Si la distinction entre les formes d'art propres aux classes populaires et d'autres formes d'art propres aux élites cultivées est assez générale dans les sociétés stratifiées, la notion même d'art populaire n'apparaît qu'au xviiie siècle en Europe. Le mouvement historique d'éveil des nationalités et l'affirmation du droit des peuples à disposer d'euxmêmes font surgir le peuple simultanément comme un sujet de l'histoire, et comme un objet pour ces disciplines d'érudition qu'on nomme, au xixe siècle, folklore, Voskskunde, ethnographie. L'art populaire est alors diversement apprécié : tantôt valorisé, pour la force, la simplicité, la sincérité, voire la naïveté de ses créations ; tantôt déprécié, pour la rudesse, la maladresse, l'absence de style de ses productions. La variété des jugements dont il est l'objet procède d'une confusion certaine dans la construction du concept. Par « art populaire », faut-il, en effet, entendre l'art du peuple, par opposition au non-peuple, aux élites cultivées, aux classes sociales dirigeantes, aux savants et aux lettrés ? Est-ce l'art d'un peuple, par opposition aux peuples qui l'entourent, l'art caractéristique d'une ethnie ou d'une civilisation ? L'art populaire est-il l'art des non-artistes, l'art de ceux pour qui la création artistique n'est ni une activité spécialisée, ni une occupation professionnelle socialement reconnue ? Est-ce l'art popularisé, l'art diffusé par les moyens de communication modernes, un art communiqué aux grandes masses, conçu pour répondre à leurs goûts et uniformisant leurs attentes ?
1. Histoire du concept
L'intérêt pour les arts et les traditions populaires est, dans la culture occidentale, fort ancien. En même temps que le christianisme se diffusait dans l'Europe entière, il entreprenait une lutte à long terme contre les cérémonies, les croyances et les coutumes locales. S'il en intégrait et en assimilait certaines, il n'en rejetait et n'en condamnait pas moins vigoureusement d'autres, qu'il traitait comme des « su […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



