4. Le tombeau de Philippe le Hardi
Avant même d'avoir achevé les statues des prophètes, Sluter, déjà en proie à la maladie, se retirait en 1404 à l'abbaye de Saint-Étienne de Dijon ; mais la mort de Philippe le Hardi allait l'obliger à s'occuper du tombeau du duc. Les arcatures d'albâtre, conçues par Jean de Marville et exécutées par son atelier à partir de 1384, dictaient les proportions, le nombre et la disposition des statuettes. L'imagier s'engageait, le 11 juillet 1404, envers Jean sans Peur, à achever le tombeau dans les quatre ans, avec quarante « pleurants » semblables aux deux qui avaient été faits. Malgré l'espace très limité offert aux statuettes d'albâtre par les travées rectangulaires, divisées en deux par une arcature à « culots pendants », malgré les pilastres qui devaient masquer à demi les personnages des travées triangulaires, Sluter est parvenu à animer le cortège funèbre, tout en respectant l'ordre architectural. Jamais le thème des « pleurants », répandu depuis le xiiie siècle en Europe, n'avait connu un tel développement iconographique, ni une telle diversité d'attitudes, de gestes et d'expressions ; jamais encore n'avait été tiré un tel parti des amples manteaux de deuil et des chaperons à cornettes pour traduire des sentiments d'affliction. À sa mort, Claus Sluter laissa à son neveu et successeur Claus de Werve le soin d'exécuter la plupart des statuettes de pleurants, le gisant du duc, les anges porteurs du heaume et le lion couché aux pieds de la statue.
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