3. Analyse des messages
L'analyse des messages dans leurs relations avec les éléments du schéma de communication appelle toutes les formes d'analyse sémiologique et particulièrement d'« analyse de contenu » ou, mieux, de teneur. De la simple catégorisation des thèmes en vue de leur inventaire quantifié (Berelson, 1952) on passe de plus en plus à des méthodes liées à la fois à la linguistique, à la psycho-socio-linguistique et à l'informatique, visant à l'analyse automatique du discours, que ce soit à des fins documentaires, psychologiques, esthétiques, etc. (Pagès, 1967 ; Pêcheux, 1967). Cependant, il est clair ici que l'automatisme est ancillaire et sert à rendre possible ce que la masse des opérations segmentaires interdirait à la recherche manuelle.
Derrière la chaîne du discours, on cherche à reconstituer les claviers ou codes générateurs et les conditions mêmes dans lesquelles ils varient et s'élaborent (Pagès, 1955). L'analyse du discours n'est pas détachable du système dans lequel il est produit. Ce système n'est pas forcément en train de faire des interférences hypothético-déductives.
Le linguiste R. Jakobson montre que le message est spécifié dans sa nature par l'insistance que l'émetteur porte, soit sur ses propres affects (fonction émotive), soit sur les signifiés (fonction référentielle), soit encore sur le message particulier dans sa forme intrinsèque (fonction poétique), ou sur le destinataire (fonction conative). La fonction de prise et de maintien de contact avec l'interlocuteur (canal) et la fonction métalinguistique régulatrice du code sont des fonctions auxiliaires (Jakobson, 1963). Du point de vue psychologique, l'avantage de cette démarche est de restituer, à travers la stylistique, la communication linguistique à l'ensemble de la communication. Ainsi la fonction poétique vient contrebalancer l'arbitraire caractéristique du signe linguistique (qui l'écarte de toute valeur analogique avec le signifié) pour rendre au discours une valeur directement analogique (rythmes de type physiologique, rapprochements de sens à travers les sons).
À vrai dire, on peut penser que le discours poétique n'est si attentif à la forme du message que parce que cette forme a des propriétés irremplaçables, n'étant pas le véhicule d'un seul sens manifeste dans lequel elle se dissoudrait, mais d'une pluralité de messages latents en interaction qui sont simultanément assumés par le poète dans l'adhésion même qu'il a donnée à la forme qui les porte.
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