6. Une action décisive
La prise d'Arras en 1640, l'appui donné aux révoltes de la Catalogne et du Portugal contre l'Espagne changèrent complètement le rapport des forces. Dans toute l'Europe, on percevait le déclin de la puissance de l'Espagne et la montée de celle de la France, lorsque Richelieu mourut d'épuisement. Le plus extraordinaire de son œuvre était d'avoir, malgré l'écrasante fiscalité et l'extrême misère du peuple (dont s'affligeait le roi plus que le cardinal), renforcé la cohésion de la France, même à l'intérieur. L'ordre avait été maintenu surtout par l'envoi en province de commissaires royaux ou intendants, munis d'une commission temporaire, mais comportant les pleins pouvoirs au nom du roi. Leurs décisions et leur justice se substituaient à celles des officiers et des puissances locales. Ainsi, l'empirisme et la nécessité avaient fait surgir une fonction administrative qui, très impopulaire à l'origine, devait devenir l'une des plus efficaces institutions du xviie siècle et du xviiie siècle français : celle des intendants.
La rigueur des temps n'avait pas arrêté le développement de la civilisation et les progrès de la vie intellectuelle, sous bien des aspects : l'Académie française, fondée en 1635, devait fixer le bon usage de la langue pour en faire un meilleur instrument de la pensée. Le théâtre et la musique gagnaient en éclat et en qualité. Paris et les villes de province s'embellissaient de nouveaux monuments, religieux et civils. Le relèvement des mœurs et de la doctrine était sensible dans le clergé. L'opinion tenait moins compte de pareils résultats que des lourdes difficultés du moment. Et pourtant, « en dépit de tous, sinon de tout, l'action du cardinal conjuguée avec celle du roi avait été décisive pour l'avenir du pays, en l'engageant dans la voie qui allait faire de lui un État moderne » (Charles de Gaulle).
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