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COMMUNICATION Les processus de la communication

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Objectifs et effets

Mécanismes

La communication a deux types d'objectifs chez un sujet. L'objectif primaire consiste à modifier l'état du destinataire, soit d'ailleurs l'état cognitif (le savoir), soit l'état affectif, soit les dispositions à l'action et l'action elle-même. On voit que les actes d'enseignement (par exemple, l'enseignement programmé) aussi bien que de persuasion (publicité, propagande) sont ici en cause. On peut parler alors de communication instrumentale (L. Festinger, 1953) ou alloplastique : modificatrice d'autrui. L'objectif dit secondaire, et greffé sans doute sur une fonction de pensée continue non codée, ou d'emblée plutôt primaire, consiste, dans le rapport avec un destinataire ou en l'absence d'un destinataire actuel, à user des instruments de communication (codes, langages) de façon dite consommatoire (Festinger), expressive ou autoplastique. Il s'agit d'une auto-emprise qui s'exerce indépendamment de toute considération d'effet sur autrui, par exemple, dans le rêve, la réflexion ou la méditation.

La communication autoplastique est capitale en elle-même. Et ce n'est qu'à travers son traitement que sa relation avec la communication alloplastique pourrait être éclairée. On supposera qu'elle est une sorte de basse (continue) accompagnant à la fois l'action et l'expression. On se limitera ici à souligner son association permanente avec la communication alloplastique dans le cours même de l'élaboration du discours.

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Voici un aperçu des nombreux travaux expérimentaux sur la persuasion, thème privilégié par la pratique sociale.

Le processus de persuasion dépend des variables usuelles liées au schéma de la communication et à tous ses éléments. Il est banal de montrer que la crédibilité de l'émetteur (prestige, compétence supposée...) est efficace. Ce l'est moins de trouver qu'il existe un effet dormeur (sleeper effect, G. I. Hovland et W. Weiss, 1951) qui montre que les bénéfices et handicaps dus aux différences de crédibilité tendent à disparaître avec le temps, le message finissant par avoir un effet autonome.

En ce qui concerne la structure du message, le point le plus important est sans doute celui de l'argumentation, unilatérale ou non. L'argumentation est-elle plus efficace quand elle tient explicitement compte de l'argumentation adverse ? Partis d'études faites sur le moral des soldats en temps de guerre (Hovland et al., 1949), les travaux aboutirent, avec W. J. McGuire (1961), à la théorie de la vaccination. Il s'agit de la défense contre les objections habituellement imprévues ; la mise en présence d'objections dosées semble créer un état de défense ou de vigilance qui rend les arguments positifs eux-mêmes plus efficaces et prévient l'effet d'objections plus étendues. En France, les travaux de R. Lambert et son équipe sur l'effet majoritaire et la polarisation (1969), de S. Moscovici et ses collaborateurs sur le rôle de la consistance dans l'influence minoritaire (1979) ont ouvert des voies nouvelles. G. Lemaine a particulièrement mis en évidence des processus de différenciation et d'originalisation (1974, 1976), en collaboration, sur ce thème et des thèmes voisins, avec B. Personnaz et J. Kastersztein.

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L'initiative du récepteur dans le choix des messages qu'il désire accueillir a été étudiée dans la perspective de la théorie de la dissonance cognitive (L. Festinger, 1957). Par exemple, il semble que le sujet, après une décision, soit mis en état de tension par le fait même de son choix, et recherche l'information concernant l'option retenue. Notons que ce résultat, déjà obtenu sous une forme voisine par J. M. Levine et G. Murphy (1943), a été expérimentalement mis en échec sous cette forme par D. Legras et M. Zaleska (1982). Ce n'est là qu'une allusion à l'analyse qu'imposerait un vaste domaine de recherche que G. de Montmollin a passé en revue (1977).

Diffusion

Ayant choisi de souligner les travaux expérimentaux, il reste à mentionner la communication et la diffusion massives, seulement sous l'angle de leurs rapports avec le domaine choisi.

L'articulation de ce domaine avec le précédent pourrait se trouver dans le type d'expériences qui fait apparaître l'évolution de la communication en fonction de la taille des groupes (E. J. Thomas et C. F. Fink, 1963). À mesure que le groupe s'accroît (déjà de deux à sept personnes), l'inégalité de participation s'accroît aussi : le groupe se concentre ou se latéralise. On sait les effets de la latéralisation (H. Leavitt, 1952 ; R. Pagès, 1955 ; J. Cazeneuve et R. Pagès, 1966), en tant qu'elle atténue ou supprime la rétroaction régulatrice du récepteur vers l'émetteur. En fait, il se constitue pour la grande diffusion certaines modalités de rétroaction dont les enquêtes sociologiques elles-mêmes sont une partie essentielle. Il reste que la gestion de la diffusion est en voie de concentration rapide à l'échelle des États et au-delà.

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Le correctif véritable est que le message central se diffuse sur des groupes déjà structurés et encadrés dont les initiatives d'information ou de persuasion circulent elles-mêmes de proche en proche (flux à relais – en anglais, two step flow).

On a émis l'hypothèse que ce mode de circulation répondait à une loi de type « gravitationnel », tel que le nombre de communications entre deux groupes est inversement proportionnel à la distance et directement proportionnel aux populations des groupes, des villes par exemple (cf. G. K. Zipf, 1946).

La nouveauté concernant la communication est peut-être moins dans son rôle social que dans la visibilité de ce rôle, liée à la mécanisation et à la spécialisation de secteurs du travail correspondants. En psychologie sociale, on peut considérer que les mécanismes d'interemprise demeurent la base de toute explication des phénomènes psychosociologiques, y compris de la constitution des codes linguistiques ou autres. Cette vue est-elle en contradiction avec la multiplication des intermédiaires mécaniques et avec le caractère concentré et de plus en plus collectif des émetteurs sociaux de communication ?

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D'un certain point de vue, il y aurait comme une autonomie des chaînes instrumentales sur lesquelles s'exercerait la prise de techniciens et qui la restituerait en astreintes sur les personnes dites de la base, les bases prédestinées de l'emprise. Cela ne nous trace pas le tableau d'évanouissement de l'emprise. Au contraire, l'emprise de sources oligarchiques pourrait s'exercer de façon d'autant plus efficace que le gigantisme de l'appareil diffuseur ferait l'effet aux bases d'un phénomène naturel, d'un nouveau fatum. C'est donc surtout l'interemprise qui suppose réciprocité, rétroaction, et qui pourrait souffrir d'une situation de centralisation où la diffusion tend à remplacer la conversation jusque dans les foyers. Situation eu égard à laquelle le terme symétrisant de communication pourrait devenir dérisoire. Plus que jamais le problème de la concentration des sources d'émission, dont la formalisation est esquissée par la théorie des réseaux, est à l'ordre du jour.

— Robert PAGÈS

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Écrit par

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., directeur de laboratoire de psychologie sociale, université de Paris-VII.

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