2. Le portail de la chartreuse de Champmol
Dès 1386, l'architecte Drouet de Dammartin avait donné les « traiz » du portail. Nous avons montré, textes d'archives à l'appui, que Jean de Marville avait prévu pour ce portail une ordonnance semblable à celle des portails des églises parisiennes du temps de Charles V, avec une statue au trumeau et une statue debout sur chacun des piédroits. La conception plastique plus ample de Claus Sluter dut s'adapter au bâti architectural ; celui-ci fut simplement élargi, pour y introduire deux statues de plus : d'où ce désaccord, souvent dénoncé, entre architecture et sculpture, dont le nouvel imagier n'est pas entièrement responsable.
Au milieu se tient la Vierge (en place en 1391) contemplant avec fierté l'Enfant Jésus dans un élan de tout le corps, qui fait tourbillonner les draperies en y creusant de profonds replis : on ne retrouve plus l'attitude statique des Vierges du xive siècle, leur sourire souvent conventionnel, le maniérisme de leur profil sinueux et le graphisme des plis du drapé. Sur des consoles à leurs armes sont agenouillés et tournés vers la Vierge Philippe le Hardi et Marguerite de Flandre (1393), étonnants portraits, d'un puissant réalisme, où ne sont tempérées ni la morgue du duc ni la laideur de la duchesse. Leurs protecteurs, saint Jean-Baptiste et sainte Catherine (1391), les accompagnent, disposés sur des consoles où discutent prophètes et docteurs de la Loi, figures prestement enlevées et non laborieusement modelées, comme celles de Bruxelles. Cette composition « théâtrale », qui anime le portail, s'adapte mal aux supports et sort du cadre trop étroit qui n'avait pas été conçu pour elle. Cependant, la position à demi fléchie des saints protecteurs n'est pas seulement une attitude de respect : elle contribue à créer un certain rythme, qu'accentue encore la cadence des gros bourrelets que forment les plis.
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