2. Averroès et Aristote
C'est surtout comme commentateur d'Aristote qu'Averroès fut connu des Latins : il est pour eux « le Commentateur », comme Aristote est « le Philosophe ». C'est ainsi que Dante le présente, dans les Limbes, au milieu d'autres philosophes et savants : « Averroès, qui fit le grand commentaire » (Inferno, IV, 144). C'est aussi de cette façon qu'il commença sa carrière de philosophe : à l'occasion de sa présentation à Abū Ya‘qūb Yūsuf par Ibn Ṭufayl, Averroès fut sollicité par l'émir de commenter les ouvrages d'Aristote. Il se mit aussitôt à l'œuvre, et en une vingtaine d'années écrivit sur presque tous les traités du corpus aristotélicien. Le nom générique de commentaire en couvre plusieurs espèces distinctes ; la plus aisément reconnaissable est celle du « grand commentaire », où Averroès suit le texte pas à pas et formule les problèmes que suscitent certains passages, rapporte les solutions avancées par les commentateurs antérieurs, les examine, expose la sienne propre : cela donne lieu à des développements parfois très longs. Les « petits » et « moyens » commentaires ne se laissent pas toujours bien distinguer ; Averroès y expose de la façon qu'il juge la meilleure la matière du livre qu'il explique. Ajoutons qu'il a composé aussi de courts ouvrages (questions, traités, abrégés, etc.) sur un grand nombre de sujets philosophiques. Il faut noter d'autre part qu'un certain nombre de ces ouvrages ne nous sont pas connus dans leur langue originelle, mais dans des traductions hébraïques ou latines : citons, pour nous en tenir à un exemple, le grand commentaire du traité De l'âme, accessible dans sa seule traduction latine (dont le vocabulaire et la syntaxe pleine d'arabismes prouvent l'extrême littéralité).
Le respect d'Averroès pour Aristote est bien connu ; c'est une attitude naturelle de la part d'un commentateur. Mais l'éloge qu'il en fait va parfois jusqu'à lui attribuer plus qu'une supériorité contingente, et à conférer à son existence une signification pro […]
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