La statuaire de la chartreuse de Champmol révèle l'apparition à Dijon d'un art nouveau qui s'oppose au « gothique international » de la même époque, ainsi qu'on a pu le constater à l'exposition qui s'est tenue à Vienne en 1962 : « L'Art européen vers 1400 ». Elle est l'œuvre de Claus Sluter, imagier du duc de Bourgogne, dont le nom figure sur les empreintes de son sceau conservées aux Archives de la Côte-d'Or. Pendant plus d'un siècle, la sculpture bourguignonne porte la marque de l'art de Sluter ; mais l'influence de la plastique slutérienne a largement dépassé les limites du domaine des ducs de Bourgogne ; son profond réalisme a précédé celui de Jean van Eyck.
1. Un artiste hollandais
On ignore la date de naissance du sculpteur, qui se situe vraisemblablement au milieu du xive siècle. Son origine hollandaise est suggérée par une mention d'archives : Claus Sluter de Orlandes, et l'inscription de la dalle funéraire de son neveu, Claus de Werve de Hathein au comté de Hollande ; elle est confirmée par la mention de Claes de Slutere van Herlam au registre des tailleurs de pierre de Bruxelles, attestant qu'il a travaillé en Brabant vers 1380. On a voulu lui attribuer, sans preuve, les prophètes de l'ancien portail de l'hôtel de ville de Bruxelles. La tendance au réalisme que l'on observe sur ces statuettes de voussures, comme sur le décor de consoles de Bruges ou de Malines, ne s'applique ici qu'à des œuvres mineures. Est-ce suffisant pour que l'on puisse parler à leur propos d'art pré-slutérien ?
En Bourgogne, aucune œuvre ne préparait vraiment à l'art slutérien. La venue de Claus Sluter à Dijon, en 1385, renforçait l'équipe qui travaillait à la chartreuse de Champmol, fondée en 1383 par Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Les registres de comptes ne permettent pas de lui attribuer personnellement de sculpture pendant les quatre premières années qu'il travailla dans l'atelier de Champmol ; mais il dut s'affirmer comme le plus habile des collaborateurs de Jean de Marville, puisque, ce dern […]
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