2. Les maisons de jeux de hasard : réprimer ou réglementer ?
Faut-il interdire tous les jeux d'argent et, avec eux, les établissements qui en font commerce ? Les réglementer, ou les autoriser librement ? Il n'y a pas d'État, en réalité, où le commerce des jeux d'argent soit totalement libre. Mais entre les deux positions de principe – interdire ou réglementer – les gouvernements n'ont cessé de balancer.
Fait peu connu, c'est l'Inde antique qui offre le plus ancien exemple d'une pratique réglementée des jeux de hasard. Si l'on se fie à Kauṭilya, ministre du roi Candragupta (fin du ive siècle av. J.-C.) et auteur présumé du traité de gouvernement Arthaśhāstra, la passion des dés dans l'Inde ancienne était telle qu'il y avait sous les Maurya un surintendant du Jeu chargé de surveiller les lieux affectés à cette activité – les sabhā, véritables casinos avant l'heure –, de fournir (avec commission) des dés réguliers et honnêtes et de prélever 5 p. 100 sur le montant des enjeux. Ce système avait encore cours sous les Gupta au ive siècle apr. J.-C.
Pour autant, force est de constater qu'aucune des autres grandes civilisations antiques, pas même Rome ou la Chine des Han, n'a toléré les jeux d'argent. La réprobation du hasard en Occident est le fruit des lois romaines (Code justinien) et des réticences de l'Église. Cette dernière prend progressivement conscience du danger des jeux de dés, mais se trouve impuissante à les empêcher. Face à la montée des pratiques aléatoires, les souverains et autres autorités des divers pays européens réagissent en ordre dispersé. À un « front du refus », incarné par le royaume de France où Saint Louis interdit expressément, en décembre 1254, les écoles de dés (scholas deciorum, c'est-à-dire « assemblées de [joueurs] de dés ») puis prohibe, cette fois en français, la « forge des dez » (fabrication), en 1256, s'opposent d'autres pratiques, plus flexibles.
En Castille, le roi Alphonse X, après avoir sévi en 1268, proclame en 1276 l'Ordenamiento de las tafurerías (« ordo […]
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