2. Restaurateur de l'autorité royale
Dans le Testament politique, qui provient au moins de la chancellerie du cardinal et en reflète fidèlement l'esprit, on trouve, après une juste description de l'anarchie du royaume à la date de 1624, un programme de redressement fortement défini : ruiner le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des grands, réduire tous les sujets en leur devoir et relever le nom du roi dans les nations étrangères au point où il devait être. Richelieu observait aussi qu'on ne pouvait tout changer sans violer les lois de la prudence, « qui ne permet pas qu'on passe d'une extrémité à l'autre sans milieu ». Il tenait essentiellement à la réputation du roi, qui se déconsidérerait s'il manquait à la parole donnée ou s'il laissait impunies la rébellion et la résistance à l'autorité. L'unité de religion était considérée comme une force pour un royaume, mais la prudence ne permettait pas de l'imposer par la violence. Si les protestants paraissaient redoutables, c'était à cause de leurs privilèges politiques qui faisaient d'eux un « État dans l'État ». Le siège de La Rochelle, conduit avec une implacable résolution, puis la guerre contre les villes du Midi dissipèrent ce danger, et Louis XIII put alors, par la paix de grâce d'Alès, confirmer les privilèges religieux de l'édit de Nantes, conciliables avec l'obéissance à ses ordres. En revanche, le péril de la noblesse ne fut jamais entièrement surmonté. Il était d'autant plus grave que les princes du sang et les plus grands seigneurs disposaient d'une large clientèle de gentilshommes en province, pouvaient lever des armées et négocier d'égal à égal avec des souverains étrangers, et même avec une puissance ennemie (l'Espagne). Le frère du roi, Gaston, duc d'Orléans, qui fut héritier du trône jusqu'à la naissance tardive du dauphin en 1638, était mêlé à ces intrigues, mais intouchable. Richelieu le ménageait, en frappant impitoyablement ses complices (Chalais, 1626).
En 1632, le duc de Montmorency, qui avait soulevé une partie du Midi, fut décapité ; mais la révolte du comte de Soissons en 1641, le complot de Cinq-Mars en 1642 prouvèrent qu'en dépit des exemples le danger renaissait toujours. Richelieu avait tenté d'en atténuer au moins les effets, en attachant davantage les nobles au service des armées du roi et en faisant démanteler les châteaux forts privés. Il prit des mesures sévères contre les duels, qui étaient à cette époque un véritable désordre épidémique, où la noblesse se détruisait elle-même, alors qu'elle avait le devoir de verser son sang à la guerre pour le service du roi et non pas le droit de le répandre pour les susceptibilités de son point d'honneur.
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