3. Vers une sixième crise d'extinction
Avec le succès écologique et économique de l'espèce humaine, on est entré dans la sixième crise d'extinction d'espèces. Les cinq précédentes furent la conséquence de catastrophes géologiques (éruptions volcaniques...) ou astronomiques (chutes de météores), généralement suivies et amplifiées par des changements climatiques et, donc, écologiques. La crise actuelle s'en distingue parce qu'elle est le fait de l'homme (crise anthropique) mais aussi parce qu'elle s'inscrit sur une échelle de temps beaucoup plus restreinte et dans un espace géographique de plus en plus monopolisé par l'homme et ses activités. Elle menace les fondements mêmes d'un développement durable des sociétés humaines.
Elle a pour origine cinq phénomènes : la destruction des écosystèmes (pollutions, déforestation, fragmentation des habitats, etc.) ; la pression excessive sur les espèces exploitées (chassées, pêchées, récoltées ou utilisées à des fins industrielles) ; la prolifération d'espèces exotiques introduites ; le réchauffement climatique ; enfin, les extinctions en cascade qui résultent, par exemple, de la disparition d'une espèce clé. Mais la cause première est évidemment le succès écologique et technologique de l'homme, marquée par une croissance exponentielle de ses besoins en ressources et en espace.
Les estimations des taux d'extinction sont assez précises pour les groupes taxonomiques les mieux connus et les plus accessibles : vertébrés et plantes supérieures. Pour les autres groupes, on ne peut qu'avancer des extrapolations hasardeuses. Celles-ci sont fondées sur la relation qui existe entre richesse spécifique S (nombre d'espèces) et superficie du milieu A, et qui permet d'évaluer un taux d'extinction à partir d'un calcul simple de taux de déforestation.
La plupart des estimations des taux d'extinction produites dans la littérature spécialisée reposent sur un enchaînement d'extrapolations écologiquement fondées. Le point de départ est le constat d'une diminution croissante de la […]
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