne, qui s'emparent de Danang (Tourane). Madrid abandonne l'entreprise après l'échec d'une tentative contre Huê. La France persiste. Ses forces s'emparent de Saigon (févr. 1859), la capitale du Sud, puis des provinces orientales du Nam-Ky (Cochinchine), que Huê doit céder, après une résistance militaire acharnée et une longue négociation (traité du 5 juin 1862). La France assume pour son compte le protectorat vietnamien sur le Cambodge (1863). Elle érige en 1864 en colonie la Cochinchine orientale à laquelle elle annexe, presque sans coup férir, les « provinces de l'Ouest » (1867)1850 à 1914. L'Europe émigre. En huit ans, le Vietnam avait perdu le riche delta du Mékong, grenier du pays, le plus beau fleuron de la dynastie des Nguyen.

1850 à 1914. L'Europe émigre Vidéo

1850 à 1914. L'Europe émigre Expansion mondiale des Blancs. Ère victorienne. Unité de l'Allemagne et de l'Italie. Les empires coloniaux atteignent leur apogée à la charnière des XIXe et XXe siècles. L'ensemble de l'Afrique ainsi qu'une grande partie de l'Asie sont alors sous la domination d'une Europe tri… 

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Ce n'était toutefois qu'un début. Pour se ménager un accès à la Chine du Sud, des commerçants français s'introduisent dès 1871 au Nord, au Tonkin, en effervescence politique depuis dix ans. Les incidents qu'ils provoquent amènent Huê à réagir, à écraser la tentative de la marine française (Francis Garnier) de s'emparer de Hanoi et d'y instaurer, avec l'aide des chrétiens, un nouveau pouvoir (1873). Le Vietnam n'en doit pas moins accorder la liberté religieuse et s'ouvrir au commerce européen. Dans le cadre d'un important traité de coopération avec la France (15 mars 1874), il lui accorde des facilités au Tonkin. Il applique cependant le traité avec mauvaise grâce, laisse des irréguliers chinois (Pavillons noirs) harceler les commerçants européens. En 1882, Saigon, sur instruction de Paris, envoie au Tonkin une nouvelle expédition, celle du commandant Rivière. Son échec détermine la France à s'engager militairement sur une large échelle. La cour de Huê demande alors l'aide de la Chine, toujours suzeraine du Vietnam.

Tout en entreprenant des opérations contre la Chine, la France profite de la mort de Tu Duc (juill. 1883) pour occuper Huê et imposer à la cour un premier traité de protectorat (25 août 1883), bientôt aggravé par un second (6 juin 1884). Le Vietnam perd son indépendance et sa souveraineté. C'est la France en effet qui se chargera de sa défense et de ses relations extérieures. Elle placera des « conseillers » dans l'administration centrale et locale du pays, et ses ressortissants (soustraits à la juridiction vietnamienne) jouiront de toute liberté de commerce et d'entreprise. Les douanes passent sous contrôle français.

Cette mise sous tutelle suscite une vive opposition au sein de la cour et chez les lettrés. En juillet 1885, un des régents, Tôn That Tuyet, tente à Huê un coup de force contre les troupes françaises. Il échoue et s'enfuit avec le jeune roi Ham Nghi dans la montagne. Dans tout le pays, les lettrés s'insurgent, massacrent les chrétiens, accusés de connivence avec l'étranger, et attaquent les forces françaises. Les Français intronisent alors un nouveau souverain, Dong Khanh (frère de Ham Nghi), qui leur est favorable. Ils obtiennent de la Chine qu'elle renonce à sa suzeraineté sur le Vietnam et à toute intervention dans ce pays (traité du 9 juin 1885). À partir de 1886, c'est au nom du monarque qu'ils ont imposé qu'ils cherchent à réduire la résistance.

En 1888, Ham Nghi est capturé et déporté en Algérie. Le régent Thuyet se réfugie en Chine, mais la guérilla (mouvement Can Vuong : « fidélité au roi »), à laquelle se mêlent du reste des pirates (dont le plus célèbre sera le Dê Tham), se poursuivra encore des années.

Le Vietnam, déjà privé du Sud, est encore démembré. Le Tonkin (Bac-Ky), détaché en 1886 du Centre (Trung-Ky) par Paul Bert, est placé en fait sous administration française directe. Les villes de Hanoi, Haiphong et Tourane (Danang) sont cédées à la France (1888) qui leur donne un statut de colonies. En 1887, Paris crée une « Union indochinoise », sous un gouvernement général qui prend sous son autorité tous les services essentiels. Le Centre-Vietnam (que les Français appellent Annam), devenu un des cinq territoires de l'Union indochinoise, lui est soumis, perdant ainsi tout contact direct avec Paris. Des résidents français ont été installés dans toutes les provinces.

En Cochinchine, la paix règne et la culture du riz a fait de grands progrès, mais ailleurs la situation est très différente. La poursuite de la guérilla, l'insécurité, les destructions, le marasme économique, le délabrement de l'administration, très éprouvée par la décimation de la classe des lettrés, font du Vietnam, vers 1890, un pays ruiné, qui coûte cher à la France.

Pour tenter de sortir de l'impasse, le gouverneur-général de Lanessan, à partir de 1891, revient à une politique d'application stricte du Protectorat, de coopération avec la cour de Huê et de respect de la souveraineté interne vietnamienne, qu'il rétablit même au Tonkin. Il obtient des résultats probants : fin de la guérilla, participation vietnamienne à l'élimination de la piraterie et à la reconstruction économique. La « pacification » est terminée en 1893. Mais la politique « provietnamienne » de Lanessan lui attire la haine des colons, des administrateurs et même des militaires. Il est révoqué (déc. 1894), et les Français en reviennent à une formule de pouvoir sans partage. Ils écraseront alors le dernier soubresaut d'une nouvelle guérilla, celle de Phan Dinh Phung (1895).

L'espoir qu'avait pu nourrir une certaine fraction des lettrés, d'une collaboration loyale avec la France pour la modernisation du pays, s'évanouit durablement avec les mesures que prend, à partir de février 1897, le nouveau gouverneur-général Paul Doumer (1897-1902) dont le souci essentiel est l'ordre et surtout la mise en valeur économique de l'Indochine. Il met en place une nouvelle organisation administrative et financière (notamment un budget général de l'Indochine, 1898). Les Français prennent en charge les finances du Vietnam et perçoivent les impôts au nom de l'empereur. À Huê, c'est le résident supérieur de France qui présidera désormais le Conseil des ministres, mais les ministres vietnamiens n'ont plus que les apparences d'un pouvoir. Aucune de leurs décisions n'est exécutoire si elle n'a pas été approuvée par les autorités du Protectorat.

La Cochinchine était placée, depuis 1864, sous administration directe française. Au Tonkin et en Annam, les Français s'étaient attachés depuis 1886 à remplacer, dans l'administration centrale et locale, les lettrés, jugés hostiles, par de nouveaux mandarins, recrutés le plus souvent parmi les interprètes ou les auxiliaires de l'armée et de la police. L'ancienne classe dirigeante, décimée, doit s'effacer et s'abstenir de toute activité politique. L'enseignement sino-vietnamien en caractères chinois est bientôt supprimé et officiellement remplacé dans le nouveau système scolaire par le français et le quoc ngu. Un embryon d'université sera créé à Hanoi en 1906. Les concours littéraires seront abolis et tout recrutement de la classe des lettrés deviendra ainsi impossible.

  Le nationalisme cherche sa voie

Hostiles à cette nouvelle politique française, mais déçus par la passivité dont a fait preuve la majorité de la population en ces circonstances, des groupes de lettrés cherchent alors une autre voie. L'exemple de la Chine, aux prises avec les Occidentaux et en pleine fermentation (Cent Jours de Pékin, 1898, révolte des Boxeurs, etc.), les fascine. Ils suivent les progrès de la contestation de la dynastie mandchoue et des idées républicaines, et prennent contact avec le mouvement réformiste chinois. Mais ils sont aussi sensibles à l'exemple du Japon qui, tout en conservant sa monarchie et ses traditions, a réussi à se moderniser, a vaincu la Chine (1895) et va battre la Russie (1904-1905).

Tandis que, dans le cadre des plans de mise en valeur de Paul Doumer, les Français commencent un vaste programme de construction de chemins de fer et de routes, d'équipement de ports et d'aménagement des villes, ces groupes de lettrés vont étudier les « modèles » chinois et japonais et tenter d'obtenir le concours de Tōkyō à la lutte pour reconquérir l'indépendance. Au début de 1905, deux lettrés, Phan Boi Chau et Phan Chau Trinh, gagnent le Japon. Alors que Trinh va rapidement conclure que le Vietnam ne doit rien attendre du Japon – qu'il juge impérialiste – et doit compter d'abord sur lui-même, se moderniser et se transformer en coopération avec la France, Phan Boi Chau se lie avec des révolutionnaires chinois et avec des milieux politiques japonais, dont il reçoit des encouragements. Il fait venir au Japon un prince de la famille impériale, Cuong Dê, et fonde avec lui le « Vietnam Duy Tan Hoi » (association pour la modernisation du Vietnam) dont les objectifs principaux sont la libération du Vietnam, la restauration d'une monarchie légitime et la promulgation d'une constitution sur le modèle japonais (1906). Pour préparer la libération du pays, le Duy Tan Hoi organise la formation de centaines d'étudiants vietnamiens au Japon (c'est le mouvement Dong Du, ou Exode vers l'Est). C'est dans les sociétés secrètes – qui se sont multipliées au Vietnam – que Phan Boi Chau va trouver ses partisans les plus actifs. La fermentation est grande et des soulèvements sont organisés. De son côté, Phan Chau Trinh expose en 1906 au gouverneur-général Beau ses vues sur la situation du Vietnam et les perspectives d'une coopération franco-vietnamienne pour la modernisation du pays. Il demande de la France un changement radical de politique. Cependant, en 1907, se fonde à Hanoi un institut d'enseignement, le Dong Kinh Nghia Thuc, dont le but est de promouvoir une éducation populaire et nationale moderne. Dans le Sud, notamment, des entreprises commerciales et industrielles vietnamiennes apparaissent. Les colons et fonctionnaires français s'inquiètent de ce mouvement réformiste. À la suite de la déposition et de la déportation à la Réunion du roi Thanh Thai (en 1907), en protestation aussi contre une fiscalité jugée insupportable, une certaine agitation se répand en 1908 dans le Centre, à Hanoi et en Cochinchine. Elle est rapidement réprimée. Le Dong Kinh Nghia Thuc est fermé, l'Université indochinoise supprimée, de nombreuses condamnations sont prononcées. Phan Chau Trinh lui-même est arrêté, condamné à mort et, sa peine ayant été commuée, déporté. La France a déjà obtenu du Japon qu'il cesse d'aider Phan Boi Chau et Cuong Dê, qui vont alors se tourner vers la Chine.

Ces troubles de 1908 conduisent Paris à réviser sa politique indochinoise. En 1911, un nouveau gouverneur-général, Albert Sarraut, est nommé, qui va appliquer une politique dite d'« association ». L'administration est réformée et de nombreux abus réprimés. L'instruction publique reçoit un puissant élan et l'Université est rétablie. La représentation vietnamienne dans les rares assemblées locales est élargie, mais les chambres ou conseils conservent un caractère purement consultatif. Cette politique est vivement critiquée dans les milieux français d'Indochine, mais elle détend les relations avec la population vietnamienne. Aussi bien les appels à la révolte lancés par Phan Boi Chau – qui a dû quitter le Japon et se replier en Chine – restent-ils sans grand écho, même si ses partisans peuvent encore organiser quelques complots. Le calme des populations permet à la France, pendant la Première Guerre mondiale, de retirer d'Indochine la quasi-totalité de ses troupes et de faire venir dans la métropole plus de cent mille Vietnamiens, soldats et ouvriers, qui participent à l'effort de guerre et s'initient au mode de vie occidental. Insignifiants furent les troubles de 1916, dans lesquels fut impliqué le jeune roi Duy Tan, qui fut destitué et déporté, comme son père, à la Réunion (il fut remplacé par le fils de Dong Khanh, Khai Dinh).

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la situation politique s'est modifiée du fait des changements sociaux intervenus au Vietnam. La génération des lettrés traditionalistes et irréductibles s'éteignait. Des classes nouvelles émergeaient : une bourgeoisie composée surtout de propriétaires fonciers (notamment en Cochinchine) et de « nouveaux mandarins » (dont les fils s'occidentalisent), une petite bourgeoisie aussi, de commerçants et d'auxiliaires de l'administration. Dans les populations, l'influence des soldats et ouvriers, de retour de France, était loin d'être négligeable. De la France victorieuse, dont le prestige était grand et dont le Japon et la Chine avaient été les alliés, on attendait maintenant des gestes en conformité avec ses promesses d'associer les Vietnamiens à la direction de leur pays. En 1919, un Vietnamien installé en France, Nguyen Ai Quoc (le futur Hô Chi Minh), présente aux quatre Grands les revendications du peuple annamite : elles demeurent ignorées.

La nouvelle bourgeoisie vietnamienne voulait que l'administration s'ouvre largement à ses enfants éduqués à l'occidentale, et les classes laborieuses, les ouvriers et les employés surtout, souhaitaient une législation sociale plus libérale. C'était le début d'une lutte pour le pouvoir, à l'intérieur du système français, dans ce pays de dix-huit millions d'habitants où quelque dix mille Européens s'étaient réservé toutes les fonctions de direction et même de gestion, tout en contrôlant, en liaison avec les immigrés chinois, toute la vie économique.

La société coloniale n'était cependant pas disposée à partager le pouvoir. Elle bloqua toutes les tentatives de réforme, aussi bien les demandes de constitution présentées au nom de la bourgeoisie cochinchinoise par Bui Quang Chieu (1923) et celles qui étaient relatives au respect de l'identité vietnamienne et de l'esprit du Protectorat formulées par le francophile Pham Quynh (1924-1930) que les revendications sociales. L'inégalité des traitements dans l'administration, et la discrimination raciale qu'elle traduisait, ne fit qu'alimenter les ressentiments. Aucune constitution ne fut élaborée. Les Vietnamiens ne furent pas autorisés à fonder des partis politiques ou des syndicats, qui auraient pu canaliser les aspirations et constituer peu à peu les bases d'un régime démocratique. Les Assemblées locales elles-mêmes, élues au suffrage restreint par quelques milliers d'électeurs, se virent interdire tout vœu d'ordre politique.

La victoire de la gauche aux élections françaises de mai 1924 ne se traduisit au Vietnam que par quelques réformes de détail, ce qui suscita une profonde déception. Phan Chau Trinh, revenu en juin 1925 de France où il était exilé depuis 1911, s'éteignit à Saigon en mars 1926. De son côté, Phan Boi Chau était arrêté à Shanghai en juin 1925. Sa condamnation à mort était commuée en assignement à vie à résidence (il mourra à Huê en 1940). Les libertés fondamentales (presse, réunion, association, circulation, etc.) continuèrent d'être refusées aux Vietnamiens, et la surveillance policière ne se relâcha en rien. Toutes les possibilités de changement politique pacifique paraissaient fermées.

Le pays connaissait pourtant une apparente prospérité. Les investissements français s'étaient multipliés depuis 1920 et avaient donné un grand essor aux productions vivrières (riz, maïs) comme aux plantations d'hévéas, de thé, de café, etc. Les exportations de riz cochinchinois allaient dépasser le million de tonnes par an et atteindre même 1 700 000 tonnes vers la fin de la décennie. Les exploitations minières (charbon, zinc et étain du Tonkin) étaient également en progrès, tout comme les industries telles que la cotonnière de Namdinh ou la cimenterie de Haiphong. Le réseau routier était en rapide extension, et les villes comme Hanoi, Haiphong ou Saigon s'embellissaient et se modernisaient. La Fédération indochinoise disposait d'abondantes ressources financières.

Mais la priorité absolue que donnaient les Français à cette « mise en valeur » économique s'accompagnait chez eux d'un refus délibéré d'envisager une modernisation parallèle du système politique dans un esprit démocratique, et aussi d'une incapacité à prendre en compte les aspects sociaux d'un développement qui enrichissait rapidement une petite minorité de Blancs et de bourgeois vietnamiens et chinois, leurs alliés, tandis qu'on assistait à une aggravation généralisée des conditions de vie des masses paysannes et ouvrières, exploitées par les usuriers et dont les revenus, salariaux ou autres, demeuraient extrêmement bas. Les abus auxquels donnaient lieu le recrutement et l'installation de la main-d'œuvre des plantations de caoutchouc de Cochinchine, les conditions de travail dans les entreprises (mines, usines, etc.) suscitèrent certes une législation nouvelle, mais elle fut jugée notoirement insuffisante. En fait, aucune pression politique sérieuse ne pouvait s'exercer sur l'Administration française qui, de concert avec les colons, dirigeait le pays. Cette absence de toute forme légale d'expression politique nationale, cette interdiction permanente de tout mouvement à tendances nationalistes et démocratiques allaient affecter profondément le mouvement national vietnamien. Contrairement à l'Inde, à la Birmanie, à Ceylan ou aux Philippines où le mouvement national pouvait s'exprimer légalement par le canal de partis politiques reconnus et dans le cadre d'assemblées élues, le Vietnam allait voir l'activité politique essentielle contrainte de se couler dans la clandestinité, et la répression dont les militants seront l'objet marquera profondément et durablement leurs conceptions et leurs méthodes d'action.

  Forces nouvelles

C'est dans la clandestinité que se constituent et que se développent, à partir de 1925-1926, les forces politiques d'opposition au régime. Des chapelles et groupuscules qui se créent alors vont émerger deux courants importants, l'un essentiellement nationaliste, l'autre d'idéologie marxiste. Les sources d'inspiration ne seront plus seulement la Chine et le Japon, mais aussi et surtout l'Union soviétique.

En 1927 se constitua au Tonkin, clandestinement, le Parti national vietnamien (Viet-Nam Quoc-Dan Dang, ou V.N.Q.D.D.). Il se voulait la réplique du Guomindang chinois dont il emprunta et la doctrine du Triple Démisme et l'organisation. Le V.N.Q.D.D., qui avait noyauté certains milieux de la petite bourgeoisie, passe à l'action en février 1930. À son instigation, la garnison de Yen Bay se mutina. Ce devait être le signal d'un soulèvement général du Tonkin, mais le coup échoua et le parti fut pratiquement anéanti par la répression. Son fondateur et leader, Nguyen Thai Hoc, capturé, fut exécuté le 12 juin 1930. Seuls quelques groupes de militants purent gagner la Chine et y trouver refuge.

Au même moment, un autre parti entrait en lice : le Parti communiste. Il venait de naître, le 3 février 1930, à Hong Kong, de la fusion de trois petits partis marxistes de l'intérieur et d'une « Association révolutionnaire de la jeunesse vietnamienne » (Thanh Nien) que Nguyen Ai Quoc avait fondée en 1925 à Canton où il était venu, l'année précédente, seconder le Russe Borodine et où il avait pu prendre contact avec les communistes chinois et le Guomindang. Nguyen Ai Quoc, né dans le Nghe An en 1890, était le fils d'un lettré révoqué pour activité politique. Il avait quitté le Vietnam en 1911 et avait vécu en Europe, à Londres et à Paris (où il avait travaillé avec Phan Chau Trinh avant d'adhérer au Parti socialiste puis au Parti communiste français dès 1920), avant de gagner Moscou (1923) et la Chine. Le Parti communiste vietnamien parvint à déclencher en 1930 une grande agitation sociale dans le pays, très éprouvé depuis un an par la crise économique mondiale et, dans le Nord, par la famine : des grèves et des marches de paysans qui vont, dans le Nord-Annam (région de Vinh), aller jusqu'à la constitution de Soviets dans le Nghe-Tinh (sept. 1930). Ces événements attirèrent sur le Parti – qui en novembre 1930 prit le nom de Parti communiste indochinois – une répression très dure. Nguyen Ai Quoc lui-même était arrêté en juin 1931 à Hong Kong par la police britannique. Évadé en 1933, il gagnera la Chine où l'on perdra sa trace. Traqué, le P.C.I. aura des milliers de militants arrêtés. Ceux qui échapperont aux exécutions peupleront les prisons et les bagnes où ils retrouveront et convertiront souvent ceux du V.N.Q.D.D. Le Parti ne pourra qu'à grand-peine maintenir une organisation, avec l'aide des P.C. français et chinois et du Komintern. Pour de longues années, l'opposition clandestine se trouvait démantelée.

L'administration crut pouvoir détourner l'opinion des partis révolutionnaires en encourageant les forces traditionalistes, le bouddhisme, qu'elle s'efforcera de « rénover » à partir de 1930, la monarchie, qu'elle tentera de « moderniser ». L'empereur Khai Dinh était mort en 1925 et l'Annam vivait depuis lors sous une régence. Son fils Bao DaiBao-Dai, âgé de dix-neuf ans, revint en 1932 de France où il avait été éduqué pendant dix ans. Les débuts du règne furent prometteurs. Bao Dai annonçait des réformes, affirmait son intention de gouverner avec le concours du peuple en instaurant une monarchie parlementaire de type occidental. Il remplaça certes les ministres âgés par d'autres plus jeunes et moins conservateurs, mais, si le gouvernement de Huê fut « modernisé », ce fut dans le sens d'un accroissement des pouvoirs du résident supérieur de France, et les projets de réformes se trouvèrent bientôt bloqués par l'opposition des milieux traditionalistes et de l'administration du Protectorat. En septembre 1933, le jeune ministre de l'Intérieur, Ngô Dinh Diem, constatant l'inanité de ses efforts et l'impuissance à laquelle il était réduit, donna avec éclat sa démission. Il fut banni de Huê. Bao Dai, désabusé et sceptique, renoncera à lutter. La voie réformiste n'avait mené nulle part, et si les revendications des travailleurs pouvaient s'exprimer en Cochinchine, pays où la législation sur la presse était plus libérale, notamment par le truchement des trotskistes et communistes du groupe La Lutte (1933-1937), elles n'en aboutissaient pas pour autant à des résultats concrets.

Bao-Dai Photographie

Bao-Dai Bao-Dai (1913-1997), empereur du Vietnam de 1925 à 1945, ici vers 1920. 

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Avec l'avènement du Front populaire en France en juin 1936, une grande espérance anima le peuple vietnamien. Paris annonça des réformes. À l'initiative du groupe La Lutte, des centaines de comités d'action se formèrent pour élaborer des cahiers de vœux qui seraient présentés au gouvernement français. L'organisation d'un Congrès indochinois était entreprise dans ce but. Des militants ouvriers et paysans retrouvaient dans ces comités d'action les éléments progressistes de la petite et moyenne bourgeoisie (petits propriétaires, artisans et commerçants, intellectuels).

Le P.C.I., qui soutenait et même inspirait ce mouvement, proposait aussi la constitution d'un Front démocratique indochinois. Les revendications principales étaient l'amnistie générale des condamnés politiques, la reconnaissance des libertés démocratiques et une nouvelle législation sociale. Un nouveau gouverneur-général, Jules Brévié, procéda à une série de réformes, mais la poussée de la gauche avait effrayé les éléments conservateurs, tant vietnamiens que français. La bourgeoisie cochinchinoise s'organisa en partis, de faible audience du reste ; les trotskistes du Sud se séparèrent des communistes à la fois sur l'attitude à adopter vis-à-vis des partis progressistes bourgeois et sur la position anti-impérialiste principale (fallait-il ménager la France alors que le Japon s'avérait plus dangereux ?). Au Nord et au Centre, le débat s'engageait aussi sur la modernité et la tradition, le nationalisme et la lutte de classes, le rôle de la classe paysanne, etc. La sclérose du gouvernement impérial, l'inadaptation et la corruption du corps mandarinal étaient maintenant dénoncées ouvertement, et les traditions étaient jugées étouffantes par une importante partie de la jeunesse intellectuelle. Une vie politique légale se développa en 1937-1938 à l'occasion des élections au Conseil colonial (en Cochinchine) et aux Chambres des représentants du peuple de l'Annam et du Tonkin, et on commença à distinguer les traits d'une gauche et d'une droite vietnamiennes.

Ces années furent aussi marquées par un important mouvement social. Une réelle reprise économique s'était dessinée, après des années de crise très dure : les cours du riz avaient, en 1938, presque retrouvé leur niveau de 1929, les exportations de riz, de caoutchouc atteignaient des chiffres records, notamment grâce aux achats de la France ; le chemin de fer transindochinois avait été achevé en 1937 et reliait désormais Hanoi et Saigon en soixante heures ; l'endettement des paysans avait été allégé et la fiscalité révisée ; les conditions de travail et d'hygiène étaient meilleures. Mais les salaires demeuraient extrêmement bas et les revendications, appuyées par des grèves, se multipliaient.

Le régime colonial vantait pourtant ses réalisations, la beauté de ses villes modernes, ses écoles, ses hôpitaux, ses routes, etc. Le Vietnam comptait, à la fin de l'année 1938, 21 000 kilomètres de routes (dont 14 000 empierrées), 2 600 kilomètres de chemins de fer, environ neuf mille écoles, avec quatre cent quinze mille élèves, mais 10 p. 100 seulement des enfants étaient scolarisés et plus de 80 p. 100 de la population étaient encore analphabètes ; environ cinq cents hôpitaux, infirmeries et dispensaires étaient recensés, mais, malgré le développement des vaccinations et l'action des Instituts Pasteur, un enfant sur trois mourait dans sa première année. Le pays exportait 1,5 million de tonnes de riz, et la superficie des rizières en Cochinchine était passée à 2 650 000 hectares en 1938, mais la consommation annuelle de riz par habitant, pour l'ensemble du Vietnam, était tombée à moins de 200 kilogrammes en 1938.

C'est en Cochinchine, précisément, qu'apparaissent, en milieu rural, des mouvements politico-religieux de caractère nouveau : le caodaïsme – religion syncrétiste de l'Esprit-Saint, dont l'animateur principal, le pape de la secte de Tayninh, est Pham Cong Tac – devient, entre 1935 et 1939, une puissance politique, et les autorités coloniales s'inquiètent de la sympathie qu'elle manifeste à l'égard du Japon. Une autre secte, la Dao Xen, plus bouddhiste que le Cao Dai, apparaît en 1939 à l'initiative du bonze Huynh Phu So (de Hoa Hao), qui annonce aux paysans pauvres du Sud que le temps de « la Justice » approche.

En Cochinchine encore, la tension entre communistes et trotskistes fait certes le jeu des autorités coloniales, mais le trotskiste Ta Thu Thau, qui refuse tout compromis avec le Front populaire français, apparaît comme le meilleur champion du nationalisme de gauche dans le Sud. Il triomphera aux élections au Conseil colonial de 1939.

Après 1938, l'affaiblissement de la gauche en France permet à l'administration coloniale de sévir plus facilement contre l'opposition. Lorsque survient le pacte germano-soviétique et la guerre en Europe (sept. 1939) et que Paris prononce la dissolution du Parti communiste et des organisations affiliées, la répression se durcit. De nombreux dirigeants communistes et trotskistes (comme Ta Thu Thau) sont arrêtés, mais trois des leaders communistes du Nord, Pham Van Dong, Dang Xuân Khu et Vo Nguyen Giap, parviennent à échapper au filet et à trouver refuge dans la campagne tonkinoise.

Cependant, le comité central du parti, réuni en Cochinchine en novembre 1939, tire les leçons de l'échec de sa politique d'ouverture à la « France progressiste » et adopte une ligne nouvelle. Soulignant que les paysans doivent jouer un rôle majeur dans la révolution vietnamienne, le parti fera porter l'effort principal sur la campagne. Il abandonne en outre la formule du « Front démocratique » (qui était franco-indochinois) pour celle d'un « Front uni anti-impérialiste des peuples indochinois » dont le but est de « renverser l'impérialisme français et les féodaux indigènes, de recouvrer l'indépendance de l'Indochine et d'instaurer une union républicaine démocratique indochinoise ».

La Seconde Guerre mondiale ouvre pour le Vietnam une phase nouvelle. Si le régime colonial français a toujours les moyens de contrôler le pays, en particulier grâce à une Sûreté omniprésente et efficace, il est, sur le plan politique, fragile. Il ne repose sur aucune base populaire ou démocratique : l'administration blanche est sans racines et seulement supportée. Elle ne s'appuie que sur une monarchie discréditée, un mandarinat haï et des notables opportunistes. Le régime, qui n'a pas laissé se dégager des forces populaires autochtones capables de lui succéder, est vulnérable, à la merci d'une crise extérieure, de l'action d'une grande puissance ennemie capable de mettre en cause la souveraineté française. Les candidats à la succession se profilaient déjà à l'horizon et se préparaient à agir au moment favorable : les nationalistes pronippons et les communistes. La jeunesse occidentalisée, frustrée, les aiderait les uns ou les autres, le jour venu. La défaite de la France en Europe en juin 1940 créa les conditions du changement.

  La guerre mondiale et la révolution d'août 1945

Dès la mi-juin 1940, le Japon, qui veut resserrer le blocus de la Chine avec laquelle il est en guerre depuis trois ans, exige de la France des facilités militaires au Tonkin. Il les obtient du gouvernement de Vichy, auquel restent fidèles les autorités coloniales locales, mais il s'engage à respecter la souveraineté française sur l'Indochine (accord du 30 août 1940). En mai 1941, après avoir imposé sa médiation dans le conflit franco-thaïlandais à propos du Cambodge et du Laos, Tōkyō conclut avec la France un accord de coopération économique qui réoriente vers le Japon le commerce extérieur d'une Indochine privée de ses débouchés les plus importants. Son riz, diverses matières premières seront échangés contre des produits manufacturés nippons. En juillet 1941, le Japon obtient encore de Vichy de stationner des troupes en Indochine du Sud et d'y utiliser aérodromes, bases navales, ports et voies de communication. Après le déclenchement de la guerre du Pacifique (8 déc. 1941), l'Indochine est complètement intégrée dans la sphère politico-militaire japonaise, et une armée nippone y stationnera pendant toute la durée du conflit.

L'administration française y assurant l'ordre et la sécurité, et appliquant les accords économiques et financiers conclus, les Japonais ne cherchèrent pas à modifier le statu quo politique, tout en prenant avec des éléments nationalistes vietnamiens (caodaïstes, Hoa Hao, Dai Viet) des contacts discrets que la Sûreté française parvint, jusqu'en 1945, à limiter étroitement. Soucieux de détourner l'élite intellectuelle et les notables du Vietnam des tentations japonaises, le gouverneur-général français, l'amiral Decoux, agit contre les discriminations raciales, tenta de canaliser le patriotisme des jeunes en organisant des mouvements sportifs et en associant davantage les Vietnamiens aux responsabilités techniques et à la gestion administrative. Mais le régime s'affirma encore plus autoritaire, encore moins démocratique que le précédent : les assemblées élues furent suspendues, la censure fut renforcée et la police s'avéra encore plus puissante. L'idéologie traditionaliste et conservatrice de Vichy domina, et les tendances de gauche furent poursuivies.

En dépit d'une activité soutenue dans l'industrie du bâtiment et dans les travaux publics, la situation économique s'aggrava considérablement du fait des prélèvements pour le compte des Japonais, des pénuries croissantes (le Japon achetait beaucoup mais ne livrait pas les produits fabriqués prévus), de l'inflation et de la baisse du pouvoir d'achat qui en résultait. Les frais de stationnement japonais gonflaient la circulation monétaire. La mauvaise récolte de 1944-1945 provoqua au Nord une terrible famine qui fit plus d'un million de morts.

Suspectant les Français de se préparer à les attaquer en liaison avec les Américains, revenus à la fin de 1944 aux Philippines, les Japonais, le 9 mars 1945, mirent hors de combat les troupes françaises et firent prisonniers l'amiral Decoux et tous ses hauts fonctionnaires. La structure politico-militaire française en Indochine fut assumée par l'armée japonaise.

La voie était désormais ouverte au nationalisme. Encouragé par les Japonais, l'empereur Bao Dai proclamait le 11 mars 1945 le « droit du Vietnam à l'indépendance » et déclarait nul le traité de protectorat de 1884. Il constituait, le 17 avril, sous la présidence de l'historien Tran Trong Kim, un gouvernement de nationalistes modérés, pour la plupart de formation et de culture françaises. Mais l'opinion, déjà submergée par une propagande violemment antifrançaise et antimandarinale, le poussait à de profondes réformes du régime. Le gouvernement de Huê s'attacha en priorité à créer des institutions véritablement nationales. En quelques mois, il réussira à obtenir des Japonais le transfert aux Vietnamiens des services administratifs et techniques encore assurés par les Français, la suppression du gouvernement-général, puis la reconstitution de l'unité politique du pays : en juillet, le Tonkin fut replacé sous l'autorité de l'empereur, et la Cochinchine le 8 août. Mais le pays était dans une situation grave. La famine n'était pas surmontée dans le Nord, et les communications étaient disloquées par les bombardements américains. Les campagnes, en pleine fermentation, échappaient de plus en plus au contrôle de Huê. En fait, le gouvernement Tran Trong Kim cherchait surtout à créer un fait accompli avant la défaite du Japon, qu'il jugeait proche. La perspective de celle-ci ôtait pratiquement toute chance au nationalisme pronippon et anticommuniste de partis tels que le Dai Viet ou le Phuc Quoc. C'est l'attentisme qui prévalait.

Les communistes, de leur côté, avaient repris l'initiative. Au début de 1941, leurs dirigeants (Pham Van Dong, Dang Xuân Khu, Vo Nguyen Giap, Hoang Quoc Viet...), qui opéraient au nord, avaient retrouvé Nguyen Ai Quoc, qui, après avoir quitté l'Union soviétique en 1938, avait pu gagner, à travers la Chine de Yan'an et celle de Chongqing, la région frontalière sino-vietnamienne. C'est là, à Pacbo, qu'ils fondèrent ensemble, en mai 1941, un Front pour l'indépendance du Vietnam (Viet-Nam Doc-Lap Dong-Minh) qu'on allait désormais appeler le Viet Minh. À la base, il rassemblait essentiellement le Parti communiste indochinois (P.C.I.) et des organisations affiliées de paysans, d'ouvriers, de femmes, de jeunes. Mais la ligne, différente de celle des fronts « indochinois » de 1936-1939, donnait cette fois la priorité absolue à la reconquête de l'indépendance nationale du Vietnam et à la création d'une République démocratique unifiée. La féodalité et le mandarinat seraient supprimés, l'égalité instaurée entre les diverses ethnies, et une législation sociale progressiste promulguée. Le Viet Minh s'assignait pour but de se saisir du pouvoir d'État au moment jugé le plus favorable, et il insérait son combat dans celui du « front mondial antifasciste ». Truong Chinh (pseudonyme de Dang Xuân Khu), le secrétaire général du P.C.I., soulignait que les Français étaient devenus, en Indochine, les exécutants des Japonais.

De leur côté, les Chinois, pour lutter contre le Japon, organisaient les nationalistes vietnamiens réfugiés en Chine en une « alliance », le Dong Minh Hoi, à laquelle ils obligèrent le Viet Minh à adhérer. Le Viet Minh parvint toutefois à conserver son autonomie et put monter en Indochine un efficace réseau clandestin de propagande et de renseignements. En 1943, Nguyen Ai Quoc, qui venait de prendre le nom de Hô Chi MinhHô Chi Minh, vers 1940, réussit à intéresser les Chinois et les Américains à la lutte qu'il déclarait mener contre les Japonais, et le Viet Minh reçut d'eux de l'argent et des armes. Giap, en décembre 1944, créa un embryon d'armée populaire et commença une action de guérilla dans la région de Cao Bang-Thai Nguyen. Mais la présence française d'une part, la vigilance du Guomindang chinois d'autre part empêchèrent pendant trois ans (1941-1944) le Viet Minh de faire des progrès notables.

Hô Chi Minh, vers 1940 Photographie

Hô Chi Minh, vers 1940 Plus connu sous le nom d'Hô Chi Minh, Nguyên Ai Quoc (« le Patriote ») a fondé le Parti communiste vietnamien en 1930. Après avoir proclamé l'indépendance de son pays en 1945 et dirigé le Viêt-Minh, il est élu président de la République démocratique du Vietnam en 1954. Il restera en fonction jusqu'à son décès, en 1969. 

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À partir de 1945, mettant à profit l'élimination de l'administration française par les Japonais et la concentration de ceux-ci sur le contrôle des villes et des communications, le Viet Minh se rendit pratiquement maître des montagnes et des campagnes dans le nord et le centre du pays. Il put également créer des réseaux dans les centres urbains jusque dans le Sud, minant de l'intérieur, mais attaquant aussi, l'administration impériale de Huê. Le 4 juin, les unités de guérilla étaient fondues en une « armée de libération », et une « zone libérée du Viet Bac » était constituée. Le Viet Minh sut enfin se rapprocher des services américains de Chine auxquels il apparut à la fois comme indépendant, antijaponais et pro-occidental.

Lorsque, le 6 août 1945, éclata la bombe d'Hiroshima, le Viet Minh décida de passer à l'action. Le 7, Hô Chi Minh constituait un Comité de libération du peuple vietnamien et, le 13, convoquait à Tan Trao un Congrès national. Celui-ci, le 16, approuvait la décision d'insurrection générale que venait de prendre le P.C.I.-Viet Minh. Le 19 août, le Viet Minh s'emparait du pouvoir à Hanoi.

En quelques jours, le pays entier passait sous son contrôle. Ses émissaires obtenaient en effet l'abdication de l'empereur Bao Dai à Huê (25 août) et la liquidation du gouvernement Tran Trong Kim, et s'imposaient à Saigon à la direction du mouvement nationaliste, pourtant dominé localement par une droite projaponaise. Le 29 août, Hô Chi Minh formait à Hanoi un « gouvernement provisoire de libération nationale », totalement dominé par les communistes, dont Bao Dai était nommé « conseiller suprême ». Le 2 septembre, encore à Hanoi, Hô Chi Minh proclamait la République et, avec elle, l'indépendance du Vietnam.

Pour le peuple vietnamien, enthousiaste, la domination coloniale avait été renversée, l'indépendance et la liberté retrouvées. En fait, ce n'était que le début d'une dure et longue lutte des partis vietnamiens pour le pouvoir. Cette rivalité allait néanmoins être immédiatement intégrée, et dépassée, par la lutte encore plus âpre du pays pour la défense de l'indépendance reconquise.

  À la croisée des chemins

Le nouveau gouvernement espérait beaucoup des États-Unis, dont l'anticolonialisme et la puissance lui paraissaient la meilleure garantie possible contre un rétablissement de la domination française ou une mainmise chinoise, et aussi pour le développement économique ultérieur du Vietnam. Mais Washington, comme Londres, Moscou et Chongqing, venait en août de confirmer la souveraineté française sur l'Indochine. L'indépendance et la « République démocratique » (R.D.V.N.) allaient en fait se trouver menacées immédiatement et simultanément, par l'intervention chinoise et par le retour en force de la France.

La conférence de Potsdam avait, à la fin de juillet 1945, décidé que, après la capitulation du Japon, les Britanniques et les Chinois désarmeraient les forces nippones en Indochine et y assureraient l'ordre. La Chine s'était vu confier cette tâche au nord du 16e parallèle. Ses armées entrent au début de septembre au Vietnam, accompagnées de nationalistes vietnamiens de droite, proches du Guomindang et très hostiles au P.C.I. Pour des raisons de sécurité et aussi, dit-il, pour faciliter l'union nationale, celui-ci déclare bientôt se dissoudre (11 nov.) mais revient en réalité à la clandestinité. Le Viet Minh cherche à élargir sa base et son audience par une politique d'ouverture vis-à-vis des catholiques et des nationalistes sans parti. Il organise des élections générales, où il triomphe (6 janv. 1946). Néanmoins, sous la forte pression du commandement chinois, dont les troupes mettent le pays en coupe réglée, il doit faire place au V.N.Q.D.D. et au Dong Minh Hoi dans le gouvernement comme à l'Assemblée. L'économie, totalement désorganisée, est dans une situation dramatique. La production a fléchi, les caisses publiques sont vides, car plus personne ne paie d'impôts ou de taxes, le gouvernement doit émettre une nouvelle monnaie et l'inflation se précipite. Les Chinois, de leur côté, pillent ou achètent massivement. De surcroît, il va falloir faire la guerre.

Au Sud, les Britanniques désarment les Japonais, mais ils laissent aussi les Français de Saigon, libérés, reprendre par un coup d'État la ville aux autorités vietnamiennes du Viet Minh (23 sept. 1945). Un corps expéditionnaire arrive de France (oct. 1945), sous les ordres du général Leclerc. Celui-ci réussit en quelques semaines à disloquer les forces hétérogènes du gouvernement de Hanoi et à restaurer une administration française en Cochinchine et dans le Sud-Annam. Les notables sont rétablis dans les villages où le Viet Minh avait déjà installé, comme dans le Nord et le Centre, des comités populaires. Les Viet Minh avaient commis de nombreux excès (exécutions sommaires de « collaborateurs » tels Bui Quang Chieu ou Pham Quynh, ou de concurrents comme le trotskiste Ta Thu Thau, arrestations arbitraires, confiscations, etc.), terrorisé les riches et bien d'autres. Tandis que, soutenus par une jeunesse ardente, ils commencent la guérilla contre les Français, les sectes politico-religieuses Cao Dai et Hoa Hao se séparent d'eux et adoptent une attitude d'expectative. Les Français retrouvent dans la bourgeoisie cochinchinoise apeurée des alliés et une clientèle.

La France avait annoncé le 24 mars 1945 qu'elle accorderait à l'Indochine libérée un statut nouveau. Une autonomie interne serait reconnue à chacun des cinq pays de la Fédération, mais celle-ci, qui serait gérée en commun par les Français et les Indochinois, disposerait de très larges pouvoirs : monnaie, douanes, économie, défense et sécurité. Les Français devaient y jouer un rôle d'arbitres, non seulement entre les Vietnamiens et les autres peuples, mais aussi entre Vietnamiens du Nord, du Centre et du Sud. L'amiral Thierry d'Argenlieu, nommé le 16 août 1945 haut commissaire de France, avait mission de mettre en œuvre cette politique. Après avoir constitué un gouvernement fédéral, entièrement composé de fonctionnaires français, et après avoir signé, le 7 janvier 1946, un modus vivendi avec le Cambodge, il entreprend en février de doter la Cochinchine d'un statut autonome.

Les Français voulaient, avant de discuter le statut fédéral avec les cinq pays, rétablir leur souveraineté sur l'ensemble de l'Indochine. Pour reprendre pied dans le Nord, ils s'engagèrent à accorder à la Chine des facilités économiques au Tonkin si elle acceptait d'en retirer ses troupes, qui seraient remplacées par des forces françaises (traité du 28 février 1946). Mais les Chinois accentuèrent alors leur pression sur le gouvernement Hô Chi Minh, pour l'obliger à faire place à l'opposition de droite, qui leur était liée.

Pour se soustraire à cette pression, qu'il jugeait très dangereuse, Hô Chi Minh se prêta alors à des négociations secrètes avec la France. Le 2 mars 1946, il constituait un nouveau gouvernement, cette fois d'« union nationale et de résistance », puis il conclut le 6 mars, avec Jean Sainteny, représentant de la France, un accord capital. Il acceptait que les forces françaises viennent remplacer les Chinois au Nord, mais la France reconnaissait « la république du Vietnam comme un État libre, ayant son gouvernement, son parlement, son armée et ses finances, faisant partie de la Fédération indochinoise et de l'Union française ». En ce qui concernait la réunion des trois Ky – c'est-à-dire la réunification du Vietnam –, la France s'engageait à « entériner les décisions prises par la population consultée par référendum ». Les hostilités devaient cesser dans le Sud et des négociations s'ouvrir pour régler les relations entre les deux pays. En application de cet accord, les Français débarquèrent au Nord et au Centre, et occupèrent des positions à Haiphong, Hanoi, Namdinh, Tourane, Huê, etc. En mai 1946, les Chinois évacuèrent le Vietnam. Celui-ci avait de nouveau échappé à l'orbite chinoise. Restait la France.

Les négociations avec celle-ci s'ouvrirent dès avril 1946 par une conférence dite préparatoire à Dalat et se poursuivirent en France, à Fontainebleau, en juillet et en août 1946. Hô Chi Minh lui-même se rendit à Paris avec la délégation. Les Français étaient disposés à reconnaître à la république du Vietnam une autonomie interne analogue à celle qu'ils venaient de concéder au Cambodge, non l'indépendance. Encore cette autonomie s'inscrivait-elle dans le cadre d'une Fédération indochinoise centralisée et contrôlée par la France, et d'une Union française, dont le statut restait à définir aussi. La R.D.V.N. demandait au contraire un statut proche de l'indépendance, ou l'assurance de l'obtenir dans un proche avenir. Les deux conceptions étaient difficiles à concilier. Toutefois, s'ils voulaient être maîtres de leur armée, de leur diplomatie et de leur politique économique, les dirigeants de Hanoi envisageaient une alliance militaire et une étroite coopération économique avec la France. Abandonné par les États-Unis, écœuré par les Chinois, le Viet Minh misait désormais sur une entente avec la « France démocratique ». Mais l'obstacle principal à un accord restait le Sud. La France entendait bien soustraire sa riche colonie de Cochinchine à la souveraineté vietnamienne. Le 1er juin 1946, l'amiral d'Argenlieu l'érigeait en République autonome.

En outre, les Français soulignaient la menace que le Viet Minh, partisan de nationalisations étendues, faisait peser sur leurs intérêts économiques et exigeaient de solides garanties. Aussi insistaient-ils sur la nécessité de fortes structures fédérales et d'une participation, à leur mise en place, de leurs amis cambodgiens, laotiens... et cochinchinois. L'amiral d'Argenlieu tint d'ailleurs à les consulter tous en organisant, parallèlement à la conférence de Fontainebleau, une « conférence fédérale » à Dalat (août 1946). Les Français refusaient enfin d'admettre l'autorité militaire de Hanoi sur les guérillas de Cochinchine, dont ils exigeaient le retrait ou la reddition.

La conférence de Fontainebleau aboutit à une impasse, non à une rupture. Dans un dernier effort de conciliation, pour gagner du temps et réduire la tension qui montait, Hô Chi Minh signa à Paris, le 14 septembre, un modus vivendi provisoire avec le gouvernement français. Il acceptait le principe de la Fédération indochinoise et de l'Union française en échange d'assurances françaises quant à la tenue du référendum en Cochinchine et au respect, dans le Sud, des libertés démocratiques. Un cessez-le-feu interviendrait le 30 octobre et les négociations devaient reprendre en janvier 1947, lorsque la France aurait enfin décidé de son régime constitutionnel.

  Crise et explosion

La situation, néanmoins, se compliquait au Vietnam. Si le V.N.Q.D.D., ultranationaliste et antifrançais, avait échoué dans ses tentatives pour renverser le gouvernement de Hanoi et avait finalement suivi en Chine les troupes du Guomindang, le Dai Viet et les nationalistes de droite avaient commencé une lutte clandestine contre les communistes, espérant obtenir un jour l'appui des Français. Face à cette situation, le Viet Minh, pour resserrer l'union nationale, avait créé le 31 mai 1946 un « Front national uni » (Lien Viet), plus large que lui.

Après le départ du général Leclerc, Giap, jugeant l'attitude française équivoque et redoutant de nouveaux coups de force, s'attacha à renforcer rapidement l'armée populaire. Les Français avaient en effet occupé en juin, par surprise, Pleiku et Kontum dans le Centre, et s'étaient installés en pays thai et nungExode nung, jusqu'à Langson. Dans les villes, ils tentaient de contacter des éléments de l'opposition de droite, d'élargir leurs périmètres d'implantation et, malgré l'absence d'accord à Fontainebleau, d'accroître les compétences fédérales.

Exode nung Photographie

Exode nung Ces Nung prennent le chemin de l'exil, durant la guerre d'Indochine, en 1955. 

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Dès son retour au Vietnam, Hô Chi Minh, tout en appelant la population à la vigilance, réaffirma sa politique d'entente avec la France et consolida l'union nationaleGeorges Bidault et Hô Chi Minh, 1946. L'Assemblée, d'où l'opposition s'était retirée ou avait été chassée, vota le 10 novembre une constitution démocratique. Mais, dans leur majorité, les milieux civils et militaires français d'Indochine étaient hostiles à la poursuite de la « politique d'accords » avec la R.D.V.N. décidée par Paris et aspiraient à rétablir totalement la souveraineté française au nord. Dès septembre, ces Français tentèrent d'imposer à la R.D.V.N. la « souveraineté douanière fédérale ». Des négociations s'ouvrirent entre Saigon et Hanoi pour tenter de mettre en place des structures fédérales. L'amiral d'Argenlieu et ses conseillers étaient d'autant plus pressés qu'ils s'inquiétaient des progrès, dans le Sud, du mouvement unioniste, qui laissaient augurer un succès du Viet Minh au référendum prévuProclamation de la république du Vietnam. L'effectivité du cessez-le-feu le 30 octobre démontra la force de la résistance dans le Sud et le contrôle que Hanoi exerçait sur elle.

Georges Bidault et Hô Chi Minh, 1946 Photographie

Georges Bidault et Hô Chi Minh, 1946 Georges Bidault (1899-1983), président du Gouvernement provisoire, et Hô Chi Minh (1890-1969), en juillet 1946. En 1945, Hô Chi Minh a proclamé unilatéralement l'indépendance de la République démocratique du Vietnam, qui fait partie de l'Indochine française. 

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Proclamation de la république du Vietnam Photographie

Proclamation de la république du Vietnam En octobre 1955, à Saigon, la foule attend le résultat du référendum sur la proclamation de la République du Vietnam (Sud). Ngô Dinh Diem (1901-1963) devient président de la République. 

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Les autorités françaises de Saigon décidèrent alors d'intensifier leur pression au nord et d'acculer, par un harcèlement continu, le gouvernement de la R.D.V.N. soit à un éclatement politique, soit à une action armée, ce qui permettrait de lui attribuer la responsabilité d'une rupture et de le neutraliser rapidement. Le premier objectif était néanmoins d'empêcher Giap de renforcer, par ses achats en Chine, la puissance de feu de son armée.

Le 20 novembre, des incidents douaniers éclatèrent dans le port de Haiphong. Le général Valluy, qui avait succédé au général Leclerc à la tête du corps expéditionnaire français, décida de les exploiter au maximum pour acquérir de nouvelles positions dans la zone maritime. Ses navires bombardèrent Haiphong. Paris ayant recommandé la « fermeté », les affrontements se multiplièrent à Haiphong et à Hanoi, où ils aboutirent finalement à l'attaque vietnamienne escomptée, dont des milices furent l'instrument, dans des circonstances d'ailleurs encore mal éclaircies (19 déc.). La riposte française provoqua la reprise des hostilités dans l'ensemble du Vietnam (20 déc. 1946)1945 à 1962. La décolonisation.

1945 à 1962. La décolonisation Vidéo

1945 à 1962. La décolonisation Le monde de Yalta. O.N.U. Indépendance des anciennes colonies. Guerre froide. L'union des Alliés ne survit pas au retour à la paix, malgré le nouvel ordre international que tente de promouvoir l'O.N.U. Dès 1947, le monde se scinde en deux blocs antagonistes : d'un côté le camp occidental, dominé pa… 

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  La dissidence de Bao Dai

Chassé de Hanoi, Hô Chi Minh appelait le 20 décembre tout le peuple vietnamien à se dresser contre « la reconquête colonialiste française ». Mais il n'était pas si facile de mobiliser le peuple, car celui-ci comprenait mal comment le gouvernement avait pu ainsi se laisser duper par les Français. Quoi qu'il en soit, aucun pays étranger ne s'étant déclaré prêt à le soutenir, il était clair que le Vietnam ne pouvait compter que sur lui-même et que, compte tenu du rapport de forces, il lui fallait ou céder ou s'organiser pour une « résistance de longue durée ».

À moins de se résoudre à capituler, l'épreuve était donc inévitable. De janvier à août 1947, la France repoussa en effet toutes les propositions de cessation des hostilités et de reprise des négociations, ou leur opposa des conditions déshonorantes. En octobre 1947, le général Valluy s'efforça même de capturer le gouvernement de la R.D.V.N., mais sa tentative échoua.

Dès janvier 1947, l'amiral d'Argenlieu avait proposé de transposer sur le plan intérieur vietnamien le conflit qui opposait les Français au Viet Minh, en attirant tous les adversaires locaux de ce mouvement et en choisissant un partenaire vietnamien plus souple que Hô Chi Minh. Le but de Saigon était de reconstituer sous son égide un autre État vietnamien et d'effacer complètement la R.D.V.N. déclarée autorité de fait et illégale.

Relativement forts en Cochinchine, les Français ne tenaient cependant, dans le delta tonkinois et dans la région Tourane-Huê, que des villes isolées et quelques grands axes de communication. Ils régnaient aussi sur les plateaux du Sud, le pays thai du Nord-Ouest et le secteur limitrophe de la Chine, de Caobang à la mer. Mais la R.D.V.N., avec ses comités populaires, ses milices et ses organisations, contrôlait pratiquement le reste : le Viet Bac (haute région du Tonkin), le Thanh Hoa, le Nghe An, le Ha Tinh, la zone côtière centrale de Faifo à Qui Nhon et, au Sud, la plaine des Joncs et la presqu'île de Camau. Dans les zones dites françaises, la résistance clandestine était partout présente. Le corps expéditionnaire français, fort de près de cent mille hommes, auxquels s'ajoutaient des auxiliaires locaux, jouissait d'une écrasante supériorité en armement, équipement et entraînement, et, avant de pouvoir l'affronter, l'armée populaire devrait, pendant des années, se limiter à des actions de guérilla, souvent plus défensives qu'offensives.

Après avoir installé à Hanoi et à Huê des « comités administratifs » composés de notables et de mandarins ralliés mais sans audience, l'administration française, jugeant impossible une reconquête pure et simple, estima qu'elle ne pouvait opposer au nationalisme révolutionnaire de Hô Chi Minh qu'un seul nom, celui de Bao Dai, à condition de pouvoir rassembler, autour de sa « légitimité monarchique », un nationalisme de droite, anticommuniste et pro-occidental. Ce qui exigerait des concessions : l'aspiration unitaire, générale chez les nationalistes de droite comme de gauche, ne permettait plus de jouer le « séparatisme cochinchinois ». En octobre 1947, du reste, le nouveau chef du gouvernement de la République autonome, le général Nguyen Van Xuân, intitula celle-ci « république du Sud-Vietnam ».

L'ex-empereur Bao Dai, qui avait quitté Hanoi dès mars 1946, s'était réfugié d'abord en Chine puis à Hong Kong. Il demeurait nominalement « conseiller suprême » – et donc membre – du gouvernement Hô Chi Minh. On pensait à Saigon qu'il avait conservé quelque crédit dans le peuple. Après quelques mois d'hésitation, et après avoir envisagé une solution « pluraliste » consistant à négocier avec les diverses « familles spirituelles » du Vietnam, le gouvernement français se rallia, à l'automne de 1947, à la « solution Bao Dai ».

Se distançant du Viet Minh, Bao Dai, en septembre 1947, sortait de sa réserve et invitait les « nationalistes authentiques » à se rassembler autour de lui pour l'aider à obtenir la paix. Le nouveau haut commissaire de France Émile Bollaert le rencontra en baie d'Along (7 déc. 1947) et parvint avec lui à un accord de principe sur les grandes lignes d'un accord franco-vietnamien. Mais, si le gouvernement de Paris, dominé par les démocrates-chrétiens du M.R.P. et les socialistes de droite, décida bien de rechercher « en dehors de Hô Chi Minh » une solution au conflit (23 déc. 1947), il n'était guère disposé à aller plus loin dans la voie des concessions.

Pour les Français, la « solution Bao Dai » consistait à instaurer au Vietnam un régime qui, tout en donnant aux éléments conservateurs vietnamiens les plus dociles des satisfactions matérielles et de prestige, permettrait de sauvegarder, plus ou moins camouflées, l'essentiel des positions françaises. La France redoutait à cet égard les « authentiques nationalistes » de droite, soit les V.N.Q.D.D. qui, après s'être regroupés en Chine avec le Guomindang, se tournaient maintenant vers les États-Unis, soit Ngô Dinh Diem qui, avec d'autres nationalistes, demandait pour le Vietnam un statut de dominion indépendant, analogue à celui que venait d'obtenir l'Inde.

Bao Dai, qui savait qu'il ne jouirait d'aucun crédit s'il n'obtenait pas l'unité et l'indépendance, refusa de conclure l'accord paraphé et de revenir au Vietnam. Il préféra laisser d'abord se constituer à Saigon, sous la direction du général Xuân, un « gouvernement central provisoire » (mai 1948), dont la mission était de tester les intentions françaises, de liquider le séparatisme et d'obtenir le transfert des services concrétisant l'autonomie interne. Le 5 juin 1948, en baie d'Along, Xuân signa avec Bollaert, en présence de Bao Dai, une déclaration commune par laquelle la France reconnaissait l'indépendance du Vietnam, auquel « il appartenait de réaliser son unité ». Le Vietnam adhérait à l'Union française, où il serait un « État associé » à la France. Cette appartenance était, disait-on, la seule limite à son indépendance.

Devant ces subtiles manœuvres, la R.D.V.N. adopta une attitude réservée et prudente, poursuivant la guérilla et ménageant ses forces. Mais la France ne transféra pas de services à Xuân, et la R.D.V.N., dénonçant la « duperie de la solution » nationaliste, put intensifier avec succès sa propagande politique.

En octobre 1948, après réflexion et sur une suggestion américaine, les Français et Bao Dai engagèrent une nouvelle négociation. Pour Bao Dai, le moment était venu de conclure un compromis avec la France et de mettre sur pied un Vietnam « national » ayant sa place dans « le monde libre ». Avec l'appui américain, il espérait obtenir plus tard une indépendance réelle. Le gouvernement français se prêta cette fois à d'importantes concessions, et un accord fut signé à Paris le 8 mars 1949. Bao Dai ayant précisé qu'il ne rentrerait pas au Vietnam tant que la Cochinchine en serait séparée, la France organisa à la hâte une consultation ad hoc dans ce qui juridiquement était encore sa colonie. Le scrutin ayant été favorable à l'union avec le Vietnam, Bao Dai revint alors et s'installa à Dalat (avr. 1949). En août, il constituait solennellement l'« État du Vietnam », second État vietnamien, à qui la France transféra en décembre 1949 ses pouvoirs souverains et de nombreux services.

  Guerre d'indépendance et guerre sociale

Il n'était pas question d'un compromis avec la R.D.V.N., que Paris appelait toujours Viet Minh. Ayant réussi à créer cet État du Vietnam, la France voulait maintenant engager à fond Bao Dai dans sa lutte contre le « rebelle » Hô Chi Minh, qu'il s'agissait de battre ou d'acculer à une reddition avant que la Chine ne soit en mesure de l'aider.

Fondé sur des amis des Français – anciens mandarins, bourgeois occidentalisés et souvent catholiques, tous très hostiles au Viet Minh et désireux d'effacer la révolution d'août –, le régime Bao Dai, sans base politique populaire, ne pouvait subsister que sous la protection de l'armée française. Les Français avaient certes rallié à leur cause les sectes politico-religieuses Cao Dai et Hoa Hao, et même les pirates Binh Xuyen, mais ils tenaient toujours à l'écart les nationalistes de la tendance Diem, qu'ils savaient leur être hostiles. Pour tenter de dresser la population contre le communisme, et obtenir surtout l'aide de Washington, la France inséra, en 1949, sa guerre dans le plan américain d'endiguement (containment) de la Chine. Le Vietnam se muait en un « bastion du monde libre » contre le communisme chinois, et sa « guerre civile » devenait partie intégrante de la guerre froide mondiale.

Depuis 1947, le gouvernement de la R.D.V.N., combattant dans des conditions très difficiles, avait de son côté mobilisé les populations pour faire de cette guerre d'indépendance une véritable guerre du peuple. La « révolution démocratique » progressait dans les zones qu'il contrôlait : large participation des masses, encadrées par les multiples organisations relevant du Viet Minh, administration populaire, alphabétisation, diffusion de l'instruction, des soins médicaux et de l'hygiène, réduction des fermages et confiscation des terres des propriétaires absentéistes, défrichement de terres nouvelles et production intensive. Le régime, de type égalitaire et d'une austérité spartiate, s'appuyait sur les paysans pauvres et moyens sans lesquels il ne pouvait survivre, mais nombreux étaient les cadres issus de la petite bourgeoisie (intellectuels, fonctionnaires, instituteurs, employés). Le Viet Minh se livrait en outre à un travail politique intense dans les zones françaises, auprès des classes défavorisées désireuses de se libérer des Français et que révoltait la corruption des milieux baodaïstes. Il recrutait, dans tout le pays, les éléments les plus dynamiques, ouvriers et surtout paysans, et savait les motiver profondément. Hô Chi Minh jouissait d'un grand prestige et pouvait appeler le peuple aux plus grands sacrifices.

À terme, néanmoins, la stratégie de « résistance de longue durée » pouvait garantir à la R.D.V.N. de ne pas être vaincue, même si les épreuves venaient à s'aggraver, mais une victoire ne pouvait être escomptée que si la République se dotait d'une armée régulière puissante, apte à mener une contre-offensive décisive. Cette armée se constituait peu à peu, sous la direction de Giap, à partir des unités de guérilla, en constant développement.

En 1947-1948, le gouvernement de la R.D.V.N. avait encore voulu espérer en une reprise des négociations avec la France, ou avec Bao Dai, en vue de l'établissement en commun d'un régime national et démocratique, ou encore en une solution internationale (médiation ou bons offices), comme celle à qui l'Indonésie devait d'avoir obtenu son indépendance. Mais tout espoir de compromis s'était évanoui en août 1949 avec la proclamation de l'« État du Vietnam », d'autant que celui-ci allait bénéficier d'un soutien accru de la France, et aussi des États-Unis.

Ne pouvant plus continuer à se battre seule, la R.D.V.N. conclut alors que le seul pays dont elle pouvait attendre une aide efficace était la Chine populaire, qui venait de triompher de celle du Guomindang, et dont l'armée approchait de la frontière vietnamienne. Seule l'aide chinoise permettrait de résister à une France soutenue par l'Amérique, et d'obtenir un jour une décision.

Prenant acte du transfert, par la France, de ses droits souverains sur le Vietnam, la R.D.V.N., le 14 janvier 1950, se déclara le seul État légitime au Vietnam et demanda à tous les États du monde de la reconnaître comme telle. La Chine populaire (16 janv.), puis l'Union soviétique (30 janv.) et les autres États socialistes d'Europe la reconnurent, cependant que les États-Unis et le Royaume-Uni, à la demande de la France, adoptaient Bao Dai (7 févr.), suivis par nombre d'États occidentaux. Le Vietnam était devenu un terrain d'affrontement entre l'Est et l'Ouest.

  Diên Biên Phu et les accords de Genève (1954)

Diên Biên Phu et accords de Genève, 1954Aidée par la Chine, la R.D.V.N. put, dès septembre 1950, passer à l'offensive militaire au NordArmée du peuple en Indochine, 1950. Son armée rénovée, équipée et entraînée, força les Français à abandonner Caobang, Langson et toute la région frontière. Le ravitaillement chinois pouvait désormais lui parvenir sans entraves. Giap lança ses troupes sur Hanoi et le delta, mais son offensive fut bloquée à Vinh Yen et Mao Khê en février 1951 par le nouveau commandant en chef français, le général de Lattre de Tassigny. Celui-ci mit à profit le répit obtenu pour tenter de renforcer le régime baodaïste. Sachant qu'il ne pouvait guère compter sur des renforts de France, il démontra à Paris la nécessité de mettre sur pied une armée nationale vietnamienne qui serait entraînée par les Français et armée par les Américains. Près de trois cent mille hommes allaient ainsi être recrutés en zone baodaïste. Washington fournit leur armement. Au Vietnam comme en Corée, il s'agissait de contenir l'expansionnisme chinois.

Diên Biên Phu et accords de Genève, 1954 Vidéo

Diên Biên Phu et accords de Genève, 1954 Le 7 mai 1954, après cinquante-sept jours de résistance, les troupes françaises, retranchées dans le camp de Diên Biên Phu, succombent face aux communistes vietnamiens, menés par le général Giap. La bataille, qui restera dans la mémoire française comme une défaite militaire cinglante, marque la fin… 

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Armée du peuple en Indochine, 1950 Photographie

Armée du peuple en Indochine, 1950 En Indochine, en 1950, des paysans ont été réunis par la police qui cherche des armes. Dans certains paniers de riz se trouvent des grenades. 

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La lutte contre le communisme prenait en même temps une nouvelle dimension. Mis en veilleuse à la fin de 1945, le Parti communiste vietnamien renaissait officiellement en février 1951 sous le nom de Lao Dong Dang (Parti des travailleurs), avec comme secrétaire général Dang Xuân Khu (Truong Chinh). Il adoptait la « voie chinoise » (maoïste) et se radicalisait. Cette orientation prochinoise du parti dirigeant altérait le caractère du Front national uni de résistance et donnait à la R.D.V.N. l'image d'un satellite de la Chine. La propagande adverse (franco-baodaïste) ne manqua pas de souligner qu'une victoire de Hô Chi Minh placerait le Vietnam sous la domination chinoise.

Cependant, l'État baodaïste ne parvenait pas à se dégager de l'emprise française. À la conférence inter-États de Pau (sept.-oct. 1950), la Fédération indochinoise avait bien été enterrée et les services communs aux trois États associés d'Indochine sérieusement réduits, mais la liberté d'action politique, économique et militaire du Vietnam demeurait faible, et l'impatience grandissait chez les nationalistes de droite. L'État prenait de plus en plus le caractère d'un régime de palais, où le cabinet impérial l'emportait sur le gouvernement, où, faute d'assemblée démocratique représentative et même de partis politiques véritables, on assistait à des rivalités de camarillas, à la formation de clans, de sectes, de chapelles et de groupuscules sans racines. Implanté surtout à Hanoi, le Dai Viet, principal parti nationaliste de droite, n'était en fait qu'un groupement de fonctionnaires. Les catholiques, parmi lesquels se distinguaient des prélats combatifs, s'efforçaient de se doter d'organisations comparables à celles des sectes Cao Dai et Hoa Hao. La structure du régime était essentiellement administrative. Les compétences n'y manquaient pas ni les bonnes volontés, mais la corruption y était aussi répandue, et l'État baodaïste se discréditait. Entre ce néo-colonialisme occidental et la résistance nationale du communiste Hô Chi Minh, la population, malgré le sectarisme de nombreux cadres du parti, optait pour « l'oncle Hô ».

La situation militaire évolua peu à peu en faveur de la R.D.V.N. Après avoir perdu Hoa Binh, les Français durent abandonner, à la fin de 1952, le pays thai, et, au début de 1953, l'armée de Giap pénétra au Laos où un gouvernement ami, celui du Pathet Lao, s'installa à Samneua. Les guérillas intensifièrent leur action dans le delta tonkinois dont les Franco-baodaïstes ne contrôlaient plus qu'un quart. Dans le Centre, au nord de Huê, elles élargirent le couloir de communication avec le Sud. La France redoutait que la Chine, désormais dégagée de la guerre de Corée, n'apporte à Hô Chi Minh un soutien massif.

Lorsque, à l'automne de 1953, la victoire communiste devint une probabilité, les nationalistes de droite exercèrent une pression croissante sur Bao Dai pour que soit enfin constitué un régime « authentiquement national » capable de galvaniser le peuple contre le « danger rouge ». Ces éléments se tournaient vers les États-Unis, espérant obtenir d'eux une intervention diplomatique et militaire qui leur assurerait le pouvoir et les moyens de le conserver, aussi bien contre les communistes que contre les Français et leurs amis.

Obligés de faire de nouvelles concessions à Bao Dai et de tenir compte du fait que Washington finançait à 70 p. 100 l'effort de guerre, les Français réalisèrent alors qu'en cas de victoire les Vietnamiens anticommunistes se tourneraient en majorité vers l'Amérique pour les forcer à partir. En octobre 1953, un congrès réuni à Saigon se prononça contre l'appartenance du Vietnam à l'Union française. Ne pouvant plus justifier la guerre devant son opinion publique, le gouvernement français allait désormais tenter d'y mettre fin par une négociation. Mais il voulait auparavant se mettre en position de force, pour tenir fermement le Sud, garantir le Laos de l'invasion et infliger à la R.D.V.N. le maximum de pertes. C'est à ce moment (nov. 1953) que Hô Chi Minh, sentant que la Chine et l'Union soviétique voulaient elles aussi traiter, suggéra à la France une négociation directe au lieu de la conférence internationale qui s'esquissait. Il ne rencontra pas d'écho. Les Français venaient, pour protéger le Laos, de constituer un camp retranché à Diên Biên Phu, en pays thaiSupplétifs vietnamiens. Hô Chi Minh décida alors d'accepter la bataille dans le Nord-Ouest pour frapper un grand coup avant la négociation. Giap mit le siège devant Diên Biên PhuTranchées de Diên Biên Phu, 1954.

Supplétifs vietnamiens Photographie

Supplétifs vietnamiens Après leur parachutage dans la zone au nord de Diên Biên Phu, en Indochine, en 1953, des soldats vietnamiens attendent les instructions des officiers français. 

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Tranchées de Diên Biên Phu, 1954 Photographie

Tranchées de Diên Biên Phu, 1954 Un hélicoptère Sikorsky S-55 survole les tranchées, lors de la bataille de Diên Biên Phu, en Indochine, en 1954. 

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La France ne voulait négocier que dans un cadre international. Ce fut la conférence de Genève (mai-juill. 1954), à laquelle devaient participer, outre la France et les trois États associés ses alliés, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Union soviétique et la Chine populaire. Elle s'ouvrit au moment même où l'armée populaire vietnamienne emportait Diên Biên Phu (7 mai 1954).

L' U.R.S.S. et la Chine imposeront la présence de la R.D.V.N. à la conférence comme partenaire à part entière, même si elles la forceront à modérer des exigences que pouvait justifier la situation sur le terrain. Pékin et Moscou redoutaient une intervention militaire américaine en Indochine et voulaient ménager la France pour l'inciter à ne pas s'y faire remplacer par les États-Unis. Or la France cherchait désormais avant tout un armistice militaire lui permettant de se retirer honorablement d'IndochineDépart des soldats français de Saigon, 1956. La R.D.V.N. lui proposa un cessez-le-feu, un regroupement des forces militaires et la conclusion d'un accord bilatéral. Bao Dai, que la négociation inquiétait, nomma alors Premier ministre Ngô Dinh Diem, leader des nationalistes de droite, qu'il savait fort bien vu à Washington (11 juin 1954).

Départ des soldats français de Saigon, 1956 Photographie

Départ des soldats français de Saigon, 1956 En 1956, les derniers soldats français quittent Saigon. 

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L'intérêt des puissances à une fin rapide de la guerre était tel qu'un compromis intervint. Il fut conclu le 20 juillet par le chef d'un nouveau gouvernement français, Pierre Mendès France. Il comportait un cessez-le-feu, un regroupement des forces de la R.D.V.N. et de celles de l'Union française de part et d'autre du 17e parallèle érigé en « ligne de démarcation militaire provisoire » entre deux « zones ». L'administration de celle du Nord était attribuée à la R.D.V.N., tandis que l'État du Vietnam et l'Union française conservaient celle du Sud. L'armée populaire devait évacuer le Laos et le Cambodge. L'indépendance et l'unité du Vietnam étaient, pour la première fois, affirmées sur le plan international. Comme le Cambodge et le Laos, le Vietnam ne devrait pas accepter de bases ou de troupes étrangères, ni conclure d'alliance militaire extérieure. Les deux zones se consulteraient en 1955 pour tenir, avant juillet 1956, des élections générales et constituer un gouvernement unique. En attendant ces élections, les libertés démocratiques seraient assurées. Paris informa immédiatement Diem, qui venait de former son cabinet, que la France continuait de reconnaître le gouvernement de Saigon comme le seul légal au Vietnam.

  La faillite de la trêve (1954-1959)

Conclu entre la France et la R.D.V.N., l'accord de Genève exigeait, pour être appliqué, le consentement et la participation du gouvernement de Saigon. Or celui-ci avait refusé de le signer parce qu'il consacrait, à ses yeux, un partage inadmissible du pays et un abandon du Nord au communisme. Diem ne voulait envisager aucun compromis, politique ou autre, avec celui-ci et s'employa immédiatement à faire du Sud un bastion solide apte à bloquer toute nouvelle avance de la R.D.V.N. Alors que la R.D.V.N. avait fait comprendre à des libéraux sudistes, comme l'ancien Premier ministre Tran Van Huu, et même aux amis de Bao Dai, qu'une entente était possible entre Saigon et Hanoi pourvu qu'on normalise les relations entre les zones et qu'on poursuive les conversations, Diem, pleinement soutenu dès octobre 1954 par Washington, allait donner à son régime l'orientation que souhaitait l'extrême droite nationaliste. Il s'assura le contrôle de l'armée, dont les chefs baodaïstes furent contraints de s'exiler et fit décourager Bao Dai de revenir au Vietnam. Il lança sa police contre les résistants Viet Minh démobilisés puis réduisit les unes après les autres les forces sur lesquelles s'était appuyé Bao Dai, les Binh Xuyen d'abord (printemps de 1955), puis les caodaïstes et les Hoa Hao (1955-1956).

Au Nord, le retrait des Français avait entraîné le départ en masse vers le sud d'environ neuf cent mille personnes, en majorité catholiques, qui redoutaient l'installation du régime communiste : paysans du sud du delta, bourgeoisie urbaine, intellectuels de droite, fonctionnaires compromis avec le régime baodaïste... Ils allaient apporter à Diem la base politique qui lui faisait encore défaut à Saigon.

Le gouvernement Hô Chi Minh se réinstallait en octobre 1954 à Hanoi, évacué par les Français. Mais la R.D.V.N. subissait une lourde influence de la Chine, dont le P.C. était alors le modèle dont s'inspirait le Lao Dong. La réforme agraire, de type chinois, amorcée en 1953, dans les régions libérées du Viet Bac, fut étendue à l'ensemble du territoire avec une sévérité et un dogmatisme qui provoquèrent un vif mécontentement et même des révoltes. Le gouvernement et le parti durent, à la fin de 1956, reculer, procéder à une autocritique, commencer à remettre en cause le modèle chinois et écarter certains extrémistes. Hô Chi Minh assuma le secrétariat général du Parti, que dut abandonner Truong Chinh. La France n'avait pas cherché à maintenir sa présence au Nord, préférant, en accord avec les États-Unis, renforcer le Sud où elle conservait d'importants intérêts économiques et culturels. Pour amorcer sa reconstruction, la R.D.V.N. dut en conséquence se tourner vers la Chine, l'U.R.S.S. et les démocraties populaires d'Europe, dont elle obtint en 1955 une aide économique et financière. Un plan triennal de reconstruction fut lancé.

Escomptant encore que les accords de Genève seraient appliqués, Hanoi ne voulait néanmoins rien précipiter, et la R.D.V.N. demeura dans le cadre idéologique de la « nouvelle démocratie ».

La grande préoccupation de Hanoi restait l'évolution du Sud. En juillet 1955, Diem ne se prêta pas, en effet, aux consultations prévues. Il coupait peu à peu ses derniers liens avec l'Union française. Son armée et sa police étaient désormais entraînées par les Américains. En octobre 1955, grâce à un référendum douteux, Diem remplaçait Bao Dai comme chef de l'État, et proclamait la république du Vietnam. Elle se substituait à l'État du Vietnam et, comme la R.D.V.N., prétendait représenter le Vietnam tout entier. L'afflux des neuf cent mille réfugiés du Nord lui avait posé de nombreux problèmes, mais l'aide américaine lui avait permis de les résoudre. En avril 1956, Diem faisait élire une assemblée constituante, dans un scrutin auquel ne pouvaient participer que des partis anticommunistes. Une constitution de type américain sera promulguée en octobre. Enfin, le 28 avril 1956, les dernières troupes françaises quittaient le Vietnam. Rien ne pouvait plus forcer Diem à appliquer les accords de Genève.

En juillet 1956, Saigon refusa non seulement toute discussion politique avec Hanoi sur l'organisation d'élections générales et la réunification, mais encore maintint l'interdiction de toute communication avec le Nord, qu'elle soit commerciale ou culturelle, par voie routière, ferroviaire, maritime, aérienne, postale ou autre. Les mouvements de personnes étaient aussi prohibés. Londres et Washington, redoutant qu'Hanoi ne réagissent en rompant le cessez-le-feu, obtinrent de Diem qu'il s'engage à respecter les clauses militaires de l'accord : ni bases ou troupes étrangères, ni alliance militaire avec une puissance quelconque. Tirant la conclusion de l'impasse constatée, Moscou proposait, en janvier 1957, l'admission des deux États vietnamiens à l'O.N.U.

Le Vietnam se trouvait ainsi divisé, comme l'Allemagne et la Corée, en deux États idéologiquement opposés ; celui du Sud, érigé en « bastion du monde libre », tombait de ce fait dans la dépendance totale des États-Unis. Ceux-ci prirent en charge le déficit du commerce extérieur, des programmes de travaux publics et une bonne part des dépenses militaires. Avec le rétablissement de la sécurité dans le delta du Mékong, l'économie marqua des progrès, et les courants d'échange furent réamorcés. L'influence française, qui subsistait sur le plan culturel, était néanmoins supplantée, sur le plan économique, par celle des États-Unis.

Devant une telle consolidation du Sud, le Nord était contraint de s'organiser de nouveau pour une épreuve de longue durée. Le parti Lao Dong, dominé par sa faction prochinoise, exerçait une dictature sans partage sur le pays. Il ne s'accommodait guère de pluralisme. Après avoir surmonté sa crise de l'automne de 1956 et laissé s'exprimer une série de critiques, il conclut à la nécessité de serrer les rangs, de bâtir le socialisme au Nord et de maintenir le mouvement patriotique au Sud, en attendant que la réunification redevienne possible. À partir de 1957, Hanoi, où Pham Van Dong était devenu Premier ministre, créa les bases d'une économie socialiste, fondée sur des entreprises d'État et des coopératives. Mais, dans la transformation des rapports de production, le régime, instruit par l'expérience, se montra plus prudent. Une nouvelle Constitution fut mise en vigueur au début de 1960, et des élections eurent lieu, qui consacrèrent l'hégémonie complète du Lao Dong. Celui-ci était passé de cinq mille membres en 1945 à près d'un demi-million. Lê Duan en était devenu le secrétaire général en 1959.

Sur le plan international, la République n'avait qu'un rôle effacé. Elle avait participé, comme le Sud, en 1955, à la conférence de Bandoung et figurait parmi les pays fondateurs du « bloc afro-asiatique », mais elle ne trouvait guère d'écho à Moscou, où Khrouchtchev la tenait pour être dans l'orbite de Pékin. Ses tentatives de rapprochement avec l'Inde de Nehru et l'Indonésie de Sukarno (1957-1958) restèrent sans lendemain. Promue, par la prolongation du partage du pays, au rôle d'avant-poste du socialisme en Asie du Sud-Est, la R.D.V.N. était en réalité prise dans un redoutable étau sino-américain.

  Insurrection au Sud

C'est l'évolution du régime sudiste, non l'initiative du Nord, qui allait créer une situation nouvelle. À partir de 1957, Diem structure davantage son régime et lui donne comme principale base politique un parti dominant, le Can-Lao Nhan-Vi (parti personnaliste), une puissante police secrète et une armée, soutien de la bureaucratie.

Il s'assigne pour objectif la liquidation totale de l'infrastructure clandestine vietminh. Mais les méthodes employées pour y parvenir (délation, ratissages) suscitent à partir de 1958 une opposition croissante. Acculés par la répression à un choix capital, les anciens résistants vietminh se prononcent pour la reprise de la lutte armée. Hanoi, cependant, temporise encore, proposant en 1958 par deux fois à Saigon une normalisation des relations entre les deux zones. Toutefois, la R.D.V.N. pouvait difficilement rester passive devant l'annihilation progressive de ses partisans au Sud et la consolidation de la division du pays.

En février 1959, des « forces populaires de libération » commencèrent la lutte armée dans le delta du Mékong. Diem promulgua des lois d'exception. Le Lao Dong, en mai 1959, décida de soutenir l'insurrection et, pour lui faire parvenir des armes, munitions et équipements, voire des renforts, la construction d'un réseau de pistes fut entreprise secrètement, dans la cordillère (« piste Hô Chi Minh »). En septembre 1960, le IIIe congrès du Lao Dong approuva prudemment cette orientation. Depuis le début de l'année, des milieux démocrates tentaient en effet, au Sud, d'obtenir une certaine libéralisation du régime, mais, après l'échec d'un coup d'État antidiémiste à Saigon (11 nov. 1960), la résistance s'organisa (20 déc. 1960) en un Front national de libération du Sud-Vietnam ( F.N.L.) dont les anciens Viet Minh allaient constituer l'armature.

Au printemps de 1961, l'offensive politico-militaire du Front incita Diem à se tourner vers Washington où le nouveau président, John Fitzgerald Kennedy, décida (mai 1961) d'accroître l'aide des États-Unis au Sud-Vietnam. Des milliers de « conseillers » américains vinrent stimuler l'armée de Diem et engager contre le F.N.L. la « guerre spéciale ». En janvier 1962, un commandement militaire américain était créé à Saigon.

Pour couper les guérillas du F.N.L. (baptisées Vietcong) du milieu rural dont elles tiraient troupes, ravitaillement et soutien, Américains et diémistes entreprirent, à la fin de 1961, de regrouper les paysans dans des «  hameaux stratégiques », dont près de sept mille furent aménagés en 1962-1963, concentrant huit millions d'habitants.

Malgré son encadrement américain, l'armée diémiste dut peu à peu abandonner le contrôle effectif de la moitié des campagnes. Le F.N.L. avait élargi ses bases et s'était doté d'une structure politico-militaire. Présidé par l'avocat Nguyen Huu Tho, il instaurait une nouvelle administration et précisait ses objectifs. Son but était désormais de « renverser le régime américano-diémiste », de « libérer le pays du joug des impérialistes et de leurs laquais », et d'instaurer un gouvernement démocratique de coalition nationale pratiquant une politique extérieure de neutralité. Il chercherait ensuite, disait-il, à faire progresser pacifiquement « la réunification de la patrie ».

Pour mener la lutte contre le F.N.L., le régime diémiste ne put toutefois unir les forces hostiles au communisme. Il avait déjà rejeté dans l'opposition les démocrates et libéraux d'orientation occidentale (dont beaucoup avaient gagné la France). Les caodaïstes et les Hoa Hao demeuraient réservés. En 1963, par les faveurs qu'il n'avait cessé de dispenser aux catholiques, il voyait se dresser contre lui les bouddhistes, qui dénonçaient ses injustices et ses violences. De spectaculaires suicides de bonzes par le feu attiraient sur Saigon l'attention mondiale. Le règne abusif de DiemNgô Dinh Diem et de sa famille était partout stigmatisé.

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Ngô Dinh Diem Ngô Dinh Diem (1901-1963), président de la République du Vietnam, passe les troupes en revue à Saigon lors d'une cérénomie célébrant l'indépendance, en 1962. 

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Les États-Unis pressent alors le gouvernement de Saigon de rechercher un compromis avec les bouddhistes et d'assouplir le régime du Can Lao. La famille Ngô résiste à la pression. Kennedy, estimant que la guerre ne pourra pas être gagnée avec elle et redoutant que Diem n'en vienne à rechercher un compromis avec Hanoi, conclut qu'il faut laisser s'opérer un changement d'équipe.

Le 1er novembre 1963, un groupe de généraux, présidé par le général Duong Van Minh, s'empare du pouvoir. Diem et Nhu, son frère et principal conseiller, sont sommairement exécutés. Le F.N.L. profite du désarroi pour porter au réseau de « hameaux stratégiques » des coups décisifs. Mais la junte, dont la tendance n'est pas claire, est renversée à la fin de janvier 1964 par un nouveau putsch, qui porte au pouvoir le général Nguyen Khanh. Celui-ci a la faveur du commandement américain. Hostile à toute négociation comme à tout neutralisme, il intensifie immédiatement les opérationsLargage de parachutistes, et la tension internationale rebondit. Pour la désamorcer, la France, qui vient de reconnaître la Chine populaire, propose de réunir une conférence internationale dont l'objectif – suggère-t-elle – pourrait être la neutralisation de l'ensemble du Sud-Est asiatique. Le Cambodge soutient le projet, et la R.D.V.N., l'U.R.S.S. et même la Chine semblent être favorables à une telle conférence. Mais Washington et Londres s'y opposent. Pour les Américains, le moment est venu de faire comprendre à la Chine (dont Hanoi n'est pour eux qu'un satellite) que la « guerre du peuple » sera mise en échec à n'importe quel prix.

Largage de parachutistes Photographie

Largage de parachutistes 840 parachutistes vietnamiens sont largués par les appareils de l'U.S. Air Force, au-dessus de la province de Tay Ninh, lors de l'opération Phi Hoa II, pendant la guerre du Vietnam, en 1963. 

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Au cours de l'été de 1964, devant l'instabilité dont fait preuve le régime de Saigon du fait des rivalités entre civils et militaires, entre bouddhistes et catholiques, devant aussi l'extension de l'influence du F.N.L., Washington en arrive à la conclusion que seule une intervention directe et massive des États-Unis peut sauver la situation. Des incidents navals survenus au début d'août 1964 dans le golfe du Tonkin permettent au président Johnson d'obtenir du Congrès les pleins pouvoirs pour répondre à toute nouvelle attaque de la R.D.V.NLa résolution du Tonkin, 1964. Des succès locaux de l'offensive du F.N.L. sur les Plateaux du Sud lui donnent l'occasion de les utiliser. C'est soudain une brutale escalade du conflit.

La résolution du Tonkin, 1964 Photographie

La résolution du Tonkin, 1964 Le 7 août 1964, Lyndon Johnson (1908-1973), président des États-Unis, signe la résolution du Tonkin. Les Américains entrent dans la guerre du Vietnam, au côté du Vietnam du Sud. 

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  La guerre américaine (1965-1973)

Guerre du Vietnam et mouvement antiguerre Le 7 février 1965, l'aviation américaine commence contre le nord du Vietnam une offensive continue de bombardements1962 à 1989. De la guerre froide à la détente. Le 8 mars, les premiers éléments d'un corps expéditionnaire américain débarquent au sud de Danang. Il s'agit de « persuader » la R.D.V.N. de mettre fin à son agression contre la république du Vietnam, de cesser de ravitailler le F.N.L. et de venir à la table de conférence. Washington croyait « mettre Hanoi à genoux en six semaines ».

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Guerre du Vietnam et mouvement antiguerre En mars 1965, les Marines débarquent au Vietnam. Pour le président Johnson, les conseillers américains auprès des Sud-Vietnamiens ne suffisent plus. L'intervention directe des États-Unis est indispensable pour endiguer le communisme. Mais l'engagement de plus en plus massif des Américains dans une g… 

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1962 à 1989. De la guerre froide à la détente Vidéo

1962 à 1989. De la guerre froide à la détente Néo-colonialisme. Choc pétrolier. Coexistence pacifique. Au lendemain de la crise des missiles de Cuba, qui a fait surgir le spectre d'une troisième guerre mondiale, la "détente" est à l'ordre du jour des relations Est-Ouest. Mais de nombreux conflits périphériques persistent. Au Vietnam, les États… 

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Hanoi déclara refuser toute négociation avant l'arrêt inconditionnel des bombardements sur le Nord, ce que Washington ne voulait pas envisager tant qu'Hanoi ne s'engagerait pas à arrêter l'infiltration de ses forces au sud. Ce dialogue de sourds ne pouvait que prolonger l'épreuve de force. Une fois de plus, la R.D.V.N. était contrainte de faire face. Il lui fallait défendre le Nord, aider le Sud, mais, d'abord, démontrer à l'Amérique qu'elle ne pouvait espérer gagner.

Or les États-Unis étaient décidés à se battre pour maintenir la division du Vietnam et conserver le Sud comme bastion protégeant l'Asie du Sud-Est contre le communisme chinois ou soviétique. Afin de purger ce Sud de tout élément subversif et d'affaiblir le Nord au point qu'il ne puisse plus jamais menacer le bastion, le président Johnson allait envoyer au Vietnam un corps expéditionnaire doté d'une puissance de feu gigantesqueHélicoptères et dont l'effectif s'élèvera progressivement jusqu'à cinq cent cinquante mille hommes au début de 1968. Le gouvernement de Saigon, dirigé à partir de juin 1965 par le général Nguyên Van Thiêu, gonflera d'autre part son armée et sa police jusqu'à en faire, avec un million cinq cent mille hommes, un véritable État dans l'État. Il sera maintenu sur pied par une aide financière, économique et militaire massive des États-Unis. La promulgation d'une nouvelle Constitution et la tenue d'élections en 1966-1967 lui apporteront une façade de légitimité.

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Hélicoptères Un groupe d'hélicoptères américains en opération pendant la guerre du Vietnam, en 1968. 

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Pour forcer les communistes à abandonner la lutte, les États-Unis utiliseront les moyens les plus divers : guerre chimique, avec destruction des forêts et du couvert végétal par l'usage de défoliantsLargage de défoliants, recherche et élimination des guérilleros dans les villagesPartisans vietcong, bombardements intensifs des zones rurales pour contraindre leurs habitants à se réfugier dans les zones urbaines mieux surveillées, etc. Les résultats seront vite apparents : dévastation des campagnes et abandon des rizières, surpeuplement rapide des villes, dislocation générale d'une société où ne prospérera plus qu'une minorité de privilégiés ou de débrouillards civils et militaires. Le Sud devint encore plus dépendant de l'aide américaine. En 1967, ses exportations ne représentaient plus que 4 p. 100 de ses importations.

Largage de défoliants Photographie

Largage de défoliants En 1966, un appareil de l'U.S. Air Force largue des défoliants sur le tracé de la piste Hô Chi Minh, construite dans la jungle pour approvisionner le Front national de libération du Sud-Vietnam (F.N.L.). 

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Partisans vietcong Photographie

Partisans vietcong Des prisonniers vietcong sont emmenés par des soldats américains, à travers les rizières, lors de la guerre du Vietnam, en 1968. 

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Au Nord, les bombardements aériens provoquèrent la destruction presque complète des villes, localités et complexes industriels entre le 17e et le 20e parallèle, et une détérioration profonde des réseaux de transportsPont détruit à Huê lors de la guerre du Vietnam, 1968. Mais la dispersion de la population, sa discipline et sa détermination déjouèrent le plan américain qui visait à provoquer, par la terreur, l'effondrement du front intérieur.

Pont détruit à Huê lors de la guerre du Vietnam, 1968 Photographie

Pont détruit à Huê lors de la guerre du Vietnam, 1968 Sur la rivière des Parfums, à Huê, un pont détruit par les bombardements américains, pendant la guerre du Vietnam. Une grande partie de l'ancienne cité impériale a été ainsi endommagée lors de l'offensive du Têt en février 1968. 

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La formidable pression américaine n'obtint pas de résultat décisif. L'U.S. Air ForceGuérilla vietkong ne parvint pas à couper la piste Hô Chi Minh, constamment réparée. Le F.N.L. put poursuivre et même intensifier la lutte, et la R.D.V.N. se s'effondra pas. Elle reçut de l'U.R.S.S. et de la Chine les armementsTir antiaérien, équipements et vivres lui permettant de mener la guerre. Elle put même accroître sa production agricole. Elle jouissait en outre dans l'opinion mondiale d'un prestige et d'un soutien croissants. Le conflit isolait au contraire les États-Unis, où l'opposition à la guerre se développait.

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Guérilla vietkong Un appareil de l'U.S. Air Force détruit par un tir de mortier vietkong, sur une base américaine, au cours de la guerre du Vietnam, en 1968. 

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Tir antiaérien Des soldats du Front national de libération (F.N.L. ou Vietcong) tirent sur un appareil américain effectuant une opération aérienne sur un village du Sud-Vietnam, pendant la guerre du Vietnam, en 1969. 

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Finalement, en septembre 1967, Johnson, ayant pris conscience de l'échec, commença à rechercher sérieusement une issue diplomatique. Par son offensive du Têt (fin janv. 1968)Retour de réfugiés à Huê au Vietnam, 1968, qui pénétra jusqu'au centre de Saigon, le F.N.L. lui démontra qu'il n'avait aucune chance de l'emporterTranchée au Vietnam. Le 31 mars 1968, Johnson arrêtait les bombardements sur une partie du Nord. Hô Chi Minh acceptait immédiatement d'entamer les négociations. Le 13 mai s'ouvrait à Paris la conférence vietnamo-américaine.

Retour de réfugiés à Huê au Vietnam, 1968 Photographie

Retour de réfugiés à Huê au Vietnam, 1968 Ces réfugiés regagnent Huê, après la reconquête de la ville par les troupes américaines et sud-vietnamiennes, en 1968. 

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Tranchée au Vietnam Des soldats américains dans une tranchée, pendant la guerre du Vietnam, en 1968. 

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  L'accord de Paris (1973)

Johnson ayant mis fin complètement aux bombardements sur le Nord, la conférence fut élargie, à partir de janvier 1969, au gouvernement de Saigon et au F.N.L. Elle allait durer quatre ans et les combats se poursuivirent au Sud pendant tout ce temps. Élu président en novembre 1968, Richard Nixon entendait contraindre Hanoi à renoncer à toute influence au Sud, où il envisageait tout au plus de laisser le F.N.L. participer légalement à la vie politique. Mais, avec le refus de Hanoi de discuter avec Thiêu et le rejet par Saigon de tout compromis avec le F.N.L., la conférence prit rapidement l'allure d'un dialogue de sourds. Le gouvernement de Saigon, soutenu par Washington, persistait à se considérer comme le seul légitime. Pour le ramener au réalisme, les communistes, en juin 1969, transformèrent le F.N.L. en « gouvernement révolutionnaire provisoire » (G.R.P.), lequel fut sans délai reconnu par la Chine, l'U.R.S.S. et une vingtaine de pays. Une solution politique ne pouvait plus, dès lors, que prendre en compte l'existence, au Sud, de deux administrations et de deux armées.

Au début d'août 1969, Washington et Hanoi s'engagèrent à Paris dans une négociation secrète, dont les deux principaux protagonistes furent Henry Kissinger et Lê Duc ThoLes accords de Paris. En décembre 1969, devant l'obstination de Hanoi, les Américains décidèrent de « vietnamiser » la guerre en donnant à Thiêu les moyens militaires de la mener et le temps de s'adapter. Nixon procédait, à cette fin, à un lent retrait de ses troupes. Il intensifia en outre sa pression en étendant les opérations au Cambodge (où le régime de Sihanouk fut renversé en mars 1970) et au Laos, où il tenta vainement de couper la piste Hô Chi Minh (mars 1971).

Les accords de Paris Photographie

Les accords de Paris Le 27 janvier 1973, Henry Kissinger, secrétaire d'État américain, et Lê Duc Tho (1911-1990), numéro un nord-vietnamien, signent les accords de Paris, qui devaient mettre fin à la guerre du Vietnam. Ces accords ne seront pas respectés par les Nord-Vietnamiens. 

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À Hanoi, Tôn Duc Thang avait succédé, à la tête de la République, à Hô Chi Minh, mort le 2 septembre 1969, mais c'était Lê Duan qui dirigeait toujours le parti. La R.D.V.N. ne cédait pas, même lorsque la Chine, en juillet 1971, cessa d'être un « arrière sûr » et entra en pourparlers avec Nixon. Le Cambodge devenait un grand « sanctuaire » communiste où les Vietnamiens et les «  Khmers rouges », leurs alliés, allaient faire la loi, isolant dans les villes la droite khmère proaméricaine de Lon Nol. En avril 1972, les blindés de Giap, traversant les plateaux, débouchaient soudain à 100 kilomètres au nord de Saigon. Nixon, tout en reprenant en force le bombardement du Nord et en minant le port de Haiphong, proposait alors un cessez-le-feu sur place et acceptait une « solution politique ». Il lui faudra néanmoins encore six mois pour surmonter l'opposition à tout règlement du général Thiêu et des diverses factions qui l'entouraient. C'est seulement après que l'U.S. Air Force eut lourdement bombardé Hanoi et Haiphong, sans résultat politique d'ailleurs (Noël de 1972), que Washington et Saigon se résignèrent à conclure.

Signés le 27 janvier 1973, les accords de Paris liaient essentiellement la R.D.V.N. et les États-Unis (successeurs de fait de la France au Vietnam), les deux « parties sud-vietnamiennes » en conflit ne faisant que souscrire à l'accord intervenu et s'engageant à en appliquer les clauses les concernant. Par cet acte, les États-Unis reconnaissaient formellement (ce qu'ils n'avaient pas fait en 1954 à Genève) l'indépendance, la souveraineté, l'unité et l'intégrité territoriale du Vietnam et déclaraient « cesser leur engagement militaire ou leur ingérence dans les affaires intérieures du Sud-Vietnam ». Ils devaient enfin en retirer toutes leurs troupes. Ce qu'ils firent dès le 29 mars, non sans laisser à leur allié un abondant matériel, évalué à 5 milliards de dollars.

La guerre paraissait terminée. Un cessez-le-feu entrait officiellement en vigueur le 28 janvier, les forces armées des deux camps devant rester sur les positions qu'elles occupaient ce jour-là. Il était admis que chaque partie administrerait sa zone jusqu'à ce que se soit concrétisée la solution politique dessinée par l'accord.

Américains et Vietnamiens étaient en effet convenus que ce serait « au moyen d'élections vraiment libres et démocratiques sous surveillance internationale » que la population sud-vietnamienne exercerait son droit à l'autodétermination. Ces élections visaient à doter le Sud d'un gouvernement unique, et cette fois représentatif, et devaient être préparées par un Conseil national de concorde et de réconciliation (C.N.C.R.) que constitueraient les deux parties et où coopéreraient, sur un pied d'égalité, des représentants de Saigon, du G.R.P. et d'une « troisième composante », plus ou moins neutraliste.

  La non-application des accords de Paris

On s'aperçut cependant vite que ce n'était pas la paix. Saigon revendiquait toujours la souveraineté sur l'ensemble du pays et se refusait à admettre l'existence d'une seconde administration égale à la sienne. Thiêu, désirant reprendre le terrain et les postes qu'il avait perdus dans les dernières semaines de la guerre, relança les opérations. Il décida en outre le blocus économique de la zone contrôlée par le G.R.P. et chercha à la grignoter, multipliant contre elle les raids aériens et les incursions armées. Contrôlant les régions riches et peuplées, disposant d'une armée et d'une police nombreuses et bien équipées, confiant dans la promesse d'une énergique riposte américaine au cas où Hanoi violerait le cessez-le-feu, Thiêu croyait ainsi pouvoir maintenir indéfiniment ce blocus de la zone G.R.P. et ne rien changer, quant à lui, à sa ligne. C'est pourquoi il n'appliqua pas davantage les clauses politiques de l'accord de Paris. Il n'accepta ni de libérer les prisonniers politiques, ni d'abolir la loi martiale, ni de rétablir les libertés démocratiques. La « conférence politique consultative » prévue entre Saigon et le G.R.P. s'ouvrit à La Celle-Saint-Cloud (France) le 19 mars 1973. Elle devint rapidement un dialogue de sourds. Tandis que le G.R.P. proposait un programme comprenant un cessez-le-feu effectif, la réunion du C.N.C.R., le rétablissement des libertés démocratiques, des élections libres à une Assemblée constituante et une réduction réciproque des forces armées, Thiêu refusait de discuter du problème des libertés et de la formation du C.N.C.R. avant d'avoir obtenu le « retrait du Sud des forces militaires nordistes », qui n'était pas prévu par l'accord de Paris. Il n'acceptait d'envisager d'élections que dans le cadre de son régime, dont il exigeait la reconnaissance préalable comme seul régime légal du Sud. Après avoir rejeté successivement toutes les propositions du G.R.P., Saigon tira finalement prétexte des ripostes militaires adverses pour refuser de continuer les pourparlers (16 avr. 1974).

En même temps, la répression se poursuivait. La troisième composante n'avait guère de possibilité de se manifester ni de se constituer en force politique. Les chances de réussir à changer, pacifiquement, le régime Thiêu, de l'intérieur, diminuaient ainsi de jour en jour.

La démission du président Nixon (9 août 1974) priva néanmoins Thiêu de son meilleur allié. À Washington, le Congrès, reflétant la majorité d'une opinion peu disposée à aider plus longtemps un régime impopulaire et corrompu, réduisait sensiblement l'aide à Saigon.

Le 8 octobre 1974, le G.R.P. déclarait qu'il ne négocierait désormais avec Saigon que si une autre administration, disposée à appliquer les accords, y remplaçait celle de Thiêu.

À défaut d'une libéralisation du régime et d'une reprise de la négociation, toutes deux désormais improbables, il n'y avait, en effet, plus place que pour une solution militaire, c'est-à-dire le renversement par la force du régime Thiêu. C'est la conclusion à laquelle parvint, à la fin de 1974, le Parti communiste vietnamien (Lao Dong). La zone G.R.P. étant désormais aménagée et consolidée, une nouvelle poussée militaire permettrait en 1975 de l'élargir sur les Plateaux et de s'emparer de tout le littoral du Centre, avant de lancer en 1976, si cela restait nécessaire, l'offensive finale.

  La chute de Saigon

Washington n'ayant pas réagi à des opérations préliminaires (prise de Phuoc Binh, le 7 janv. 1975), Hanoi en conclut que la situation était mûre. Le 10 mars, l'Armée populaire vietnamienne (nordiste) attaquait Ban Me Thuot, la capitale méridionale des Plateaux, et s'en emparait. La ville était d'une telle importance stratégique que le général Thiêu dut ordonner immédiatement un repli général de ses troupes sur Nha Trang, d'où il espérait pouvoir défendre Saigon et le Sud. Le repli s'effectua toutefois dans un tel désordre, entraînant un tel exode de réfugiés et une telle désagrégation militaire, que Hanoi décida alors d'exploiter à fond le succès initial, sans laisser à Thiêu le temps de reconstituer une ligne derrière laquelle pourrait encore survivre un régime soutenu par l'étranger. L'occasion s'offrait, de façon inespérée, d'asséner à l'ennemi le coup de grâce cette année – et non en 1976. L'Armée populaire lança dans la bataille de puissantes forces de blindés et d'artillerie. Elle progressa rapidement vers le sud, le long de la côte d'abord, occupant Huê (25 mars), puis Da Nang, la grande base américaine (29 mars), Qui Nhon, Nha Trang, Phan Thiet. Ce ne sera que devant Xuan Loc que les unités d'élite de Thiêu tenteront une résistance, pour essayer de gagner le temps nécessaire à de multiples « opérations de sauvetage ». Mais, le 21 avril, Thiêu démissionnait.

Hanoi décidait alors d'accélérer l'offensive d'autant que, au Cambodge, Phnom Penh venait de tomber aux mains des Khmers rouges, déjà suspects (17 avr.)Khmers rouges à Phnom Penh, 1975. Les chars nord-vietnamiens étaient déjà parvenus, par les Plateaux cette fois, à proximité immédiate de Saigon lorsque le successeur de Thiêu, le général Duong Van Minh, y prit le pouvoir le 27 avril. La débâcle était indescriptible, les Américains évacuant en toute hâte leurs ressortissants et les Vietnamiens qui s'étaient le plus compromis à leurs côtés. Minh n'eut plus d'autre issue, devant l'entrée des forces blindées adverses dans l'agglomération, que de signer une capitulation, sans conditions, du régime et de l'armée (30 avr. 1975). Une fulgurante campagne militaire de huit semaines, menée par le général Van Tien Dung, terminait ainsi une guerre de trente ans, dont le Parti communiste vietnamien et le peuple qu'il avait soulevé sortaient grands vainqueurs.

Khmers rouges à Phnom Penh, 1975 Photographie

Khmers rouges à Phnom Penh, 1975 Les Khmers rouges sont entrés dans Phnom Penh (Cambodge) en avril 1975. Un jeune combattant marche dans les rues de la capitale investie. 

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L'Armée populaire prit en main l'administration du territoire libéré, et Saigon fut placée, comme tout le reste du Sud, sous administration militaire. Tous les biens du régime déchu et de ses dignitaires furent mis sous séquestre, mais le « bain de sang » annoncé par Washington ne se produisit pas. Les deux millions de fonctionnaires et de militaires du régime Thiêu furent tenus de se faire enregistrer et de suivre des stages de « rééducation », dont 95 p. 100 sortirent rapidement, mais qui allaient se prolonger dans de dures conditions pour environ cent mille d'entre eux.

Philippe DEVILLERS

4.   Le Vietnam unifié

  De l'unification à la crise des années 1980

L'idéologie et les ambitions du vainqueur

La chute du régime de Saigon est brutale. Le nouveau pouvoir se retrouve face à une situation extrêmement chaotique : immenses problèmes matériels, chômage galopant, marchés vides, services publics inactifs, millions de réfugiés sur les routes... Les comités populaires issus de la résistance clandestine s'emparent du pouvoir, en s'efforçant de mettre à leur tête des personnalités rassurantes ; mais le Parti communiste ne tolère aucun adversaire et le pluralisme politique s'efface rapidement. L'Église catholique se déclare prête à coopérer ; bouddhistes et caodaïstes se montrent beaucoup plus réservés.

Face à cette situation, les autorités de Hanoi vont dans un premier temps appliquer des politiques communistes orthodoxes. Symboliquement, Saigon est rebaptisée Hô Chi Minh-Ville. Un nouveau plan quinquennal est défini avec pour objectif de reconstruire le pays sur la base du socialisme et de remodeler la société (volonté de créer un « homme nouveau »). L'objectif économique premier est de retrouver les niveaux de production d'avant guerre. La priorité est donnée à l'industrie lourde ; l'ensemble du système bancaire est nationalisé dès juin 1975 ; les terres sont collectivisées dans le Sud. Le pays doit s'engager dans une « révolution scientifique et technique ».

Pour désengorger Hô Chi Minh-Ville et le delta du Mékong, les autorités renvoient 400 000 à 500 000 personnes dans leurs villages d'origine ou dans les « nouvelles zones économiques » créées pour des raisons économiques, mais aussi politiques, sur les plateaux du sud en particulier. La politique du contrôle des naissances est étendue à l'ensemble du territoire : il s'agit de ralentir une croissance démographique de l'ordre de 3 p. 100 par an.

Sur le plan institutionnel, l'unification des structures à l'échelle nationale se fait très rapidement. Le 25 avril 1976, des élections générales, contrôlées très étroitement par le Parti comme les scrutins antérieurs au Nord, sont organisées sur l'ensemble du territoire pour élire une nouvelle Assemblée nationale qui représentera les 49 millions de Vietnamiens recensés en février. Le 2 juillet, cette nouvelle Assemblée nationale déclare le pays officiellement réunifié : la République socialiste du Vietnam (R.S.V) est née. Les leaders du G.R.P. intègrent le nouveau gouvernement. En décembre 1976, lors de son IVe congrès, le Parti des travailleurs du Vietnam retrouve son nom originel (1930) de Parti communiste du Vietnam (P.C.V), toujours sous le leadership de Lê Duan.

En matière de politique étrangère, en 1975, malgré les difficultés avec le voisin chinois, il s'agit toujours de rechercher l'équilibre entre Pékin et Moscou. Mais l'idée est aussi de gagner le maximum de soutien sur l'échiquier international. Le Vietnam est admis dans le Mouvement des non-alignés (Lima, août 1975). Bien que l'association soit considérée comme un instrument de l'impérialisme américain, des discussions bilatérales s'ouvrent également avec certains membres de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (A.S.E.A.N.). En août 1976, les relations diplomatiques sont établies avec la Thaïlande. De même, le dialogue continue ou reprend avec les États-Unis, le Japon et les pays occidentaux. Le veto américain levé, la R.S.V. fait son entrée à l'O.N.U en septembre 1977, après avoir été admise au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et à la Banque asiatique de développement. L'Assemblée générale des Nations unies recommande à tous ses membres d'octroyer une aide généreuse au Vietnam pour faciliter sa reconstruction.

Le retournement de la situation : l'engrenage du début des années 1980

Néanmoins, la situation se détériore rapidement pour le pouvoir vietnamien. Les négociations avec les États-Unis achoppent, dès 1977, sur les questions des réparations de guerre et des soldats disparus. En 1978, sur fond de rapprochement entre Washington et Pékin, la rupture est définitive. Plus grave encore, les relations avec la Chine se sont détériorées. Le conflit va éclater par l'intermédiaire du terrain cambodgien. Soutenus par Pékin, qui voit dans le Cambodge un contrepoids régional contre le Vietnam soutenu par Moscou, les Khmers rouges interrompent brutalement, en avril 1976, les négociations engagées avec Hanoi sur un traité d'amitié et de délimitation de frontières. Les escarmouches frontalières se multiplient. Le Vietnam établit une relation privilégiée avec le Laos (traité de juillet 1977) et resserre ses liens avec Moscou.

En septembre 1977, alors que Pol Pot est reçu chaleureusement en Chine, son armée attaque le Vietnam en plusieurs points de la frontière. La visite de Lê Duan à Pékin en novembre est un échec : les combats s'intensifient. Le Cambodge rompt ses relations diplomatiques avec le Vietnam et rejette ensuite toute proposition de négociation. Hanoi resserre le contrôle sur le Sud et y nationalise le commerce privé en grande partie aux mains des Chinois de Cholon (mars 1978). Les rumeurs sur l'imminence d'une guerre provoquent un exode massif vers la Chine de Vietnamiens d'origine chinoise (Hoa), notamment dans le Nord. Pékin coupe totalement son aide économique. Le Vietnam demande alors son admission au Comecon en juin 1978 et, en novembre, un traité d'amitié et de coopération est signé avec Moscou. Mais Hanoi échoue à rassurer ses voisins de l'A.S.E.A.N. et Deng Xiaoping obtient parallèlement un ajournement de la normalisation des relations avec les États-Unis.

Le 25 décembre, le Vietnam lance une contre-offensive massive contre les Khmers rougesFuite de Pol Pot, 1979. Phnom Penh tombe dès le 7 janvier 1979 et le Vietnam instaure immédiatement des « relations spéciales » d'amitié et de coopération avec le nouveau Conseil révolutionnaire khmer qu'il a porté au pouvoir. En riposte, le 17 février 1979, la Chine attaque le Vietnam pour « lui donner une leçon ». Mais l'armée chinoise, malgré les grands dommages infligés aux provinces du nord du Vietnam, subit elle-même de lourdes pertes. La « leçon » est un échec et, le 6 mars, Pékin retire ses troupes et engage des négociations.

Fuite de Pol Pot, 1979 Photographie

Fuite de Pol Pot, 1979 L'armée vietnamienne est entrée au Cambodge en janvier 1979. L'ancien chef khmer rouge Pol Pot et des responsables de l'Angkar, le Parti communiste du Kampuchea, fuient, dans une zone non encore occupée par les forces vietnamiennes, en mai 1979. 

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En quelques années, l'euphorie de l'unification est bien loin et la situation du Vietnam s'est fortement dégradée. Parallèlement aux conflits extérieurs, les premiers échecs économiques sont également patents. La collectivisation au Sud est un désastre et les « nouvelles zones économiques » démarrent difficilement. À la mi-1977, la priorité absolue est de parvenir, le plus rapidement possible, à une totale indépendance alimentaire. Les intempéries des années 1977-1978 (sécheresse et inondations) aggravent la situation, d'autant plus que l'aide extérieure a été, en grande partie, suspendue. L'opération lancée contre le Cambodge coûte cher ; puis le conflit avec la Chine provoque de nombreux dommages en mettant sur les routes un million de Vietnamiens. La production stagne, le chômage ne recule pas. Le pays s'installe dans une pénurie permanente, notamment alimentaire.

Pis, l'implication au Cambodge ternit l'image du Vietnam sur la scène internationale : en dehors de Moscou avec qui les liens vont s'intensifier au travers de nombreux accords (économiques, scientifiques, techniques et militaires), le pays se retrouve isolé, sous blocus chinois et occidental. Dès 1978, la situation dramatique pousse des centaines de milliers de Vietnamiens à l'exil, notamment par mer : ce sont les boat peopleBoat people. En juillet 1979, devant les proportions de l'exode, une conférence internationale exceptionnelle se tient à Genève. Entre 1978 et 1984, environ 400 000 personnes ont fui le pays.

Boat people Photographie

Boat people Ces boat people vietnamiens ont réussi à gagner Hong Kong, en 1979. 

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Le pragmatisme du pouvoir et les prémices du Dôi Moi

Dans ce contexte, le Vietnam renforce sa politique de défense et maintient un contrôle strict, politique et militaire, sur le Laos mais surtout sur le Cambodge, où l'investissement est toujours plus coûteux et stigmatisant. En 1984, Hanoi décide donc de retirer progressivement, avant 1995, ses 200 000 soldats.

Sur le plan économique, le pouvoir se convertit en fait très rapidement à des politiques plus « réalistes », souvent spontanément lancées au niveau local, mais aussi prônées par certains experts qui conseillent les dirigeants du Parti. Dès 1978, on observe un certain retour à la liberté de circulation des vivres, d'achat et de vente sur les marchés. Pour stimuler la production paysanne, un système de contrats familiaux est généralisé en 1981 : les familles s'engagent à fournir un quota de livraisons obligatoires aux autorités, et le surplus peut être vendu librement sur les marchés. Des terres vacantes sont mises en location. Les résultats sont inégaux, mais la production augmente. Le IIIe plan quinquennal (1981-1985) fixe des objectifs plus réalistes que le précédent. Les priorités définies sont : la production vivrière, les produits de consommation... L'accent est mis sur les exportations indispensables pour payer les importations de biens d'équipement et de matières premières. Des stimulants matériels sont introduits dans les méthodes de gestion des entreprises d'État. Le commerce extérieur, toujours très déficitaire, s'effectue principalement avec l'U.R.S.S., le bloc de l'Est et le Japon. L'autosuffisance alimentaire est ainsi à peu près atteinte en 1983 et la dégradation des conditions de vie est momentanément stoppée. Néanmoins la situation reste extrêmement précaire.

Du côté des institutions, une nouvelle Constitution est promulguée le 16 décembre 1980. Après les élections législatives d'avril 1981, le Conseil d'État (présidence collective) est dirigé par Truong Chinh, et le Conseil des ministres reste sous l'autorité de Pham Van Dong. En mars 1982, le Ve congrès du Parti communiste confirme Lê Duan à la place de secrétaire général. Même si le chef de file des réformistes, Nguyên Van Linh, perd sa place au bureau politique, l'orientation des réformes est confirmée et, en avril, la composition du nouveau gouvernement montre le progrès de ce courant emmené par Vo Van Kiet.

  Le Dôi Moi : réformes économiques et réinsertion sur la scène internationale (1986-1995)

Le compromis politique du Dôi Moi

Malgré les prémices de réformes du début des années 1980, la situation du Vietnam dix ans après sa réunification apparaît très fragile : isolement international, coût de l'engagement au Cambodge et sécurité menacée, échecs économiques symbolisés par la fuite d'un demi-million de citoyens. Le pragmatisme des autorités de Hanoi les pousse donc à approfondir, malgré l'opposition des conservateurs du Parti, le processus de libéralisation de l'économie nationale pour stimuler la production et encourager les initiatives à tous les niveaux. L'équilibre du Dôi Moi (« Changer pour faire du neuf ») tiendra au fait que, en contrepartie, les conservateurs garderont le contrôle politique, social et culturel.

En juin 1985, le système économique socialiste continue à voler en éclats sous le coup de nouvelles résolutions qui consacrent les forces du marché : les prix sont libérés et les subventions réduites, voire supprimées. En août, le rationnement est aboli et les salaires sont réajustés pour compenser la hausse des prix. Néanmoins, en septembre, une décision va s'avérer désastreuse : le gouvernement dévalue et échange un nouveau dong pour dix anciens. Mal préparée, cette réforme monétaire déclenche spéculation et hausse des prix foudroyante, raréfaction des marchandises et désorganisation complète du commerce. Le marasme est généralisé. À la fin de l'année, le Parti confirme cependant l'orientation des réformes et Nguyên Van Linh revient au bureau politique.

La préparation du VIe congrès est difficile et les débats internes tendus. La base plaide pour l'approfondissement des réformes et l'épuration des cadres incompétents et corrompus. En avril 1986, le bureau politique confirme l'orientation réformatrice. Les dispositions d'autonomie des entreprises sont renforcées et un processus de décentralisation est lancé prudemment, pour ne pas fragiliser le pouvoir du Parti. En juin, le gouvernement est fortement remanié. Le 10 juillet, Lê Duan, figure emblématique du pouvoir, décède. Truong Chinh, chef de file des conservateurs, assure l'intérim et se rallie ouvertement aux réformes.

En décembre 1986, lors du VIe congrès, Nguyên Van Linh est élu secrétaire général du Parti. Le comité central est largement renouvelé et les chefs historiques (Truong Chinh, Pham Van Dong et Lê Duc Tho) se retirent à l'arrière-plan. Le Dôi Moi est véritablement lancé. Le nouveau secrétaire général accélère les réformes économiques, mais annonce aussi une démocratisation du Parti et de la société. La nouvelle Assemblée nationale, élue en avril 1987, place Vo Chi Cong à la tête du Conseil d'État et Pham Hung à la barre du gouvernement, symbolisant l'équilibre d'une politique de réformes contrôlées. La nouvelle donne est perceptible : les P.M.E. privées sont officiellement autorisées et un Code des investissements étrangers est promulgué (1988). Les entreprises familiales sont dynamiques, et une restructuration du secteur public est entamée. Le gouvernement mène une politique d'attraction sectorielle des capitaux (industrie de base, tourisme...). Par ailleurs, les camps de rééducation se vident, la presse et les intellectuels sont plus libres de s'exprimer. Néanmoins, malgré les réussites, la situation reste très dure (pénuries, chômage, inflation...). Les conservateurs résistent et, à la mort de Pham Hung en mars 1988, c'est Do Muoi, réputé moins réformateur, qui le remplace. L'inflation va cependant être maîtrisée peu à peu, grâce à la libéralisation du marché des changes notamment.

Le retour du Vietnam sur la scène internationale

Parallèlement à ces réformes, le Vietnam sait que son retour sur la scène internationale, et dans les échanges économiques mondiaux, passe par un règlement de la question cambodgienne. Dès 1988, l'armée vietnamienne se retire du Laos et Hanoi annonce un retrait du Cambodge en septembre 1989 en cas d'accord avec les factions khmères. Finalement le retrait est décidé unilatéralement en avril 1989. Malgré l'échec de la conférence de Paris en août, le retrait vietnamien s'achève en septembre. Le Vietnam améliore ainsi ses relations avec l'A.S.E.A.N., le Japon et l'Europe, et peut se consacrer à son développement économique. Seuls les États-Unis maintiennent leur embargo, bloquant toute aide financière internationale et nombre d'investissements.

Face à la chute du bloc de l'Est, Hanoi, comme Pékin, ne remet en cause ni le socialisme à parti unique, ni les réformes économiques et l'ouverture à l'extérieur. Nguyên Van Linh poursuit sa politique économique qui a permis de surmonter nombre de pénuries, notamment alimentaires, dès 1989-1990. Mais, sous la pression des conservateurs inquiets, la volonté d'ouverture dans les domaines politique, social et culturel est fortement freinée. De plus, l'U.R.S.S. fait désormais payer ses livraisons au prix du marché mondial en devises convertibles et annonce qu'elle va mettre fin à son aide envers le Vietnam en 1991. Pour des raisons tant géopolitiques qu'économiques, Hanoi se rapproche alors de Pékin. Nguyên Van Linh et Do Muoi rencontrent Jiang Zemin et Li Peng en septembre 1990. Le Vietnam recherche également la détente avec l'Occident : ainsi, en août 1990, un ministre de la R.S.V., Nguyen Co Thach, est reçu pour la première fois à Washington. Hanoi postule enfin à rejoindre l'A.S.E.A.N. (Suharto, leader important de la région, se rend au Vietnam en novembre 1990).

En 1991, le désengagement soviétique ne provoque pas la faillite redoutée. Grâce aux succès de l'économie vietnamienne, les exportations payables en devises ont augmenté (pétrole et riz). Ses principaux partenaires commerciaux – et modèles – sont désormais Singapour, le Japon et Hong Kong. Le développement de la contrebande avec la Chine et la Thaïlande contribue également à approvisionner les marchés.

La confirmation et les premiers succès de la nouvelle politique

Le VIIe congrès du Parti, qui se tient à l'été de 1991, confirme la ligne réformatrice en matière économique et, au-delà, le compromis avec les conservateurs (stabilité et contrôle politique). Do Muoi remplace Nguyên Van Linh à la tête du Parti et Vo Van Kiet, figure des réformateurs sudistes, est promu à la barre du gouvernement. Après la chute de Gorbatchev et la signature de l'accord sur le Cambodge (octobre 1991), une visite à Pékin confirme le rapprochement sino-vietnamien. Nguyên Co Thach, chef de la diplomatie depuis douze ans, très antichinois, cède sa place. Les relations entre les deux pays se normalisent et les échanges économiques se développent rapidement. Il reste à régler la question de la délimitation des frontières, notamment en mer de Chine méridionale – mer du Sud pour les Vietnamiens – (archipels des Paracels et Spratleys).

Sur le plan interne, le 15 avril 1992, l'Assemblée nationale adopte, après de longs débats, une nouvelle Constitution. Elle clarifie les rôles des institutions politiques, et constitutionnalise la place du Parti, unique force qui dirige l'État et la société, tout en affirmant que ce dernier doit fonctionner « dans le cadre de la Constitution et de la loi » (art. 4). Le Conseil d'État collectif est remplacé par un président. En septembre, la nouvelle Assemblée nationale élue en juillet désigne le général Lê Duc Anh à ce poste et confirme le Premier ministre Vo Van Kiet.

La nouvelle Constitution reconnaît aux citoyens le droit de créer des entreprises privées dans le cadre d'une économie « multisectorielle à orientation socialiste ». Le Vietnam entame une privatisation importante de son secteur public et coopératif, mais, parallèlement, les ministères, le Parti et l'armée sont autorisés à créer des sociétés industrielles et commerciales. Les technocrates prennent progressivement le pouvoir. Dans l'agriculture, les coopératives ont presque totalement disparu, chaque famille ayant repris la jouissance de ses terres, dont la propriété reste toutefois à l'État. Dans ce contexte, la production (notamment celle de paddy qui dépasse 25 millions de tonnes, ainsi que celle de pétrole brut) et les échanges s'envolent. L'armée, à travers les entreprises qu'elle crée et contrôle, joue un rôle non négligeable dans ce succès. L'inflation est réduite à 15 p. 100 en 1993 (contre 60 p. 100 en 1992) et le dông se stabilise autour de 11 000 dôngs pour un dollar. Alors que le commerce, les exportations et les importations sont toujours sous le contrôle de l'État, la croissance annuelle moyenne entre 1986 et 1996 est d'environ 7,5 p. 100.

Néanmoins le pays reste très pauvre et son développement fragile. Si le niveau très bas des salaires attire les investisseurs étrangers, le décollage économique est freiné par des pénuries d'énergie récurrentes et des infrastructures toujours très peu développées. Le déficit budgétaire est très important. De plus, l'État, dont le rôle se redéfinit avec les réformes, peine à renforcer son système fiscal et les services essentiels de l'éducation et de la santé se dégradent ainsi peu à peu. La spéculation immobilière, l'urbanisation sauvage et la déforestation rapide, dues à l'autonomie des pouvoirs locaux et à la corruption, commencent à véritablement poser problème. Avec la libéralisation du marché et l'avènement de la consommation, les inégalités augmentent fortement et fragilisent le modèle socialiste. Résultat du compromis avec les conservateurs, le régime dénonce toute « déviation » idéologique et surveille étroitement tout embryon de contestation politique. Les tensions se multiplient, notamment avec les milieux bouddhistes.

Le début des années 1990 symbolise quoi qu'il en soit l'essor du « bébé tigre » vietnamien qui devient un grand pôle d'attraction (plus de 70 millions d'hab.) de la région. Les investisseurs étrangers affluent, surtout dans le Sud, dont la place et l'importance dans l'équilibre du pays s'en trouvent renforcées. Les aides internationales arrivent abondamment et les Viet Kiêu (Vietnamiens d'outre-mer) reviennent investir au pays. Deux épisodes consacrent cette évolution de la situation du Vietnam. Le 3 février 1994, le président Clinton lève l'embargo que Washington maintenait depuis 1975 : un an après, les relations vietnamo-américaines se normalisentNormalisation des relations américano-vietnamiennes. Enfin Hanoi, qui a acquis le statut d'observateur en signant en juillet 1992 le traité de Bali d'amitié et de coopération, devient membre à part entière de l'A.S.E.A.N. en juillet 1995.

Normalisation des relations américano-vietnamiennes Photographie

Normalisation des relations américano-vietnamiennes Le président des États-Unis Bill Clinton, entouré de MM. Lake, Perry, McCain et Christopher (à gauche), Kerry et Gore (à droite), annonce, le 11 juillet 1995, la normalisation des relations diplomatiques entre son pays et le Vietnam. 

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  La consolidation du Dôi Moi (depuis 1995) : un développement, une intégration et une modernisation contrôlés ?

Les nouveaux défis du « bébé tigre »

Les années 1995-1996 représentent l'apogée de l'image du « nouveau dragon » vietnamien : la croissance atteint les 9 p. 100, le pays semble lancé sur la voie du succès. Grâce à ses réussites économiques, le pouvoir est renforcé. En juin 1996, le VIIIe congrès du Parti confirme la troïka au pouvoir ( Do Muoi, Lê Duc Anh et Vo Van Kiet), garante du compromis du Dôi Moi. Preuve de l'optimisme et de la volonté de poursuivre les réformes : en 1996, la liste des secteurs où sont autorisés les investissements étrangers s'allonge. Néanmoins, bien qu'elle marque aussi l'organisation par le Vietnam de son premier grand événement international avec le sommet de la Francophonie, l'année 1997 va porter un sérieux coup de frein à ce cercle vertueux.

La première cause est externe : si le pays est moins ouvert et intégré économiquement que ses voisins, il ressent tout de même les contrecoups de la « crise asiatique » qui éclate à l'été 1997. Si cet épisode refroidit l'enthousiasme de nombreux investisseurs étrangers, il conforte aussi les conservateurs du Parti qui y voient la preuve que les réformes doivent être contrôlées et prudentes. Conséquence, le « Dôi Moi II », réclamé par certains, est ajourné. Mais les causes fondamentales sont internes et ne datent pas de la crise régionale. La lenteur de l'application des réformes et les pesanteurs de l'environnement institutionnel sont pointées du doigt, notamment par les institutions financières internationales : les « entraves administratives », mais aussi la faiblesse des entreprises publiques, la fragilité du secteur financier, le déficit commercial (15 p. 100 du P.I.B. en 1995), les insuffisances en terme d'infrastructures et de marché du travail. Par ailleurs, les effets pervers de la libéralisation s'aggravent : chômage, corruption, augmentation des inégalités sociales et géographiques... Sur fond de dénonciations de cadres locaux corrompus qui s'accaparent les terres, de violents soulèvements éclatent en 1997, notamment dans la région de Thai Binh, dans le nord, en mai (des troubles similaires enflammeront la province de Nam Dinh en 2000). La belle image du « bébé tigre » se trouble : entre 1996 et 1998, le nombre de licences demandées par les investisseurs étrangers diminue par rapport à 1995.

Finalement, le Parti décide de renouveler les principaux dirigeants du régime plus rapidement que prévu. En septembre 1997, au lendemain de l'élection d'une nouvelle Assemblée nationale (10e législature), Trân Duc Luong remplace Lê Duc Anh à la présidence de la République et Phan Van Khai, l'héritier réformateur du sud de Vo Van Kiêt, devient le nouveau Premier ministre. Le général Lê Kha Phiêu succède à Do Muoi à la tête du Parti en décembre.

Si, dans les dernières années du millénaire, l'économie vietnamienne enregistre toujours de bons résultats comparativement à certains de ses voisins, sa croissance (aux environs de 5 p. 100 en 1999) se ralentit, notamment car les investissements étrangers sont en retrait. La pauvreté recule cependant et la société vietnamienne continue de se transformer en s'ouvrant toujours davantage au monde et aux cultures étrangères. En réponse aux émeutes populaires, Hanoi relance une série de mesures de démocratisation du Parti, des institutions nationales mais surtout des pouvoirs locaux, via la politique de « démocratie à la base » (1998). La notion de transparence des institutions gagne du terrain comme le montre la retransmission en direct des séances de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale dès 1997. La lutte contre la corruption est annoncée comme l'objectif numéro un du pouvoir.

L'approfondissement du processus de « normalisation » du Vietnam

Le débat sur la place du droit, qui avait marqué la rédaction de la Constitution de 1992, montre la lente évolution théorique du pouvoir, comme la tension entre sa volonté de s'inscrire dans les cadres de valeurs internationaux et les pesanteurs du régime. La notion d'« État de droit socialiste », apparue pour la première fois dans les documents du Parti en 1991, s'impose finalement dans les amendements à la Constitution votés en décembre 2001 (art. 2). Depuis les années 1990, l'Assemblée nationale adopte un nombre très important de lois et cette dynamique va en s'accélérant, notamment avec la volonté de s'intégrer à l'économie internationale – dont l'objectif était, à terme, d'adhérer à l'Organisation mondiale du commerce (O.M.C). Néanmoins de nombreuses critiques stigmatisent la qualité de ces textes. Le principal écueil et enjeu réside en effet dans leur application effective. La force du droit cède souvent, à l'heure actuelle, devant la corruption et l'arbitraire.

Sur le plan de la politique extérieure, l'intégration régionale et internationale du Vietnam continue, notamment dans sa dimension économique. Dans le cadre de son adhésion à l'A.S.E.A.N. en 1995, le Vietnam signe les accords de l'A.S.E.A.N. Free Trade Agreement (A.F.T.A.) puis, en 1998, devient membre de l'A.P.E.C. (Asia-Pacific Economic Cooperation). Le 13 juillet 2000, un nouveau pas est franchi avec la signature d'un accord de libre-échange (Bilateral Trade Agreement-B.T.A.) avec les États-Unis, qui sera ratifié en décembre 2001. Les échanges avec l'Occident continuent ainsi à se développer. Les liens historiques avec les pays communistes, garants d'une certaine continuité idéologique, ne sont pas rompus, mais l'intérêt du pays est ailleurs.

Sur le plan stratégique et sécuritaire, les menaces s'estompent. Si les tensions avec la Chine au sujet des îles Spratleys et Paracels sont récurrentes, les relations bilatérales enregistrent la signature de deux accords sur les frontières terrestres (décembre 1999) et maritimes (décembre 2000, excepté donc la question des îles de la mer de Chine méridionale). De plus, en 2002, la Chine et les membres de l'A.S.E.A.N. parties prenantes signent une (fragile) déclaration de bonne conduite dans le règlement des revendications en mer de Chine.

Le pays connaît en février 2001, juste avant la tenue du IXe congrès du Parti, de graves émeutes sur les hauts plateaux du centre. Sur fond de revendications identitaires et culturelles (notamment religieuses), des minorités ethniques affrontent les autorités en dénonçant la spoliation de leurs terres et la corruption des cadres locaux. Le pouvoir accuse l'« étranger » de fabriquer ces mouvements, mais réagit en purgeant certains cadres trop corrompus des provinces touchées et en développant des politiques en faveur de ces minorités. De tels événements se renouvellent en avril 2004 prouvant que les tensions perdurent. Ces soulèvements sont significatifs de graves problèmes liés surtout à la corruption qui touche le secteur foncier. Des paysans se rassemblent d'ailleurs régulièrement dans les grandes villes pour dénoncer les abus et l'arbitraire. Des scandales touchant les plus hautes sphères du pouvoir éclatent régulièrement (« Thang Long » en 1999, « Nam Cam » en 2001, « PMU 18 » en 2006...).

Lors du IXe congrès du Parti qui a lieu au printemps de 2001, le secrétaire général Lê Kha Phiêu, jugé trop prochinois et ambitieux, n'est pas reconduit et c'est Nông Duc Manh, président de l'Assemblée nationale depuis 1992 et qui a accompagné la montée en puissance de cette institution, qui lui succède. Signe d'apaisement consécutif aux émeutes de février, il est le premier secrétaire général issu d'une ethnie minoritaire (tay). Trân Duc Luong et Phan Van Khai conservent leurs postes.

Le Vietnam au début du xxie siècle : des succès économiques et diplomatiques sur fond de continuité politique et de crise d'identité

Sur le plan économique, la machine est relancée au début des années 2000, permettant au pays d'occuper la deuxième place asiatique en matière de croissance, derrière la Chine. Les réformes ont repris : en 2000, nouvelles lois sur les entreprises en janvier et sur les investissements étrangers en mai. La Bourse d'Hô Chi Minh-Ville est inaugurée à l'été. Les mesures pour attirer les investisseurs étrangers sont renforcées les années suivantes. Entre 2005 et 2007, le P.I.B. progresse de plus de 8 p. 100 par an. Retrouvant en 2004 des niveaux d'avant la crise asiatique, les investissements directs étrangers (I.D.E.) augmentent de façon significative et continue, passant de 4 milliards de dollars en 2004 à plus de 10 milliards de dollars en 2006. Sur la même période, les exportations passent de 26 à 40 milliards de dollars (avec un solde commercial toujours négatif représentant environ 6 p. 100 du P.I.B.). Selon les statistiques des institutions internationales, le taux de pauvreté a chuté de près de 60 p. 100 en 1993 à moins de 20 p. 100 en 2004. Après le 11 septembre 2001, la stabilité politique du pays est attractive. Malgré davantage de revendications sociales, la main-d'œuvre vietnamienne reste, comparativement, très bon marché. Néanmoins, certains signes de surchauffe de l'économie vietnamienne semblent apparaître depuis la fin de l'année 2007, symbolisés notamment par une spéculation foncière qui perdure et une inflation inquiétante (12,6 p. 100 en 2007, taux beaucoup plus élevé qu'en Chine par exemple). Le développement du secteur énergétique et des infrastructures ne semble pas arriver à suivre la croissance. La formation de la main-d'œuvre est un autre défi majeur auquel se heurtent les autorités. Enfin, les inégalités augmentent, remettant en cause la répartition des fruits de la croissance.

Sur le plan international, la diplomatie vietnamienne confirme son retour dans le concert des nations. En 2003, la capitale vietnamienne a accueilli les jeux d'Asie du Sud-Est, prouvant, malgré différents scandales de corruption, sa capacité à organiser des événements internationaux. Le 5e sommet de l'Asia-Europe Meeting (A.S.E.M., dialogue Europe-Asie) est ensuite organisé à Hanoi en octobre 2004. Le Vietnam joue à cette occasion un rôle d'intermédiaire non négligeable entre le Myanmar (Birmanie) et la communauté internationale. Aboutissement notable en octobre 2007 : le Vietnam est élu membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais c'est sur le plan économique que les enjeux sont les plus importants. Après le B.T.A., un accord commercial est trouvé avec l'Union européenne en février 2003 et la volonté de rejoindre l'O.M.C se concrétise en janvier 2007 (avec un léger retard par rapport à l'objectif officiel de rejoindre cette organisation en 2005). Le Vietnam a définitivement (ré)intégré la communauté et l'économie internationales.

Le Xe congrès du Parti communiste (avril 2006) confirme la continuité dans les orientations du régime. La transition du pouvoir à la troisième génération de leaders se fait en douceur : Nguyên Tân Dung prend la tête du gouvernement, Nguyên Minh Triêt devient président de la République et Nguyên Phu Trong est nommé à la tête de l'Assemblée nationale. Le compromis entre réformistes économiques du Sud (Nguyên Tân Dung et Nguyên Minh Triêt) et « idéologues » du Nord en charge de la stabilité politique (Nguyên Phu Trong) perdure. Nông Duc Manh, homme de consensus, conserve sa place de secrétaire général du Parti. Rompant avec une tradition établie, aucun dirigeant important n'est issu du Centre du pays. Ces grandes orientations ne changent pas à l’issue du XIe congrès en janvier 2011, dont les décisions sont confirmées par l’Assemblée nationale en juillet suivant. Nguyên Tan Dung est reconduit au poste de Premier ministre pour cinq ans. Le président de l'Assemblée nationale Nguyên Phu Trong devient secrétaire général du parti, tandis que Truong Tan Sang, originaire du Sud, remplace Nguyên Minh Triet à la tête de l’État.

Le Vietnam et ses 85,8 millions d'habitants (recensement de 2009) ont, au tournant du xxie siècle, définitivement tourné la page coloniale et repris leur place en Asie. Le pays, malgré des tensions récurrentes latentes, goûte (enfin) à des années pacifiées. Dans ces conditions, les énergies et la soif d'entreprendre sont libérées et, malgré l'emprise toujours aussi forte du Parti sur la vie politique et sociale, les succès économiques sont au rendez-vous. La pauvreté a significativement reculé. Mais la société vietnamienne change très vite. Elle entre dans une ère de consommation de masse et de communication (développement des médias) qui bouscule les valeurs. La jeunesse est fortement influencée par les cultures extérieures (coréenne, américaine...). En réponse, le pouvoir impose un discours sur les valeurs vietnamiennes – la « vietnamité » – basé sur la lutte contre les « fléaux sociaux », et rappelle régulièrement églises, presse et intellectuels à l'ordre. Ce choc des valeurs et des idéologies est potentiellement déstabilisateur. Les tensions sociales, particulièrement avec les ethnies minoritaires, nées de l'augmentation des inégalités et de la revendication des différences, s'accentuent. Outre les choix socio-politiques, le pays est en proie à une véritable crise d'identité : c'est la définition même de la vietnamité qui est en jeu dans les prochaines années. Les chocs des entrées en vigueur de l'A.F.T.A et de l'O.M.C. serviront sans aucun doute, à court terme, de révélateurs.

Matthieu SALOMON

5.   Archéologie

Le Vietnam, qui appartient géographiquement à l'Asie du Sud-Est, mais qui a fréquemment subi l'influence de son grand voisin chinois, possède une histoire culturelle complexe. Le nombre important de minorités ethniques encore présentes dans le pays révèle que de grandes diversités culturelles ont dû se manifester tout au long de son histoire. Depuis la fin de la guerre du Vietnam, les efforts de la recherche ont été essentiellement dirigés vers l'archéologie, et plus particulièrement vers la préhistoire où les Vietnamiens tentent de retrouver leurs véritables origines. L'étude des périodes historiques, de l'artisanat domestique et de l'art des minorités ethniques reste encore très timide mais le vif essor de l'activité touristique, qui incite les autorités à mettre en valeur le patrimoine culturel du pays, provoquera sans doute un rapide développement de ces disciplines.

  Le Paléolithique

Plusieurs fossiles d'Homo erectus ont été découverts dans le nord du Vietnam, attestant du peuplement de la région à la fin du Pléistocène moyennes restes d'Homo sapiens ont également été trouvés dans le Hoang Liên Son, mais aucun outil associé à ces fossiles n'a été mis au jour.

Des industries de type acheuléen ont été découvertes au nord (sites des monts Dô et Quân Yên, Thanh Hoa) et au sud du pays (Dông Nai et région de Hô Chi Minh-Ville). Trouvées en dehors de tout contexte culturel, elles ne peuvent pas être datées de façon absolue. Les archéologues vietnamiens supposent qu'elles remontent au Pléistocène moyen (— 500 000 ans).

L'industrie la plus ancienne qui ait été découverte dans un contexte précis (stratigraphie et association de restes de faune) est celle de Nguom, dont le site éponyme est situé dans le Bac Thai. Cette industrie, caractérisée par des outils sur éclats, présente de nombreux racloirs et pointes. La faune contient des espèces disparues et est caractéristique du Pléistocène. Le Nguomien semble dater de 35 000 à 23 000 B.P.

Le Sonvien, qui lui succède, est radicalement différent : les outils sont façonnés sur galets, et non plus sur éclats. Le galet est taillé de façon unidirectionnelle sur une seule face, en réservant le maximum de cortex sur les deux faces. Les outils les plus communs sont les choppers, taillés sur un galet entier ou sur un quart de galet, et les pics. Les sites se trouvent indifféremment en plein air ou dans des cavernes, et sont répartis dans le nord du pays. Cette industrie est datée de 23 000 à 13 000 B.P.

Le changement complet de typologie entre les outils du Nguomien et ceux du Sonvien semble correspondre au début du réchauffement atmosphérique de la fin du Pléistocène, qui a entraîné une modification du climat et un besoin d'outils mieux adaptés à un nouvel environnement.

Vers 18 000 B.P. apparaît une nouvelle industrie sur galet dans les grottes des régions calcaires septentrionales : le Hoabinhien. Il diffère du Sonvien par l'émergence de nouveaux outils caractéristiques : le sumatralithe (galet entièrement taillé sur une face et dont le cortex est conservé sur l'autre) et la hache courte. Dans les couches supérieures de certains sites hoabinhiens, on trouve en outre des haches au tranchant poli sur les deux faces. Les amas de coquilles abondent sur les sites ; les populations hoabinhiennes étaient en effet de grandes consommatrices de mollusques. La tradition hoabinhienne se perpétue dans certaines régions jusqu'à 4 500 B.P.

  Le Néolithique

Le Bacsonien, dont le site éponyme se trouve dans le Bac Thai, apparaît dès 9 000 B.P. et se prolonge jusque vers 4 500 B.P. Il est issu du Hoabinhien, et son extension géographique est sensiblement la même. Ses outils sur galet sont taillés, mais leur tranchant est poli. Une céramique grossière, qui reste toutefois très rare, fait son apparition.

Ce n'est qu'après le Bacsonien que se développe véritablement la production céramique. Elle est divisée au nord en deux traditions distinctes : celle de Quynh Van et celle de Da But. Cette dernière est issue du Bacsonien, et se situe sur le littoral du Thanh Hoa. On retrouve dans la phase la plus ancienne de cette culture, datée de 4000 avant J.-C. environ, les mêmes outils lithiques qu'au Bacsonien, accompagnés d'une céramique montée au battoir, à fond rond, avec des décors de cordelettes imprimées sur l'épaule des vases. Dans sa phase plus récente, vers 3000 avant J.-C., les haches en pierre sont plus petites, et souvent polies sur toute leur surface. La culture de Cai Beo (Haiphong) semble appartenir à la même tradition.

La culture de Quynh Van, située dans le Nghê Tinh, possède une céramique très particulière à fond pointu, montée au colombin et décorée au peigne, jusque-là inconnue au Vietnam et en Asie du Sud-Est. L'outillage lithique est différent de celui trouvé à Da But et à Cai Beo : il est composé de larges éclats travaillés sur les deux faces, sans trace de polissage. Cette absence de polissage à une époque tardive (de 3000 à 2000 av. J.-C.) fait supposer à certains archéologues que les outils lithiques étaient dégrossis sur ces sites avant d'être échangés, ou polis ailleurs. À la culture de Quynh Van succède celle de Bau Tro, qui est représentée dans le Nghê Tinh et le Binh Tri Thiên. La céramique et l'outillage lithique sont remplacés petit à petit par une poterie à fond rond, à décor de cordelettes, et par des haches et herminettes à épaulement polies. La présence de grandes houes suggère une société où l'agriculture tenait déjà une place importante.

Dans le sud, seule une culture néolithique tardive est véritablement connue, celle de Dông Nai, dont on retrouve les traces dans la province du même nom. Elle présente des céramiques au décor incisé et des herminettes à épaulement rectangulaire. Elle paraît être en relation avec certains sites du Cambodge et du nord-est de la Thaïlande.

  L'Âge du bronze

De nombreux foyers culturels de l'Âge du bronze se développent entre la fin du IIIe millénaire et celle du IIe millénaire avant J.-C. Les sites ont été principalement retrouvés dans les bassins des grands fleuves et sur le littoral. Dans le nord, les foyers sont nombreux et comportent des traits culturels différents les uns des autres. La culture de Hoa Lôc (littoral du Thanh Hoa), datant de la fin du IIIe millénaire au début du IIe millénaire, présente une céramique intéressante, inconnue dans les autres cultures, au décor varié ; certains vases ont un rebord quadrangulaire ou octogonal.Culture de Hoa Loc : matrices de terre cuite Des petits objets de bronze ont été découverts sur les sites, mais le mobilier lithique (haches et herminettes) reste prédominant.

Culture de Hoa Loc : matrices de terre cuite Dessin

Culture de Hoa Loc : matrices de terre cuite Matrices de terre cuite de la culture de Hoa Loc (d'après Pham van Kinh et Quang van Cay, «Van hoa Hoa Loc», musée d'Histoire, Hanoi, 1977). 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Dans la vallée du fleuve Rouge se développe à la même époque la culture de Phung Nguyen. La forme des céramiques y est variée, beaucoup d'entre elles comportent un pied élevé. Le décor est composé de lignes parallèles incisées entre lesquelles sont imprimés des pointillés. Les objets en bronze font leur apparition, mais, là encore, le mobilier lithique domine. La période du Bronze moyen est représentée par la culture de Dong Dâu (xive-xiie s. av. J.-C.). La céramique reste similaire à celle de la phase précédente ; seuls les décors se transforment en motifs curvilignes exécutés au peigne. La production d'objets en bronze augmente considérablement, et des moules utilisés pour leur façonnage ont été retrouvés sur certains sites. Le nombre d'herminettes rectangulaires en pierre polie reste tout de même important. Le Bronze final de cette même région est représenté par la culture de Go Mun, au début du Ier millénaire avant J.-C. Le mobilier en bronze y est abondant et ressemble à celui de l'Âge du fer, dans la culture de Dông Son. Les céramiques sont cuites à haute température, et certaines d'entre elles ont une forme carénée. Leur décor, géométrique, se compose de lignes, de petits cercles incisés et parfois de méandres en relief.

La vallée de la Ma (Thanh Hoa) connaît un développement culturel similaire, avec les phases de Côn Chân Tiên, Bai Man, puis Quy Chu. Dans la vallée de la Lam (Nghê Tinh), on ne connaît que la phase du Bronze ancien (Dên Dôi), qui semble entretenir des relations avec la culture de Phung Nguyen, et celle du Bronze récent (Ru Tran).

La connaissance des séquences culturelles de l'Âge du bronze dans la partie sud du Vietnam est encore lacunaire, et seuls quelques sites considérés comme appartenant au Bronze ancien ou au Bronze récent ont été retrouvés sur le littoral, entre Quang Nam-Da Nang et le Thuân Hai.

  L'Âge du fer

Aux alentours du viiie siècle avant J.-C. se développent simultanément les cultures de Dông Son au nord-1000 à -600. Le fer et les cavaliers et de Sa Huynh au sud. La première résulte en quelque sorte de la fusion des différentes cultures de l'Âge du bronze dans le nord du Vietnam. À cette époque, en effet, des formes spécifiques de bronzes se retrouvent dans les différentes régions du nord de façon à peu près uniforme, tandis que la céramique conserve ses caractéristiques régionales. Cuite à haute température, ses formes sont variées, mais son répertoire décoratif est beaucoup plus pauvre qu'auparavant, comme si toute l'attention se portait sur le décor des bronzes. Ceux-ci reprennent d'ailleurs les motifs de certaines céramiques des périodes antérieures. Les outils de fer sont forgés ou fondus. Les objets en bronze, d'une qualité exceptionnelle, comprennent surtout des haches pédiformes à tranchant asymétrique, des poignards à manche zoomorphe ou anthropomorphe, des situles tronconiques et des tambours. Les sites de la phase postérieure ont révélé aussi des objets de type chinois tels que des hallebardes ge, des épées longues ou des tripodes. Les tambours sont vraisemblablement le symbole le plus marquant de cette culture. Leur distribution n'est pas confinée au Vietnam : on en retrouve aussi dans les royaumes de Chine du Sud contemporains de Dông Son. Les liens culturels et commerciaux entre ces différentes régions semblent avoir été très importants. Les modes de sépulture des dongsoniens varient selon les sites : cercueils en forme de pirogue (Châu CanSépulture de la nécropole de Châu Can, Ha Son Binh), simples fosses sans cercueil (Lang Ca, ville de Viêt Tri), fosses recouvertes de blocs de pierre ou de tessons de céramique (Lang Vac, Nghê Tinh), etc. Les sépultures sont la plupart du temps accompagnées d'un riche mobilier funéraire (armes, outils, céramiques, tambours de bronze de taille normale ou miniatures, etc.). La culture de Dông Son persiste jusqu'à l'invasion chinoise, en 111 avant notre ère, qui porte un coup fatal à l'originalité de ses créations.

-1000 à -600. Le fer et les cavaliers Vidéo

-1000 à -600. Le fer et les cavaliers Métallurgie du fer. Assyrie. Renaissance grecque. Expansion scythe. Les Olmèques en Amérique centrale. Chavín dans les Andes. C'est dans de violents bouleversements que commence le Ier millénaire. Les grands empires du Bronze s'effondrent sous les coups de guerriers nomades, redoutables… 

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Sépulture de la nécropole de Châu Can Dessin

Sépulture de la nécropole de Châu Can Sépulture numéro 4 de la nécropole de Châu Can (d'après Luu Trân Tieu, "Khu mo co Châu Can", musée d'Histoire, Hanoi, 1997). 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Dans le sud du Vietnam, les sites de la culture de Sa Huynh sont répartis du Binh Tri Thiên à la vallée du Dông Nai. On y retrouve des outils et des armes en fer, de la céramique dont le décor fait appel simultanément aux techniques de l'incision, de la peinture ou de l'impression, et des parures de pierre ou de verre dont les éléments les plus représentatifs sont des boucles d'oreilles bicéphales en néphrite que l'on retrouve aussi en Thaïlande, aux Philippines et à Taiwan. Les sites d'habitat qui ont été fouillés ont révélé les vestiges de maisons sur pilotis. L' inhumation en jarre est le mode de sépulture caractéristique de cette culture qui a certainement contribué à la naissance de la civilisation Cham, le royaume du Champa s'étant formé sur les bases de la culture de Sa Huynh, sous l'influence de la civilisation indienne.

  L'occupation chinoise

La colonisation du Nord par les Chinois de 111 avant J.-C. à 939 après J.-C. impose aux Vietnamiens une esthétique toute différente qui met un terme à la vigueur des créations issues de la culture de Dông Son. Les sépultures pendant cette période sont construites en brique, comme il est d'usage alors en Chine du Sud ; leur mobilier suit également le modèle chinois, et seule la céramique présente parfois une certaine originalité.

Stéphanie SOUHAITÉ

6.   Arts

  Architecture et sculpture

De l'époque qui suit l'indépendance (xe-xie s.), autour des capitales qui se sont succédé dans la banlieue et sur le site actuel de Hanoi, ont été retrouvés des éléments d'architecture : briques inscrites, dalles de revêtement ornées, tuiles et ornements de toiture. La découverte de la tour bouddhique de Binh-son (près de Viêt-tri), qui est plus tardive (xiie s.), montre l'utilisation de ces décors en terre cuite. D'autres ornements, cette fois en grès, ont été trouvés au monastère Van Phuc de Phât-tich (Bac-ninh). Cet art bouddhique, influencé par la Chine et peut-être par les créations cham, se manifeste également dans les grottes décorées de fresques près de Thien-khe (Tuyên-quang).

Plusieurs monastères de l'époque Lý subsistent : celui de Quan-thanh (1010), la pagode Môt-côt (1049), pavillon de bois posé sur une colonne de pierre dressée au centre d'un étang, la pagode de Long-dôi-son (1121). L'autel de la pagode Thiên-phuc (Son-tây, 1132) marque la fin de cet art.

Il ne reste rien des palais des anciennes capitales vietnamiennes. Il faudrait fouiller dans la zone de Hanoi à Dai-la, à Hoa-lu, à Thang-long, explorer également la citadelle des Hô construite en 1397 (Thanh-hoa). Quelques vestiges subsistent de l'ensemble funéraire édifié au début du xve siècle par Lê Loi près du village de Lam-son. Deux motifs décoratifs vont désormais primer : la volute à arêtes et la flamme, par exemple au monastère de But-thap (1646-1647). Quelques belles sculptures de cette époque ont survécu, comme la statue du moine Minh-hanh (vers 1660), portrait dépouillé, d'une concentration admirable. Mais, dans l'ensemble, les influences chinoises, de plus en plus marquées, vont stériliser toute création dans le domaine de l'architecture officielle (palais et sépultures des Nguyen à Huê). C'est dans les villages, surtout au Tonkin, que se réfugie le véritable art de construire vietnamien. Les maisons communales, les dinh, où se réunissent les notables, où se concentre toute la vie religieuse (autour du génie tutélaire) et sociale de la communauté, perpétuent les antiques traditions locales ; longues structures en bois sur pilotis, autour d'une cour et en général à l'extérieur du village. Les plus remarquables de ces dinh sont peut être ceux de Dinh-bang (Bac-ninh) et de Dac-so (Ha-dông).

  La céramique

En l'absence de fouilles, la céramique n'est guère mieux connue que les autres arts vietnamiens. Là encore l'influence chinoise est présente, à tel point qu'il est souvent difficile, étant donné nos maigres connaissances des fours de la Chine du Sud, d'attribuer une provenance exacte à certaines pièces : Chine du Sud ou Nord-Vietnam.

Entre le xie et le xiiie siècle, on fabrique dans certains fours du nord du pays des urnes aux formes robustes, décorées de superbes motifs bruns dont les contours sont incisés sous une couverture beige. Contemporains, les céladons du Thanh-hoa ornés de dessins floraux restent proches de certaines pièces provenant de la Chine du Sud.

À l'imitation de la Chine, le Vietnam, entre le xive et le xviie siècle, produit de nombreux grès porcelaineux à décor peint en bleu sous la couverte. Ici la base est souvent revêtue d'un engobe brun chocolat appliqué en spirale au tour et au pinceau. Les pieds sont hauts, les décors végétaux sont divisés en registres horizontaux comme ce sera le cas également à Bat-trang. La couverte apparaît en général mate et d'un blanc chaud sur le corps porcelaineux assez fin. Le bleu varie du délavé au bleu noir.

Des fours de Thô-ha (Bac-ninh) sortent aux xvie-xviie siècles des céramiques de culte en terre cuite non vernissée, aux formes originales mais aux décors empruntés à la Chine. Des pièces assez semblables, cette fois en grès à couverte blanche, sont fabriquées à Bat-trang.

Forme typiquement vietnamienne, les pots à chaux servent à conserver humide la chaux qui accompagne la noix d'arec et la feuille de bétel. Sphériques, ces pots sont complètement fermés à l'exception d'un orifice circulaire sur le dessus de l'objet qui porte une anse ronde. Les fours de Bat-trang (à dix kilomètres de Hanoi) fournissaient une partie de la demande, que complétaient des commandes faites en Chine.

  Art décoratif et artisanat populaire

Il conviendrait de distinguer les ateliers travaillant pour les classes possédantes sinisées et l'artisanat domestique destiné aux besoins locaux.

Thèmes et techniques des ateliers sont d'inspiration chinoise. Le delta du fleuve Rouge, les régions du Thanh-hoa, de Nghe-an et de Ha-tinh constituent les principaux centres : fondeurs de cuivre, orfèvres, nielleurs (Bac-ninh), brodeurs (Hanoi et Bac-ninh), sculpteurs de meubles, incrustateurs (Hanoi et Nam-dinh), laqueurs (Hanoi et Bac-ninh).

L'ouvrier d'art vietnamien travaillait dans des ateliers, à l'origine familiaux. Le groupement en villages autour d'un saint patron a contribué certainement à uniformiser les techniques et à perpétuer les modèles. Mais la cour n'a suscité aucune émulation, se bornant à réquisitionner les meilleurs artisans pour travailler exclusivement dans les ateliers royaux.

Seuls échappent à l'emprise parfois stérilisante de la culture chinoise les jouets, les objets votifs, les ustensiles quotidiens, les tissages paysans.

Des estampes populaires, les exemples qui subsistent ne remontent guère au-delà de la fin du xixe siècle. Ces estampes sont essentiellement fabriquées à l'occasion du Têt, le nouvel an vietnamien, pour être collées sur les portes et dans les maisons. Imprimées à partir de planches de bois sculptées sur un papier de qualité variable, elles abordent avec une naïveté très colorée le domaine religieux, l'expression des vœux, les légendes et les romans, la satire de la société coloniale, la morale en images, les travaux quotidiens. Art conçu dans l'éphémère, condamné à disparaître avec la fête, mais qui exprime de façon très directe l'univers familier, le folklore, les aspirations profondes du peuple vietnamien.

Michèle PIRAZZOLI-t'SERSTEVENS

  La peinture moderne et contemporaine

Avec la fondation, en 1925, de l'école des Beaux-Arts de l'Indochine à Hanoi par le peintre français Victor Tardieu, les autorités coloniales reconnaissent un possible statut d'« artiste » aux vietnamiens jusqu'alors cantonnés dans la fonction d'artisan. Dans cette institution sont proposées les techniques classiques – l'emploi de la toile tendue sur châssis, du dessin en perspective, de l'anatomie et du rendu des formes par le modelé – et les techniques extrême-orientales de la peinture sur soie, sur papier de riz, l'art de l'encre et du laque, ainsi qu'une initiation à l'histoire de l'art des pays asiatiques. Il en résulte, entre 1925 et 1945, des œuvres que l'on peut qualifier de métisses par la synthèse qu'elles opèrent entre ces deux univers. Parmi les artistes importants de ce premier art moderne vietnamien, il faut citer Nam Son (pseudonyme de Nguyen Van Tho, 1890-1973), Nguyên Phan Chanh (1882-1984) et ses peintures sur soie, To Ngoc Van (1906-1954) peintre de la figure féminine, Mai Trung Thu (1906-1980), Lê Pho (1907-2001) et Nguyên Gia Tri (1908-1993) maître du laque. Ces jeune artistes exposent leurs œuvres à Hanoi, Saigon, Paris et jusqu'à San Francisco. La Seconde Guerre mondiale vient interrompre cet essor.

En 1954, l'école de Hanoi reprend ses activités, sous la dénomination d'École supérieure des beaux-arts du Vietnam, et Tran Van Can (1910-1994), dont l'œuvre se teinte de lyrisme révolutionnaire, en sera le directeur jusqu'en 1964. L'esthétique dominante adopte les canons du réalisme socialiste : paysans dans les rizières, ouvriers dans les usines, portraits de héros du travail, de militaires et du président Hô Chi Minh forment des thèmes récurrents, tout en conservant une dimension humaine. Les artistes associent aussi des formes d'art populaire à leurs pratiques. Ainsi Nguyên Tu Nghiem (né en 1922), tout en revendiquant l'apport de Klee, Picasso ou Miró, intègre à ses œuvres des éléments tirés des danses traditionnelles pour élaborer des compositions rythmées et colorées qui entendent traduire l'âme vietnamienne. Son ami Bui Xuan Phai (1920-1988), le plus célèbre des artistes vietnamiens, s'inspire du théâtre traditionnel chéo et donne de multiples vues de Hanoi, cernées de noir dans un style particulier. Par ses représentations de personnages anonymes et hallucinés, Tran Trung Tin (né en 1933) tente de conjurer les années de guerre. Dans son ensemble, l'art hanoien reflète la volonté de formuler une peinture irréductible aux modes internationales, mais traduit aussi son isolement face aux grands courants de l'art occidental. À cet égard, l'école des Beaux-Arts créée en 1955 au sud par la république du Vietnam, création consécutive à la partition du pays, maintient le contact avec les mouvements de l'abstraction américaine.

Deux « écoles » persistent, l'une à Hô Chi Minh-Ville au sud, l'autre à Hanoi au nord. La première continue sur sa lancée abstraite et matiériste à travers le Groupe des dix et la revue My Thuat. À Hanoi apparaît une figuration violente et critique, due à des artistes tels la Bande des cinq ou la Triade de Hanoi. Trop jeunes pour avoir connu la guerre, ceux-ci, tels Nguyen Van Cuong (né en 1971) ou Truong Huu Tan (né en 1963), mettent en cause les nouvelles valeurs matérialistes et l'affairisme du Vietnam actuel.

Tout au long du xxe siècle, la peinture moderne vietnamienne a cultivé ses particularités, aussi bien à l'égard de l'Occident colonial en renouvelant des techniques traditionnelles asiatiques que vis-à-vis du modèle soviétique, en s'intéressant aux cultures populaires.

Universalis

7.   Littérature

Les fouilles archéologiques actuellement pratiquées par des chercheurs dans le delta du fleuve Rouge (Song Cáì) ont montré l'existence d'une culture vietnamienne préchinoise ayant déjà une certaine originalité, dans les cinq siècles précédant l'ère chrétienne. Pendant plus de dix siècles, de 111 avant J.-C. jusqu'en 939 après J.-C., le royaume de Âu-Lac, fondé par ces premiers Vietnamiens, est devenu une colonie chinoise. Ensuite, le Vietnam recouvre son indépendance en 1010. Il la perdra en 1884, année qui voit l'installation de la France en Indochine. L'influence chinoise décroît pour laisser la place à la culture française et occidentale qui apporte à la littérature vietnamienne un sang nouveau, jusqu'en 1954, année où le pays est divisé en deux États : la république démocratique du Vietnam, ou R.D.V.N. (dite Nord-Vietnam), et la république du Vietnam (dite Sud-Vietnam). Cette scission du pays en deux zones, totalement différentes du point de vue idéologique, influencera l'évolution de la littérature dans les deux camps.

Une histoire objective de la littérature vietnamienne devra donc nécessairement parler de ces deux facteurs (chinois et français) qui ont joué, chacun en son temps, un rôle capital dans son développement et son évolution. On distinguera la littérature la plus ancienne, orale, populaire, et la littérature écrite, de beaucoup la plus importante, et qui est la plus caractéristique de toutes les littératures extrême-orientales, n'ayant d'équivalent ni dans la littérature chinoise ni dans celle du Japon ou de la Corée.

  La littérature orale

On relève au Vietnam l'existence d'une littérature populaire de transmission orale, qui peut être considérée comme une littérature purement vietnamienne, préchinoise. Elle ne cesse d'ailleurs de se développer malgré l'emprise économique et culturelle de la Chine durant les dix siècles de domination directe et les dix autres siècles d'indépendance nationale. Elle comporte trois grands chapitres : les proverbes et les dictons, les contes folkloriques et enfin les chansons populaires.

Les proverbes et les dictons

Comme l'a remarqué M. Durand, la littérature du Vietnam comporte plusieurs genres de dictons. Ce sont soit des dictons proprement dits (tungũ), soit des adages, ou ngân gnũ', soit encore des dictons particuliers à un métier ou à une région, les phu'o'ng ngôn. Ces dictons peuvent encore se présenter comme des aphorismes (cách ngôn) ou des préceptes (châm ngôn). Ils sont essentiellement l'œuvre du peuple et les auteurs ne sont jamais connus. Ils ont souvent leur origine dans la vie courante et peuvent être des observations pratiques transmises de siècle en siècle et protégées dans la masse. On distingue, parmi ces proverbes et dictons, plusieurs catégories, suivant la longueur des termes ainsi que la place des rimes. Comme la langue vietnamienne est monosyllabique et chantante – comportant six tons –, la plupart des dictons sont rimés pour être retenus plus facilement, et les gens du peuple, comme d'ailleurs les lettrés des classes aristocratiques et mandarinales, aiment émailler leur conversation courante de dictons qui sont reconnus par tout le monde comme des symboles de sagesse ou des règles de bonne conduite. Mais il existe aussi des dictons sans rimes, souvent sous la forme d'un parallélisme, ainsi : « Quand on est rassasié, on est doux comme des Bouddhas ; mais si on a faim, on se conduira comme des diables » ; cette recherche du parallélisme et du dualisme est très importante et très commune en littérature populaire comme en littérature savante, aussi bien en Chine qu'au Vietnam. On trouve aussi des proverbes sans rimes et sans parallélisme ; ce sont alors le plus souvent des phrases habilement rédigées.

Les contes folkloriques

Le domaine du folklore vietnamien est immense et les contes folkloriques sont très variés. Leurs origines sont d'ailleurs multiples, du fait que le Vietnam, bloc national, ne renferme pas moins de soixante nationalités. C'est pourquoi ils peuvent provenir, tout d'abord, des divers faits de l'histoire vietnamienne remontant à l'époque préhistorique et préchinoise, ou ils peuvent être la version vietnamienne de contes chinois recueillis par la suite dans des légendaires vietnamiens compilés dès le xive siècle, comme le Viêt –Diên U linh tp ou le Linh Nam chích quái. Ils peuvent aussi s'inspirer des jatakas de la littérature bouddhique, ou des contes cham décalqués. Il est à noter que tous les thèmes du folklore international s'y retrouvent, l'histoire de Cendrillon par exemple. L'étude du folklore vietnamien, si riche et encore si peu connu, outre le plaisir que procure sa lecture, peut enrichir le trésor commun du folklore de l'humanité. D'ailleurs le conte est un instrument très bien adapté à l'expression des idées et des sentiments, et il n'est pas soumis à des règles fixes, contrairement aux proverbes et aux chansons. Il existe même une certaine portion de contes osés, grivois, voire érotiques, qui font partie d'une tradition anticonformiste chère aux Vietnamiens de tout temps. Soumis pendant près de vingt siècles à l'influence contraignante du confucianisme chinois, le Vietnamien a su employer l'arme des faibles pour se moquer du joug de l'impérialisme chinois ou de la monarchie absolue des rois vietnamiens. Grâce à ces contes grivois et satiriques, le peuple vietnamien semble vouloir étaler en plein jour ses désirs, ses aspirations à plus de liberté, et dans ces contes fourmillent des critiques mordantes contre le roi, des attaques caustiques contre les mandarins prévaricateurs, les lettrés serviles et les médecins charlatans...

Les chansons populaires

S'il est vrai que, comme l'a dit Chateaubriand, « les hommes chantent d'abord, ils écrivent ensuite », cette assertion peut être confirmée au Vietnam, où, de tout temps, l'homme du peuple aime la chanson, qui paraît être la marque la plus ancienne et la plus manifeste du génie littéraire. Dans le Vietnam des anciens temps où la liberté d'écrire n'existait pas, le chant a donc tenu une place prépondérante, car il est la seule arme laissée aux faibles contre un pouvoir despotique. Les chansons vietnamiennes paraissent se rattacher au genre des cantilènes, courtes, vives et rapides, composées de manière à se fixer aisément dans la mémoire des plus simples, et pouvoir par là se répandre dans le peuple (G. Cordier). Ces chansons sont très nombreuses : les berceuses, les chansons pour enfants, celles des corps de métiers, les chansons morales, instructives, sociales, et surtout les chansons d'amour qui occupent une place prépondérante. À cette catégorie se rattachent les Hát Trông Quân (avec accompagnement du tambour) et les Hát Nói (interprétées par des chanteuses et accompagnées de claquettes), spécifiques au Vietnam. Avant l'installation française, la corporation des chanteuses était très importante. Douées pour chanter, déclamer des vers, improviser quelquefois, et dotées d'une certaine facilité de repartie, celles-ci se produisaient lors de certaines fêtes religieuses et surtout après des repas de cérémonie, dans des dîners où elles jouaient le rôle d'« hôtesses ». Leur répertoire est formé de chants de langue populaire composées en vers hexamétriques et octamétriques (Luc Bát), ou encore de petites poésies sur des rythmes divers et pouvant s'appliquer aux différentes circonstances. Les auteurs de ces chants sont souvent inconnus, ou bien ce sont des poètes et des lettrés versés à la fois dans la littérature chinoise et la littérature vietnamienne.

  La littérature écrite

Littérature chinoise

La littérature écrite occupe une place prépondérante dans l'histoire de la littérature vietnamienne. Il semble que les Vietnamiens d'avant l'ère chrétienne aient utilisé un système d'écriture propre, que l'écriture chinoise importée par les colons et les militaires chinois dès le ier siècle avant J.-C. aurait supplanté. Au cours des dix siècles de domination chinoise, le Vietnam est devenu un pays plus structuré du point de vue politique. Les systèmes religieux et philosophiques chinois (confucianisme, taoïsme, bouddhisme chinois, par exemple) ont modifié le comportement des Vietnamiens ainsi que leur esprit. L'enseignement se fait en chinois, et il se constitue une classe de lettrés vietnamiens dirigeants qui connaissent bien la littérature et la philosophie chinoises. Cet enseignement se répand dans tout le pays et les Vietnamiens comprennent parfaitement le chinois tout en le lisant à leur manière. Cette prononciation à la vietnamienne des caractères chinois est peut-être la prononciation chinoise apprise à l'époque des Han ou des Tang et qui s'est conservée et modifiée par la suite sous les dynasties vietnamiennes indépendantes. Les Vietnamiens se sont transmis cette ancienne prononciation chinoise qui a ensuite évolué selon les tendances propres à la phonation vietnamienne, tandis qu'en Chine la prononciation chinoise se transformait aussi selon d'autres lois propres à la linguistique chinoise. M. Durand a justement rappelé ce phénomène comparable, « toute proportion gardée, à celui du français canadien ». L'instruction en chinois eut donc des conséquences incalculables sur l'évolution de la civilisation et de la littérature vietnamiennes. Les rois vietnamiens organisaient des concours triennaux pour recruter les fonctionnaires et les mandarins. Les programmes d'études étaient, à peu de choses près, les mêmes qu'en Chine.

Toute la littérature vietnamienne, depuis ses débuts jusqu'à la fin du xixe siècle, porte fortement l'empreinte chinoise, et la plupart des manuscrits ou des livres xylographiés (selon certains documents, un moine bouddhiste vietnamien, du nom de Tín Hoc, mort en 1190, avait un père imprimeur), c'est-à-dire toute la littérature savante du Vietnam, sont écrits en chinois. Le chinois a presque le même rôle que le latin dans l'Europe médiévale. Le bouddhisme, qui a été introduit au Vietnam dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, connaît sous la dynastie des Lý (1010-1214) et des Trân (1225-1400) un très grand essor. Les bonzes bouddhistes, étrangers et vietnamiens, sont vénérés par les rois et la classe intellectuelle. La philosophie bouddhiste mélangée au taoïsme chinois donna naissance au Vietnam à une nouvelle éthique et à un nouveau mode de pensée fondé sur la douceur et sur la croyance que les actes vertueux contribuent au salut éternel ou, du moins, à l'amélioration des vies ultérieures. Les rois des deux dynasties Lý et Trân aimaient se retirer dans une pagode pour finir leur vie dans la méditation. En même temps, ils avaient aussi le désir d'améliorer la qualité de la vie du peuple. Cette synthèse du taoïsme chinois avec le bouddhisme sino-hindou s'est concrétisée au Vietnam sous la forme d'une entente parfaite entre le peuple et les autorités royales, et aussi par la formidable éclosion d'une littérature religieuse et philosophique qu'on ne retrouve plus après le xve siècle. Les moines bouddhistes, qui sont d'ailleurs les plus cultivés du xie au xive siècle, ont laissé de nombreuses poésies (écrites en chinois) sur les principaux thèmes de la pensée bouddhique : non-permanence du monde terrestre, vanité de la vie humaine, mérite des actes vertueux, joie dans la solitude, et ainsi de suite. De nombreux documents de cette période n'ont pas encore été retrouvés, mais à travers les appréciations de l'encyclopédiste Lê Qúý –Dôn, dans son livre Kiên văn tiê'u luc (Petit Recueil de choses apprises), on peut considérer cette période comme l'une des plus fécondes de la littérature écrite en chinois. Celle-ci, d'ailleurs, se développa de plus en plus au long des siècles, et l'on constate au cours des xve, xviie et xviiie siècles une floraison d'œuvres en chinois qui concernent toutes les branches de la littérature, autant la poésie que les annales officielles, la médecine. Même dans le cas du théâtre vietnamien dont il sera question au chapitre de la littérature nôm, l'influence chinoise est très nette, et les auteurs vietnamiens ont composé des œuvres théâtrales dans lesquelles la langue populaire se mélange intimement avec la langue chinoise, prononcée toujours à la vietnamienne, c'est-à-dire incompréhensible aux Chinois.

Certaines œuvres chinoises des écrivains vietnamiens ont été reconnues comme ayant une très grande valeur par les Chinois eux-mêmes : ainsi le livre sur l'histoire et la géographie du Vietnam An Nam Chí Lu'o'c de Lê Tă′c, au xive siècle, et le recueil de contes et récits concernant le Vietnam du xiiie siècle et rédigé par Lê Trù'ng, le Nam Ông Mông Luc.

Cependant, malgré la forte pression chinoise, les anciennes croyances et superstitions du peuple vietnamien n'ont jamais été détruites ou supplantées. Au contraire, une bonne partie de la littérature vietnamienne est consacrée aux histoires des génies, des « puissances invisibles du pays de Viêt » ; habilement exploitées par les historiens et les ethnologues actuels.

Une autre influence heureuse du chinois sur la culture du Vietnam fut la création de la littérature nôm.

Littérature nôm

En dehors des textes purement chinois de la littérature vietnamienne, il existe des œuvres en langue nationale, rédigées en nôm. Ce mot, purement vietnamien, veut dire : « populaire », « démotique », « vulgaire ». La littérature nôm est donc une littérature transcrite à l'aide de caractères chinois. Les caractères nôm sont formés à l'aide de caractères chinois, soit utilisés seuls mais prononcés d'une façon particulière et présentant un sens différent, soit en combinés (généralement deux caractères accolés). Dans ces combinaisons, l'un donne le son (M. Durand l'appelle le « phonétique »), l'autre le sens (le « sémantique »). Selon l'écrivain Lê Du', l'emploi des caractères nôm pourrait remonter jusqu'au iie siècle après J.-C., sous l'administration chinoise de Si Nhiêp qui a vulgarisé l'enseignement des classiques chinois. Les caractères nôm, qui représentent les sons purement vietnamiens de la langue populaire, permettent souvent de préciser le sens des mots qui, sans l'apport de l'élément sémantique, resteraient imprécis. En outre, il faut souligner qu'un texte nôm présente, dans de nombreux cas, une part de mots purement chinois mêlés aux mots nôm proprement dits. Si bien que, pour comprendre un texte nôm, il faut avoir une parfaite connaissance de la langue vietnamienne parlée et de la prononciation vietnamienne des caractères chinois ainsi que de la littérature chinoise ancienne.

L'étude du nôm présente, en plus de l'intérêt littéraire et philologique, un intérêt linguistique qui touche à la sémantique vietnamienne et à la phonétique comparée des langues du Sud-Est asiatique par rapport à la langue chinoise. La littérature écrite en nôm, dont on commence à retrouver certains documents remontant au xiie siècle, est essentiellement composée d'œuvres poétiques, de romans en vers longs. Ces vers se présentent sous la forme de vers à six pieds alternant et rimant avec des octosyllabes, la langue vietnamienne étant une langue monosyllabique comportant six tons. On peut citer comme exemple le roman en vers le plus long de la littérature vietnamienne, le Kim Vân Kiêu, comprenant 3 254 vers hexamétriques et octométriques. Il existe sept à huit traductions françaises de ce roman, sans compter les traductions en langues allemande, anglaise, russe et chinoise. Grâce à la littérature écrite en nôm, on possède d'importantes œuvres poétiques laissées par de grands poètes et littérateurs. Du xiie au xive siècle, cette littérature fournit des thèmes littéraires qui persistent encore jusque dans la littérature actuelle, tels que l'héroïsme des Vietnamiens dans leur lutte contre les envahisseurs mongols au xiiie siècle, le courage indomptable du grand général Trân Hu'ng –Dao, l'indéfinissable mélancolie des Cham devant la destruction de leur pays, la sympathie des Vietnamiens devant les malheurs de leurs ennemis vaincus. Les œuvres poétiques les plus connues datent du xve siècle ; c'est le cas, par exemple, du Recueil de poésies en langue nationale de Nguyen Trãi, intitulé Quôc âm thi tâp. Nguyen Trãi (1380-1442) est l'une des figures les plus connues et les plus aimées du peuple vietnamien. Grand homme d'État, fameux stratège et poète, il a aidé le roi fondateur de la dynastie des Lê (1482-1789) à reconquérir l'indépendance du Vietnam occupé par les Chinois des Ming de 1400 à 1428. Grâce à ce recueil de poésies, on est au courant de l'état de la langue vietnamienne dans cette première moitié du xve siècle et des thèmes d'inspiration du poète (amour de la nature, de la frugalité, joie de se retrouver parmi le peuple, culte des vertus de l'honnête homme confucéen, dédain des honneurs). Ce xve siècle a produit également, sous le règne de Lê Thánh Tông (qui dura de 1460 à 1497), le Hông –Dú'c Quôc âm thi tâp (Recueil de poésies de l'ère de Hông –Dú'c), un des ensembles les plus anciens de la poésie vietnamienne transcrite en nôm. Il est l'œuvre commune de ce grand roi et d'un cénacle de lettrés éminents qui échangeaient des poésies composées et développées à partir d'un thème donné. Ce recueil, qui comprend plus de trois cents poésies, offre réunis la plupart des sujets favoris des poètes vietnamiens jusqu'à la fin du xixe siècle : les saisons, la lune, les fleurs, la nature, les pagodesPagode de Nghia An Hoi Quan à Cholon et les temples célèbres, la paix, la haute conception des devoirs du souverain et des mandarins. Telle qu'elle apparaît dans ces poésies du xve siècle, la langue vietnamienne est encore très lourde, gauche, gênée dans l'expression et nettement marquée par l'influence chinoise. Il n'empêche que ces deux recueils ont le grand mérite de montrer les premiers pas de la poésie purement vietnamienne et de constituer un document de première main sur la vie de cour, sous le règne d'un roi amateur de belles-lettres, et poète lui-même.

Pagode de Nghia An Hoi Quan à Cholon Photographie

Pagode de Nghia An Hoi Quan à Cholon Pagode de Nghia An Hoi Quan à Cholon, ville fondée par les Chinois au XVIIIe siècle, aujourd'hui intégrée à Hô Chi Minh-Ville. 

Crédits: John Elk, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Durant les xviie, xviiie et xixe siècles, la littérature nôm fait d'énormes progrès et le peuple vietnamien lui-même y a puissamment contribué. En effet, la lutte entre les différentes factions politiques obligea leurs dirigeants à tenter de s'assurer l'appui du peuple qui, lui, ne comprenait pas toujours la littérature savante écrite en chinois. Pour atteindre les gens du royaume, les autorités devaient employer l'écriture nôm représentant la langue nationale, la langue du peuple. Piqués au jeu, les lettrés et les poètes, en dehors de leurs écrits administratifs, trouvèrent plaisir à composer en nôm des pièces littéraires en vers ou en prose, qui étaient goûtées par la masse de leurs compatriotes. C'est ainsi que, peu à peu, la langue vietnamienne est devenue un instrument de composition artistique de plus en plus apte à exprimer toutes les nuances du sentiment et de la pensée. Les œuvres de valeur en nôm sont nombreuses au cours de ces trois siècles et se divisent soit en des poèmes longs et sentimentaux, soit en des romans en vers. Le goût populaire a retenu une dizaine de ces romans en vers longs dont les images poétiques et surtout la musique variée du vers vietnamien (en six-huit, ou en sept-sept-six-huit) ont le don d'émouvoir intensément l'auditeur. Parmi les ouvrages les plus célèbres, le Chinh phu ngâm (Complainte de l'épouse du guerrier) de la poétesse – Doàn Thi –Diê'm, le Cung Oán ngâm khúc (Complaintes d'une femme du harem) de Nguyn Gia Thiêu, le Hoa Tiên (La Lettre fleurie) de Nguyn Huy Tu', sans oublier le fameux Kim Vân Kiêu, de réputation internationale. Dans la période de transition entre le xviiie et le xixe siècle, on trouve les deux poétesses principales de la littérature populaire : Hô Xuân Hu'o'ng, la plus appréciée par « la vérité humaine de ses confessions, et un côté espiègle et même licencieux de nombre de ses poésies » (M. Durand), et la femme d'un préfet de la région de Thanh-quan, Nguyn Thi Hinh, dont les poèmes, de facture très élégante, ont fait les délices d'un grand nombre de lettrés et d'amoureux de la poésie populaire.

Le théâtre vietnamien occupe aussi une belle place dans la littérature nôm. La scène vietnamienne comprend deux variétés de théâtre. D'abord, le théâtre classique, nommé Hát tuông, qui aurait débuté en 1182 par la représentation de personnages réels de la cour royale ; il a pour thèmes des faits historiques de la Chine antique et du Vietnam. Ce genre de théâtre obéit à des règles conventionnelles qui régissent le jeu et les gestes des acteurs. Son répertoire comprend aussi des pièces d'une inspiration populaire certaine.

Mais c'est surtout le Hát chèo, ou théâtre populaire, qui est le plus ancien et le plus aimé de la masse. Il a comme origine des pastiches accompagnés de chants et de danses folkloriques. Il s'inspirait de la vie courante et servait d'arme à des auteurs, souvent inconnus, pour critiquer et même attaquer la royauté ou les exactions des mandarins. Bien qu'il soit nommé « populaire », ce théâtre est un mélange de parler populaire et de littérature savante, souvent émaillée d'allusions littéraires provenant des folklores chinois et vietnamien. On possède actuellement nombre de pièces du théâtre populaire et du théâtre classique transcrites en nôm. Malgré les péripéties de l'histoire, le théâtre populaire a conservé une vitalité incroyable. On peut le considérer aussi comme l'une des manifestations du courant anticonformiste et antigouvernemental cher à l'âme vietnamienne.

La littérature nôm présente cependant un inconvénient. Pour lire ou écrire le nôm, il faut connaître les caractères chinois ; de plus, la représentation des sons vietnamiens par l'écriture nôm varie suivant les régions, et il n'y avait pas une véritable codification officielle de caractères nôm. Ce handicap ne facilite pas la diffusion des œuvres littéraires. Comme l'influence chinoise décrut au Vietnam dès la fin du xixe siècle avec les débuts de la colonisation française, la littérature nôm devait forcément disparaître avec le déclin de cette influence. Heureusement, l'établissement de la France au Vietnam a donné un nouvel essor à la littérature vietnamienne, en remplaçant l'écriture nôm par l'écriture latine. La langue vietnamienne s'adapte bien à la transcription latine, en tout cas beaucoup mieux que la langue chinoise et même que la langue japonaise.

La littérature en « quôc ngũ' »

Les origines de la transcription de la langue vietnamienne par l'alphabet romain, la « romanisation », sont liées à l'histoire des missions catholiques dans le Sud-Est asiatique. Pour prêcher, les missionnaires qui étaient de nationalités diverses avaient noté les sons qu'ils entendaient à l'aide de l'alphabet romain, et ce sont les quatre langues d'origine de ces missionnaires (portugais, italiens, espagnols et français) qui avaient influencé le choix des transcriptions. Les prêtres catholiques avaient traduit tout d'abord le catéchisme et les vies des saints en s'aidant de la transcription en alphabet romain. Cette transcription en quôc ngũ' n'est pour ainsi dire pas sortie des milieux catholiques du xviie siècle à la fin du xixe siècle. Le père Alexandre de Rhodes, jésuite français, est considéré comme le diffuseur de ce système romanisé, qui a servi à rédiger des ouvrages encore parfaitement lisibles aujourd'hui. À la fin du xixe siècle, le gouvernement colonial français, pour détruire l'influence chinoise et asseoir la suprématie de la civilisation occidentale, adopta l'écriture quôc ngũ' pour tous les textes officiels et administratifs imprimés en vietnamien. De leur côté, les Vietnamiens, trouvant cette transcription fort pratique et utile, l'ont tout de suite reprise. Cette dernière ayant été unifiée et étant partout la même du nord au sud, la traduction des œuvres culturelles françaises et occidentales en vietnamien et leur diffusion ont été grandement facilitées. Grâce à l'écriture romaine, un enfant vietnamien peut apprendre à lire sa langue dans l'espace de un à deux mois. L'emploi de cette transcription a beaucoup aidé à la propagande des idéologies occidentales. Ainsi, l'influence française a été prépondérante au Vietnam, dès la fin du xixe siècle, et jusqu'aux environs de 1954. Elle a fait l'effet d'un sérum de jeunesse sur un corps frappé de sénilité. Grâce à l'écriture latine, on observe une renaissance de la littérature vietnamienne sous tous ses aspects, sans compter qu'elle a donné naissance au journalisme vietnamien et au nouveau théâtre parlé.

Sous la monarchie, il n'y avait pas de journaux. Leur apparition fut donc considérée par les Vietnamiens comme un heureux événement, bien que ces feuilles, imprimées tout au début de la colonisation, ne comportent que des nouvelles administratives. En 1865 parut à Saigon le premier journal vietnamien. Mais c'est à partir de la Première Guerre mondiale que le journalisme vietnamien connaît un prodigieux essor : parmi les revues et les publications les plus répandues, on peut citer le –Dông Du'o'ng tap chi, le Nam Phong, le Phong Hoá, le Ngày Nay. Bien qu'il existât un régime de censure, l'éventail des journaux était assez large, et tous portaient la marque de l'influence journalistique française. Tru'o'ng Vinh Ký, Nguyen Văn Vinh, Pham Qūynh figurent parmi les journalistes les plus appréciés d'avant 1940. Mais c'est dans le domaine du roman et de la poésie que l'influence française s'est révélée la plus forte et la plus heureuse. Autrefois, le roman vietnamien se composait de longs poèmes d'influence chinoise et à tendance moraliste (fidélité au roi, au mari, respect du maître, patriotisme, amour de la vertu, et ainsi de suite). Sous l'influence des littérateurs français dont les œuvres ont été traduites en vietnamien, comme Balzac, Alexandre Dumas, Victor Hugo, le roman vietnamien a changé de visage. Aussi le public vietnamien accueillit-il avec enthousiasme les deux premiers romans vietnamiens conçus et écrits par deux jeunes auteurs, Hoàng Ngoc Phách et Nguyen Trong Thuât, en 1925. L'influence de La Dame aux camélias est très nette dans le roman Tô Tâm.

L'année 1935 peut être considérée comme une année faste pour la culture française au Vietnam. Le conservatisme confucéen a reculé, et les jeunes Vietnamiens réclament l'abolition du féodalisme mandarinal, l'adoption de l'idéologie républicaine et démocratique, la liberté de la pensée et de la presse. Un groupe littéraire, le Tu' Lu'c Vǎn –Doàn, porte-drapeau de cette nouvelle couche sociale, a su promouvoir un style original, clair et concis, débarrassé de termes chinois sophistiqués et d'allusions littéraires compliquées. Cette fameuse équipe insuffla un courant nouveau et puissant dans tous les domaines de la vie vietnamienne. Un des poètes du groupe, Th&êacute ; Lũ', a été le créateur du mouvement Tho' Mó'i (Nouvelle Poésie). Son recueil de poèmes reçut un accueil des plus chaleureux. Cette poésie se remarque par l'emploi d'une langue claire et populaire, d'une métrique plus variée et plus libre, laissant au poète une totale liberté de s'épancher. L'influence des poètes français comme Verlaine, Rimbaud est très nette. Dans le domaine du théâtre, des auteurs comme Huyên –Dă′c, Doàn Phú Tú' représentaient une tendance qui voulait se libérer des entraves du passé pour imiter le théâtre français, plus naturel et plus vivant.

Peu à peu, la littérature vietnamienne a cherché à s'affranchir des canons du réalisme socialiste et à conquérir une marge de liberté, ce dont témoigne par exemple un mouvement comme « Ouvrir la bouche ». L'importance des revues, avec un goût certain pour le genre de la nouvelle, le rôle joué par Internet, qui contribue à l'effacement de la distinction entre les écrivains du Vietnam et ceux de la diaspora, sont autant de témoignages d'une vitalité reconquise.

NGUYÊN TRÂN HUÂN

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CAMBODGE

Écrit par :  Philippe DEVILLERSManuelle FRANCKChristian LECHERVYSolange THIERRY Universalis

Dans le chapitre "Dans l'orbite du Siam"  : …  Au début du xviie siècle cependant, commença à se faire sentir* l'influence vietnamienne, qui apparut alors comme un contrepoids possible à la domination siamoise. Après avoir paru s'accommoder de celle-ci, le roi Chey Chetta II (1618-1625) refusa l'hommage à Ayuthia, chassa la garnison siamoise qui occupait Lovek et, pour… Lire la suite
CAODAÏSME

Écrit par :  Paul LÉVY

…  au christianisme. Il s'apparente d'autre part au spiritisme et à la théosophie.  *La religion caodaïste fut fondée en 1919 par Ngô Van Chiêu, délégué administratif pour l'île de Phu Quôc, dans le golfe de Siam. Adepte du taoïsme, il évoquait les Esprits supérieurs par le truchement de jeunes médiums. Il fut ainsi mis en rapport avec CaoLire la suite
CHAMPA ou CAMPĀ

Écrit par :  Albert LE BONHEUR

Dans le chapitre "Après l'an 1000"  : …  *Désormais l'histoire du Champa n'est plus que celle de sa lente absorption par le Dai Co Viet (appelé, à partir de 1054, Dai Viet). Plusieurs fois envahi et battu par les souverains de la dynastie vietnamienne des Li, ayant de surcroît à réprimer les rébellions du Pānduraṅga encouragées par les Khmers, le Champa doit, en 1069, céder trois provinces… Lire la suite
CHINE - Histoire jusqu'en 1949

Écrit par :  Jean CHESNEAUXJacques GERNET

Dans le chapitre "Les Han (206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.)"  : …  Darya) ; – entre 120 et 105, pénétration au Guangdong, au Yunnan et dans le bassin du fleuve Rouge (*Vietnam). Annexion du royaume indépendant de Nan Yue (Guangdong, Guangxi et nord du Vietnam) ; – entre 128 et 108, expéditions par terre et par mer contre la Corée, dont le nord et le centre sont annexés à l'Empire Han et colonisés. Ces parties de la… Lire la suite
CHINE - Histoire de 1949 à nos jours

Écrit par :  François GODEMENTValérie NIQUET

Dans le chapitre "La Chine dans les guerres de Corée et d'Indochine"  : …  étrangères et négociateur chinois à Genève, conseilla-t-il au Vietminh d'accepter la division du* Vietnam de part et d'autre du 18e parallèle, plutôt que d'insister sur sa réunification immédiate. Sous l'attitude de combattant du camp socialiste perçait déjà la stratégie du cavalier seul qui caractériserait la Chine après 1960. La… Lire la suite
COMMUNISME - Histoire économique des pays communistes

Écrit par :  Marie LAVIGNE

Dans le chapitre "Pays socialistes non européens : des évolutions spécifiques"  : …  en symbolisant l'industrialisation par la course du légendaire cheval ailé Tcheullima. Au *Vietnam, la stratégie a été adaptée aux nécessités de la guerre et de la reconstruction, l'occupation du Cambodge venant, après 1979, relayer l'effort de guerre nationale ; le pays a dû associer un objectif d'autosuffisance agricole à celui de… Lire la suite
CONFUCIUS & CONFUCIANISME

Écrit par :  ETIEMBLE

Dans le chapitre "Diffusion du confucianisme"  : …  péninsule coréenne, d'où la doctrine gagna le Japon. Au xxe siècle encore, le *Vietnam en est marqué. Le culte des ancêtres y demeure un des premiers soucis, la piété filiale reste admise comme valeur suprême. On dit parfois que la « grande famille » vietnamienne n'a jamais eu le pouvoir tyrannique que le romancier chinois… Lire la suite
DA NANG, anc. TOURANE

Écrit par :  Universalis

… *Port de la côte septentrionale du Vietnam (province homonyme), Da Nang appartenait autrefois au royaume d'Annam. La ville fut cédée pour la première fois à la France en 1787 et érigée en 1888 en concession française distincte du protectorat d'Annam. Situé au sud d'une vaste baie en forme de fer à cheval, Da Nang est le principal port desservant les… Lire la suite
DÉCOLONISATION

Écrit par :  Charles-Robert AGERON

Dans le chapitre "La décolonisation française"  : …  gouvernements nationaux. Mais les milices armées du Viêt-minh réussirent à s'emparer du pouvoir au *Vietnam. Le 2 septembre 1945, le leader communiste Hô Chi Minh proclamait l'indépendance du Vietnam. Pour éviter d'entrer en guerre avec cet État révolutionnaire (la République démocratique du Vietnam) et avec les forces chinoises d'occupation au… Lire la suite
DIÊN BIÊN PHÛ (BATAILLE DE)

Écrit par :  Pascal LE PAUTREMAT

  *Encerclées dans un camp retranché, dans la cuvette de Diên Biên Phu, les troupes françaises commandées par le général de Castries résistent pendant cinquante-sept jours à l'offensive massive des troupes nord-vietnamiennes du général Giap, qui veut obtenir une victoire décisive après huit années de guerre. Privés de toute… Lire la suite
DUONG VAN MINH, dit LE GRAND MINH (1916-2001)

Écrit par :  Universalis

… Président du* Vietnam du Sud à deux reprises. Cet ancien sous-officier des forces françaises fait partie de la junte militaire qui renverse le dictateur Ngô Dinh Diem en 1963 avec l'aide des Américains. Il devient président du Sud-Vietnam mais, lâché par ces derniers au bout de trois mois, il est exilé en Thaïlande. Le « grand » Minh revient au… Lire la suite
DYNASTIE MING - (repères chronologiques)

Écrit par :  Pascal BURESI

…  le nom de règne de Yongle, inaugurant un des règnes les plus brillants de l'Empire (1403-1424). * Une armée chinoise de deux cent mille hommes met fin au royaume des Tran, qui dominaient le Vietnam. Transfert de la capitale de Nankin à Pékin. Un mouvement de libération dirigé par Lê Loi, qui fonde la nouvelle dynastie vietnamienne des Lê, chasse… Lire la suite
FIN DE LA GUERRE D'INDOCHINE

Écrit par :  Vincent GOURDON

  *Après huit ans de guerre entre forces françaises et Viet-Minh de Hô Chi Minh, soutenu par la Chine communiste, les accords de Genève, signés le 20 juillet 1954, marquent une étape décisive dans le processus de décolonisation asiatique entamé depuis 1945 et dans la progression du camp soviétique dans le Tiers Monde. L'… Lire la suite
GARNIER FRANCIS (1839-1873)

Écrit par :  Universalis

…  à la bataille de Chi Hoa, qui met un terme à la résistance menée jusqu'alors avec succès par les* Vietnamiens contre l'avance française vers le sud (Cochinchine). En 1863, sans renoncer à son grade dans la marine, Garnier rejoint l'administration coloniale récemment mise en place en Cochinchine en qualité de préfet de Cholon – ville jumelle de… Lire la suite
GENÈVE CONFÉRENCE DE (1954)

Écrit par :  Georges-Henri SOUTOU

… *La conférence de Genève réunit du 26 avril au 21 juillet 1954 les représentants des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'U.R.S.S., de la France, de la république populaire de Chine (dont ce fut l'entrée sur la scène diplomatique), des deux Corées, du Laos, du Cambodge, du Vietnam et du Viêt-minh. La conférence s'occupa d'abord de la Corée, puis… Lire la suite
GIA LONG (1762-1820) empereur d'Annam (1802-1820)

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *Né à Huê, Nguyên Phuc Anh fut le premier souverain de la dynastie des Nguyên ; en 1802, il se proclame empereur et prend le titre de Gia Long. Reconnu par la Chine en 1804, il donne à son empire le nom de Vietnam et fixe sa capitale à Phu Xuan. S'inspirant du code chinois des Qing, le sien, promulgué en 1812, remplacera le code Hong-Duc de la… Lire la suite
GIAP VÔ NGUYÊN (1911-2013)

Écrit par :  Christian LECHERVY

Seul* militaire des guerres d'Indochine à être célèbre à l'étranger, le général Vo Nguyên Giap est entré vivant dans la légende vietnamienne. Organisateur de l'Armée populaire du Vietnam, vainqueur des Français à Diên Biên Phu et auteur prolixe d'articles théoriques sur l'art de la guerre populaire, Vo… Lire la suite
GUERRE DU VIETNAM - (repères chronologiques)

Écrit par :  Olivier COMPAGNON

… * La conférence de Genève qui met un terme à la guerre d'Indochine, décide le partage provisoire du Vietnam en deux zones d'administration distinctes, de part et d'autre du 17e parallèle. Le Sud-Vietnam refuse d'organiser les élections prévues par les accords de Genève en vue de la réunification du pays. Les communistes sud-vietnamiens… Lire la suite
GUERRE FROIDE

Écrit par :  André FONTAINE

Dans le chapitre "Victoire communiste en Chine"  : …  que les mouvements communistes ou communisants d'Asie s'en trouvassent considérablement encouragés. *C'est le cas notamment de l'Indochine où les tentatives de la France de reprendre pied, après la défaite nippone, s'étaient heurtées au Viêt-minh, mouvement remarquablement organisé par Hô Chi Minh, vieux militant du Komintern. L'arrivée des troupes… Lire la suite
HAIPHONG

Écrit par :  Pierre TROLLIET

… *Deuxième port et centre industriel de la République socialiste du Vietnam (après la région d'Ho Chi Minh Ville), sur le Cuan Cam, bras nord du delta du fleuve Rouge, à quelque 30 kilomètres du golfe du Tonkin, Haiphong (710 000 hab. en 2005 dans la ville, 1,7 million dans l'agglomération), implantée sur le site d'un village de pêcheurs, est une… Lire la suite
HANOÏ

Écrit par :  Christian TAILLARD

… La* capitale du Vietnam est située au centre du réseau hydrographique du Nord, entre la zone de convergence du Song Da, du Song Lô et du fleuve Rouge et de divergence du delta, qui, par le Song Duong et par le fleuve, permet de gagner le littoral. Elle s'est inscrite, à la période précoloniale comme coloniale, dans l'un des premiers casiers… Lire la suite
HOA HAO

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *Secte néo-bouddhique vietnamienne à caractère extrêmement nationaliste et xénophobe, la société des Hoa Hao apparaît initialement dans la province de Châu Dôc, à la frontière du Cambodge. Son fondateur Huynh Phu So, dit le Bonze fou (Dao Khung), naît en 1919 dans une famille paysanne aisée ; atteint de fièvre, l'enfant est soigné par un ermite… Lire la suite
HÔ CHI MINH, NGUYÊN AI QUOC dit (1890-1969)

Écrit par :  Jean LACOUTURE

xxe siècle, Hô Chi Minh, fondateur et président de la république démocratique du *Vietnam, occupe une place exceptionnelle. Cela vient avant tout de ce qu'il a soutenu un combat plus long qu'aucun autre leader de ce temps contre l'hégémonie occidentale et l'impérialisme colonial. Alors que Mao Zedong n'était qu'un jeune… Lire la suite
HÔ CHI MINH-VILLE, anc. SAÏGON

Écrit par :  Christian TAILLARD

… Située* à l'articulation du delta du Mékong et de la zone deltaïque du Dong Nai-rivière de Saigon, Hô Chi Minh-Ville, l'ancienne Saigon, dispose d'une double origine : Cholon (« le grand marché ») ville-comptoir fondée par les Chinois en 1679 et devenue une importante place marchande, et Gia Dinh, chef-lieu de province dès 1698, dotée du statut de… Lire la suite
HUÊ

Écrit par :  Pierre TROLLIET

… *Importante ville de la République socialiste du Vietnam, Huê (280 000hab. en 2006) est située à 80 kilomètres au sud du 17e parallèle, sur la rivière des Parfums, à 10 kilomètres de la mer. Créée par les Chinois au iiie siècle, Huê devint vietnamienne au xive siècle, puis capitale impériale de l'… Lire la suite
INDIEN HISTOIRE DE L'OCÉAN

Écrit par :  André BOURDEJean-Louis MIÈGE

…  devint ensuite le champ clos où s'affrontèrent les influences communistes, maîtresses du Nord-*Vietnam, et américaines, tutrices militaires du Sud-Vietnam. L'Inde et Ceylan ont accédé à l'indépendance en 1947. Dans la partie occidentale de l'océan Indien, le déclin des puissances coloniales a multiplié partout organisations de résistance et… Lire la suite
JARAÏ

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *Le pays jaraï est situé sur le plateau de Darlac dans le sud du Vietnam ; Pleiku en est la ville principale. S'étendant à l'intérieur du Cambodge à l'ouest, il est contigu au pays rhadé au sud. La langue jaraï, parlée par 325 000 personnes, fait partie du groupe linguistique malayo-polynésien. On peut diviser l'ethnie jaraï en plusieurs sous-… Lire la suite
LAOS

Écrit par :  Philippe DEVILLERSMadeleine GITEAUChristian LECHERVYPaul LÉVYChristian TAILLARD

Dans le chapitre "Le corridor Est-Ouest et son double plus au sud"  : …  constitue une première pour la Région du Grand Mékong. Le triangle de développement Cambodge-Laos-*Vietnam, créé en 1999 à l'initiative du Vietnam, favorise la réalisation d'une nouvelle transversale, reprenant l'option la plus méridionale étudiée par la B.A.D. pour le corridor Est-Ouest. La route Pakse-Attopeu (Attapu), dans la partie méridionale… Lire la suite
LÊ DUAN (1907-1986)

Écrit par :  Philippe DEVILLERS

… *Secrétaire général du Parti communiste vietnamien à partir de 1960 et numéro un de la hiérarchie politique à Hanoi après la mort de Hô Chi Minh en 1969, Lê Duan est décédé le 10 juillet 1986. Il aura été sans doute l'artisan principal de la réunification de son pays. Fils d'un charpentier rural, il est né le 7 avril 1907 dans la province de Quang… Lire la suite
LÊ DUC THO (1911-1990)

Écrit par :  Universalis

… Homme politique *vietnamien, né le 14 octobre 1911 dans la province de Nam Ha Ninh (Vietnam), mort le 13 octobre 1990 à Hanoï. Membre fondateur du Parti communiste indochinois (P.C.I.) en 1930, Lê Duc Tho, de son vrai nom Phan Dinh Khai, est emprisonné par les autorités coloniales françaises de 1930 à 1936 puis de 1939 à 1944 en raison de ses… Lire la suite
LÊ LÓI (mort en 1433) empereur du Vietnam (1428-1433)

Écrit par :  Pierre-Bernard LAFONT

… *Fondateur de la dynastie des Lê, Lê Lói est un des héros de l'histoire vietnamienne. Propriétaire foncier au Thanh Hoa, il suscite en 1418 un mouvement de libération contre l'occupant chinois, qu'il va combattre pendant dix ans. Menant d'abord, avec des fortunes diverses, une guerre de guérilla contre les troupes d'occupation, il crée ensuite une… Lire la suite
LÊ THANH TÔN roi du Vietnam (1460-1497)

Écrit par :  Universalis

… Roi* du Vietnam (1460-1497), mort en 1497 à Dong Kinh (auj. Hanoï). Monté sur le trône en 1460, Lê Thanh Tôn lutte dans un premier temps pour asseoir son autorité mais réorganise par la suite le pouvoir. Il crée une administration centralisée suivant le modèle chinois et divise l'empire en treize provinces, elles-mêmes subdivisées en préfectures (… Lire la suite
LON NOL (1913-1985)

Écrit par :  Philippe DEVILLERS

…  désormais que du gouvernement, et non du prince. En mars 1970, Lon Nol entraîne son pays dans une *confrontation ouverte avec Hanoi et le Front national de libération du Sud-Vietnam, accusés d'utiliser le territoire khmer pour mener leur guerre contre les États-Unis. Il exige le départ immédiat de leurs forces. Son frère Lon Non obtient alors de… Lire la suite
MÂN

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *Appellation vietnamienne des Yao. L'origine et la répartition des différentes ethnies mân sont fortement controversées. Elles se divisent en six familles, issues des unions incestueuses que contractèrent entre eux les descendants de Panhu, leur ancêtre : les Mân Coc, Mân Tien, Lan Tien, Quan Trang, Quan Coc, Cao Lan. Les Mân sont installés à une… Lire la suite
MNONG

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *Tribus de langue môn-khmer, les Mnong, ou Moï, sont appelés Proto-Indochinois ou Montagnards, par opposition aux Vietnamiens (hommes des deltas et des basses terres) ; le nom moï (sauvage en vietnamien), péjoratif, n'est plus employé. Les Mnong pratiquent le ray ou nuïz (culture sur brûlis), abandonnent le champ à la… Lire la suite
MUONG

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *On considère généralement que les ancêtres des Muong (en langue thaï, muong signifie division territoriale) et des Viêt ont immigré vers le nord du Vietnam actuel, alors que les peuples de langue thai se dirigeaient vers les plaines et vers les hauts plateaux du nord de la péninsule indochinoise. Les Muong s'apparentent culturellement aux Thaï et… Lire la suite
NGÔ DINH DIEM (1901-1963)

Écrit par :  Universalis

… Homme*d'État vietnamien, né le 3 janvier 1901 dans la province de Quang Binh, dans le nord du Vietnam, mort le 2 novembre 1963 à Cholon, quartier de Saigon. Ngô Dinh Diem est issu d'une famille noble du Vietnam. Au xviie siècle, ses ancêtres furent parmi les premiers Vietnamiens à se convertir au catholicisme. Diem entretient des… Lire la suite
NGUYÊN LES (1802-1945)

Écrit par :  Philippe DEVILLERS

… *Fondée en 1802 par l'empereur Gia Long (ou Nguyên Anh, 1762-1820), la dynastie des Nguyên, qui établit sa capitale à Huê, sera la dernière à régner sur le Vietnam avant que la France impose sa domination. Parmi les empereurs qui marquent cette dynastie, il y a lieu de citer d'abord Minh Mang (1792-1841), fils de Gia Long, qui règne de 1820 à 1841.… Lire la suite
NGUYÊN VAN THIÊU (1923-2001)

Écrit par :  Universalis

… Président* du Vietnam du Sud de 1965 à 1975. Ce colonel de l'armée sud-vietnamienne participe au coup d'État qui renverse le dictateur Ngô Dinh Diem en 1963. Après une période troublée, il devient chef de l'État en 1965 mais n'exerce la réalité du pouvoir qu'après son élection à la présidence de la République en 1967 ; il est réélu en 1971. Après… Lire la suite
NORODOM Ier (1835-1904) roi du Cambodge (1860-1904)

Écrit par :  Universalis

…  liens entre les deux royaumes. Le Cambodge, vassal du Siam, reconnaît également la suzeraineté du* Vietnam depuis 1802. Le protocole veut que les rois du Cambodge soient couronnés en présence des représentants des deux suzerains. À la mort d'Ang Duong en 1860, Ang Voddey est choisi comme successeur, sous le nom de Norodom Ier, mais n'… Lire la suite
NORODOM SIHANOUK (1922-2012) roi du Cambodge (1941-1955, 1993-2004)

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *Roi du Cambodge de 1941 à 1955, puis de 1993 à 2004, Norodom Sihanouk est né à Phnom Penh le 31 octobre 1922. Fils de Norodom Suramarit et de Kossamak Nearireath, le jeune prince cambodgien Norodom Sihanouk fait des études à Saigon puis à Paris. Appelé à succéder à son grand-père le roi Sisowath Monivong le 23 avril 1941 (la monarchie cambodgienne… Lire la suite
L'ODEUR DE LA PAPAYE VERTE, film de Tran Anh Hung

Écrit par :  Michel MARIE

TranAnh Hung *Tran Anh Hung est né sous une bonne étoile, en 1962, à Danan au Vietnam. Il émigre en France alors qu'il a douze ans. Tran intègre plus tard la prestigieuse école des opérateurs de l'image et du son, l'école Louis-Lumière, et en sort diplômé, avec un premier court-métrage, LaLire la suite
PAVILLONS NOIRS

Écrit par :  Georges BOUDAREL

… *Le mouvement des Pavillons noirs (Heiqijun) s'insère dans le courant de repli des dissidences chinoises vaincues qui disparaissent dans la clandestinité des sociétés secrètes ou refluent vers le sud et la mer (royaume de Koxinga à Taiwan, royaume de Hadian, migrations Hmong) et se font récupérer en partie par les autorités vietnamiennes (armement… Lire la suite
PHAM VAN DÔNG (1906-2000)

Écrit par :  Christian LECHERVY

… *Celui que Hô Chi Minh appelait son autre moi est né le 18 mars 1906 dans la province de Quang Nai (au centre du Vietnam, sur la mer de Chine). Issu d'une famille de mandarins (son père était le secrétaire privé de l'empereur Duy Tan), il effectue ses études secondaires à Huê, où il a pour condisciple Vo Nguyên Giap et Ngê Dinh Diem, puis à Hanoi.… Lire la suite
PHUNG-NGUYÊN CULTURE DE

Écrit par :  Michèle PIRAZZOLI-t'SERSTEVENS

… *Les fouilles effectuées à Phung Nguyen (Phung-nguyên) au Vietnam (1959-1961), puis sur une vingtaine d'autres sites de la région (Phu-tho - Viêt-tri, au nord-ouest d'Hanoi) ont révélé l'existence d'une culture homogène allant du Néolithique tardif à l'Âge du bronze. Les sites de cette culture ont livré un grand nombre de haches polies de section… Lire la suite
QUATRIÈME RÉPUBLIQUE

Écrit par :  Pierre BRÉCHON

Dans le chapitre "La politique à l'égard des colonies"  : …  de Dien Bien Phu, Pierre Mendès France est élu président du Conseil pour trouver un accord : le* Vietnam est partagé en deux entre un nord concédé aux Viêt-minh et un sud pour les non-communistes. C'est une reconnaissance réaliste de la défaite militaire subie. En huit ans, près de 100 000 soldats et 400 000 à 500 000 civils ont été tués. En… Lire la suite
RAPATRIÉS

Écrit par :  Jean-Louis MIÈGE Universalis

Dans le chapitre "France"  : …  se réduisit de moitié entre 1950 et 1954. À cette date, la plupart des 34 500 Français demeurant au *Vietnam (dont 29 000 en Cochinchine) étaient des Eurasiens ou des Vietnamiens naturalisés. Dans les années suivantes, après la défaite de Diên Biên Phu, leur retrait allait s'accélérer. Bien que l'Égypte ne fût pas du domaine colonial français, on… Lire la suite
RÉFUGIÉS

Écrit par :  Pierre BRINGUIER Universalis

Dans le chapitre "Les différentes catégories de réfugiés"  : …  problèmes, notamment en Asie du Sud-Est. Les réfugiés de la mer de Chine en provenance du *Vietnam ont attiré sur eux l'attention de l'opinion mondiale à la fois par l'ampleur (près d'un million de personnes) et les circonstances particulièrement dramatiques de leur exode. Au-delà des préoccupations d'ordre humanitaire, fondamentales en l'… Lire la suite
RHADÉ ou RADAN

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *Étudiés en particulier par l'ethnologue français Georges Condominas et objets de différentes monographies dans le bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, les Rhadé se répartissent sur un territoire qui va des hauts plateaux du Darlac, dans le sud du Vietnam, jusqu'à l'intérieur du Cambodge. Leur groupe linguistique est malayo-polynésien. Le… Lire la suite
SAIGON CHUTE DE (1975)

Écrit par :  Olivier COMPAGNON

  *Le 30 avril 1975, Saigon, ville fondée au milieu du xixe siècle par l'administration coloniale française et devenue capitale du Sud-Vietnam après la partition du pays en 1954, tombe aux mains des troupes nord-vietnamiennes commandées par le général Van Tien Dung, au terme de plusieurs semaines de… Lire la suite
SAINTENY JEAN (1907-1978)

Écrit par :  Charles-Louis FOULON

…  à Hanoi, Jean Sainteny est nommé commissaire de la République pour le Tonkin et l'Annam du Nord. *À ce poste, jusqu'en mars 1947, il prend la mesure de la volonté d'indépendance des nationalistes vietnamiens et signe avec Hô Chi Minh les accords du 6 mars 1946, qui permettent aux troupes françaises du général Leclerc d'entrer sans combat dans… Lire la suite
THAÏLANDE

Écrit par :  Jean BOISSELIERAchille DAUPHIN-MEUNIERChristian LECHERVYChristian TAILLARDSolange THIERRY Universalis

Dans le chapitre "La dictature militaire (1957-1973)"  : …  communiste de Thaïlande (P.C.T.), en dépit de ses faiblesses, est lancé par ses parrains chinois et *vietnamiens dans la guerre. Sa propagande se nourrit de l'engagement américain en Indochine et des soutiens de la Thaïlande. Depuis 1962, Washington et Bangkok ont établi un partenariat stratégique, initié par l'accord bilatéral du 19 septembre 1950… Lire la suite
TON DUC THANG (1888-1980)

Écrit par :  Philippe DEVILLERS

… *Président de la république socialiste du Vietnam, pionnier et doyen du mouvement ouvrier vietnamien, Ton Duc Thang est né le 20 août 1888 dans une famille paysanne de la province de Longxuyen, dans ce qui était alors la Cochinchine française. Il fait son apprentissage à l'École pratique industrielle de Saigon dont il est diplômé en 1910. Il devient… Lire la suite
TRANSFERTS CULTURELS

Écrit par :  Michel ESPAGNE

Dans le chapitre "Postcolonialisme et transferts culturels"  : …  effet reposer sur une stratification dont seule une part correspondrait à une situation coloniale. *Si l’on prend l’exemple de l’histoire du Vietnam et si l’on fait même abstraction des rencontres et imbrications entre les nombreuses minorités ethniques qui, des Hmong aux Thaï, constituent l’ensemble vietnamien, on ne peut manquer d’observer d’une… Lire la suite
TRINH LES

Écrit par :  Yvan BARBÉ

… *À partir de 1620, la célèbre dynastie vietnamienne Lê n'exerçant plus aucune autorité réelle, le Vietnam se scinde : au nord, la dynastie des Trinh ; au sud, la dynastie des Nguyen. Les Trinh vont agrandir leur territoire, repoussant les frontières de l'État du Nord en deçà des différents royaumes lao du Mékong. Dès 1599, Trinh-Tung se fait nommer… Lire la suite
TRUONG CHINH (1907-1988)

Écrit par :  Philippe DEVILLERS

… *Truong Chinh (de son vrai nom Dang Xuân Khu), demeuré peu connu en Occident, a joué pendant un demi-siècle, et jusqu'à sa mort le 30 septembre 1988, un rôle de premier plan sur la scène politique vietnamienne. Né le 9 février 1907 près de Namdinh (Tonkin), il se lance très tôt, pendant qu'il poursuit ses études supérieures, dans la politique. Il… Lire la suite
TÚ DÚC (1830-1883) empereur d'Annam (1848-1883)

Écrit par :  Pierre-Bernard LAFONT

… *Sous le règne de Tú dúc, le Vietnam souffre d'exactions de bandes de pirates chinois jusqu'en 1851, de brigandage, de soulèvements (en particulier en 1854, 1862, 1874), mais le fait le plus marquant est l'intervention coloniale française. Dès son avènement, Tú dúc applique au pays une politique d'isolement rigoureux, refusant tout contact, même… Lire la suite
VO CHI CONG (1912-2011)

Écrit par :  Universalis

… Révolutionnaire communiste puis *homme d'État vietnamien, Vo Chi Cong fut l'un des pionniers de la lutte pour l'indépendance de l'Indochine française. Il occupa par la suite des postes clés au sein du Front national de libération du Sud-Vietnam (F.N.L.), connu sous le nom de Vietcong, puis du Gouvernement révolutionnaire provisoire (G.R.P.), pendant… Lire la suite
VO VAN KIET (1922-2008)

Écrit par :  Universalis

… Homme* politique vietnamien. Phan Van Hoa, issu d'une famille modeste du sud de l'Indochine française, prend le nom de Vo Van Kiet quand il adhère au Parti communiste vietnamien (P.C.V.) en 1938. Membre du Viêt-Minh (la Ligue pour l'indépendance du Vietnam), il s'engage dans la guerre d'Indochine (1945-1954), puis dans la guerre du Vietnam (1958-… Lire la suite

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Bibliographie

Géographie

P. Gubry dir., Population et développement au Viêt-nam, Karthala-C.E.P.E.D., Paris, 2000

Le Ba Thao, Vietnam : pays et régions géographiques, The Gioi, Hanoï, 2000

C. Taillard, Le Vietnam, émergence d'un nouveau dragon, in B. Antheaume, J. Bonnemaison, M. Bruneau et C. Taillard dir., Asie du Sud-Est, Océanie, Géographie Universelle, vol. 7, Belin-Reclus, Paris-Montpellier, 1995

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