5. La littérature de l'espace
La littérature qu'il est convenu d'appeler géographique est fille du califat abbasside qui s'installe à Bagdad au milieu du viiie siècle. Elle procède, pour l'essentiel, de la nécessité d'appréhender l'espace couvert par l'autorité souveraine, et de le situer par rapport aux espaces voisins, byzantin, turc, indien, africain ou européen : l'administration de l'Empire, et aussi les besoins du commerce, la connaissance des routes et des relais, sur terre, sur les fleuves et sur les mers imposent de saisir la réalité vivante de l'espace des hommes. Mais la géographie arabe, en tant que fille de Bagdad, participe aussi des rencontres qui marquent le siècle, de l'ouverture à des mondes qui relèvent de l'histoire autant que de la carte. À côté de l'espace géographique que cette littérature entend décrire, il existe aussi un espace culturel dont elle est tributaire et qui regroupe, avec le trésor de l'Arabie, païenne ou musulmane, des fragments hérités de la Grèce ou de la Babylonie antiques, de l'Iran et de l'Inde.
• Les champs et les fonctions
Des premières décennies du viiie siècle aux approches de l'an mil, on peut distinguer, sommairement, cinq géographies de langue arabe, définies par le champ qu'elles assignent à l'espace étudié.
Descriptions du monde
La plus ambitieuse, et la première en date, vise l'espace total, celui de la terre des hommes. L'impulsion décisive naît ici de la fondation, par le calife al-Ma'mūn (813-833), de la maison de la Sagesse (Bayt al-ḥikma), sorte d'institut avant la lettre qui regroupe bibliothèques et savants des disciplines les plus diverses. La géographie grecque de Ptolémée passe ainsi en arabe, et sa description de la terre s'accroît, du côté de l'Orient, des nouvelles données acquises sur le terrain, d'une part, de la géographie et de l'astronomie indiennes, d'autre part. De là naît, avec des savants comme al-H̲uwārizmī, ce que l'on appelle l'image de la terre (ṣūrat al-arḍ), laquelle se propose la représentation de notre globe accompagnée, le cas échéant, d'une brève évocation de ses principaux fleuves, lacs, mers, sources et villes, le tout réparti en sept zones (« climats », iqlīm) que l'on dispose du sud au nord en partant de l'équateur, l'hémisphère austral, mal connu, étant laissé en dehors.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 43 pages…



