4. L'abandon du concept tylorien
L'abandon de l'animisme se justifiait en grande partie par les aspects péjoratifs des connotations d'un tel concept, lié à des reconstructions évolutionnistes invérifiables, selon lesquelles les religions de l'humanité passeraient par trois stades successifs : l'animisme, le polythéisme et le monothéisme. Cette approche restait hantée par la quête des origines, qui succomba aux critiques de l'anthropologie sociale britannique soulignant l'inanité de l'« histoire conjecturale », puis au succès du structuralisme.
Le concept d'animisme est alors apparu comme aussi inconsistant et ambigu que, par exemple, celui de « primitif », qui l'accompagnait. Dans La Religion des primitifs (1965), E. E. Evans-Pritchard met en lumière les apories de la théorie de Tylor : rien n'a jamais pu prouver que les « âmes » dont le « primitif » peuplerait la nature aient pour cause des phénomènes psychiques à lui imputés (rêves, visions), ni que l'« esprit » soit une notion dérivée de celle d'« âme ». Cette dernière a perdu son crédit en raison des difficultés extrêmes qu'on rencontre quand on veut traduire des notions vernaculaires telles que « âme », « esprit », « souffle », « force vitale », « dieu », etc., et en raison de l'impossibilité subséquente de les intégrer dans une classe unique de phénomènes en recourant à un concept élaboré en Occident.
Par ailleurs, la théorie de Tylor ne s'est appuyée sur aucune analyse sociologique : focalisée sur une prétendue « mentalité » et sur des « croyances », elle n'a retenu qu'une approche psychologique des faits religieux « animistes », en présupposant un sujet « primitif » qui aurait universellement l'attitude que lui prêtait Tylor, c'est-à-dire qui serait partout porté à conférer une âme aux êtres vivants et aux objets inanimés. En négligeant que ces faits sont présents dans des sociétés très diverses, et qu'ils sont intégrés dans des formes d'organisation hétérogènes (royautés ou sociétés sans État, sociétés lignagères ou villageoises, etc.), Tylor ne pouvait expliquer les conceptions apparemment étranges repérables dans les sociétés traditionnelles que par des concepts appauvris relevant de la psychologie de l'époque, tandis que parallèlement s'imposaient ceux de l'évolutionnisme : ainsi attribuait-on une « mentalité enfantine » aux individus appartenant à des cultures animistes non scientifiques, sur la base d'une équivalence fallacieuse entre ontogenèse et sociogenèse.
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