Promulgué par Henri IV (1589-1610), converti depuis peu au catholicisme (1593), l'édit de Nantes accorde la liberté de culte aux protestants français. Il organise pour un siècle la coexistence forcée entre catholiques et réformés, après trente-six ans de guerre civile qui ont ruiné le royaume de France et fait vaciller la monarchie et l'État. Par les articles généraux, les protestants obtiennent la liberté de conscience, l'accès égal aux charges publiques et, surtout, la liberté de culte, avec restrictions locales. Par les articles secrets et les brevets, Henri IV les autorise également à tenir des assemblées politiques et leur accorde des garanties militaires (places de sûreté), qui en font un « État dans l'État », privilèges exorbitants aux yeux des absolutistes, tel Richelieu qui s'empressera de les supprimer (1629). Cette acceptation de la division religieuse, alors exceptionnelle en Europe, ne signifie pas égalité : les réformés doivent se plier à la dîme et aux fêtes du catholicisme, dont le culte est partout rétabli. En outre, le préambule de l'édit rappelle le projet monarchique d'unité religieuse, temporairement mis en sommeil, mais que Louis XIV réveillera.
Vincent GOURDON
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