« Le premier sentiment de l'homme fut celui de son existence, le second celui de sa conservation », déclarait Jean-Jacques Rousseau. Il est certain que les plus anciens témoignages que nous ait laissés l'humanité attestent le soin déployé de tout temps par l'homme pour conserver ses objets et ses outils. Un singe peut éventuellement se servir d'un bâton comme d'une arme, mais il le jette aussitôt après usage ; l'homme le plus primitif garde son outil jusqu'à ce qu'il soit usé et ne puisse plus servir ; de sorte qu'il en connaît le maniement, se familiarise avec son emploi et est ainsi amené à le perfectionner. La conservation se révèle donc un facteur essentiel de l'évolution et du progrès. Dès les origines, le sentiment d'un au-delà, sorte de prolongement de la vie terrestre, poussa l'homme à conserver les objets qu'il avait créés, en raison de la nécessité qu'il y avait à pourvoir le défunt d'objets et d'aliments propres à entretenir la vie. Peut-être même l'ocre rouge – couleur du sang –, répandue sur les cadavres dans les sépultures paléolithiques, répondait-elle à ce but, de même que, chez les Égyptiens, la coutume de momifier les cadavres. Dans certaines des plus anciennes civilisations, en Mésopotamie, en Chine et plus récemment chez les Scythes ou les Vikings, les funérailles d'un souverain temporel provoquaient des hécatombes d'animaux, voire de femmes et de serviteurs destinés à l'accompagner dans l'au-delà. Les Égyptiens entretenaient des inspecteurs des tombes royales, dont la mission particulière était d'empêcher les déprédations commises par les voleurs qu'attiraient les trésors déposés dans la sépulture des pharaons. Bien des tombes ayant été pillées dès l'époque pharaonique, de telles tentatives demeurèrent souvent vaines.
L'idée de conservation s'est attachée aussi à tout ce qui concernait le divin. C'est ainsi que chez les Égyptiens les temples étaient construits en pierre, tandis que les demeures profanes, celles même des souverains, étaient édifiées en matériaux périssables. Il en […]
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