5. Les chefs-d'œuvre
Après 1520, l'art d'Altdorfer connaît une nouvelle métamorphose. Il peint alors des tableaux peuplés de minuscules personnages aux formes globuleuses. Les plus importants sont L'Histoire de Suzanne, de 1527, composition dominée par un immense palais de fantaisie aux formes italianisantes, sorte de rêve insensé d'architecte, et son œuvre de loin la plus célèbre, la Bataille d'Alexandre. Commandé à l'artiste par le duc de Bavière avec une série d'autres batailles de l'Antiquité confiées à différents artistes d'Allemagne du Sud, ce tableau met en scène l'innombrable armée des Perses de Darius vaincue par celle des Grecs d'Alexandre, tandis que le ciel, où le soleil macédonien s'oppose au croissant de lune, semble offrir une métaphore cosmique de ce conflit entre deux mondes. L'immense paysage où il se déroule, avec la mer, des fleuves et des massifs de montagne, est une représentation, d'une exactitude remarquable pour l'époque, des pourtours de la Méditerranée orientale, avec Chypre et l'Égypte traversée par le Nil. Une telle composition n'a pas été conçue sans l'aide d'un humaniste, en l'occurrence Aventin, qui résidait à Ratisbonne. Cette collaboration confirme le caractère savant de l'art d'Altdorfer, présenté pendant longtemps par les historiens allemands comme un art populaire, l'expression naïve des sentiments et des croyances du Stamm austro-bavarois.
À la même époque, Altdorfer exécute un grand nombre de très petites gravures sur cuivre représentant des sujets bibliques ou antiques, dans un esprit antiquisant ou italianisant qu'on retrouve dans la production analogue et contemporaine du Nurembergeois Sebald Beham. Auparavant, il avait peint un tableau et gravé plusieurs planches à l'eau-forte (une technique nouvelle, dont il fut un des premiers à faire usage) qui font de lui l'un des précurseurs de l'art du paysage comme genre. Contrairement à ses premiers dessins où les scènes, vues de près, étaient noyées dans la végétation, ses paysages à l'eau-forte montrent d […]
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