2. Des débuts obscurs
En réalité, l'art des deux premiers cités n'offre aucun point commun avec celui d'Altdorfer à ses débuts. Quant aux œuvres de Cranach antérieures à 1505, qui diffèrent de la production ultérieure de ce peintre par leur violence expressive, elles conjuguent une forte influence de Dürer avec un sens nouveau de la couleur, caractères que l'on retrouve dans les premières peintures connues d'Altdorfer, datées de 1507, sans qu'on puisse préciser sa dette envers elles. Dès ses débuts, Altdorfer paraît fortement marqué par les gravures de Dürer, dont il va jusqu'à imiter le monogramme, mais aussi par des gravures sur cuivre et des nielles importés d'Italie, qu'il interprète avec une liberté dans laquelle on a jadis voulu voir une maladresse juvénile qui le fit parfois qualifier d'amateur.
Pendant une dizaine d'années, Altdorfer va produire un grand nombre de dessins, certains à la plume, les plus nombreux en clair-obscur, sur papier teinté – une technique venue d'Italie qui avait gagné l'Allemagne vers la fin du xve siècle. Monogrammés, souvent datés, ces dessins ne sont ni des études ni des esquisses, mais des œuvres achevées, destinées à la vente, ce qui suppose une clientèle d'amateurs raffinés sur laquelle nous ne possédons aucun témoignage – la même, sans doute, qui achetait les dessins de paysage à la plume de Wolf Huber, un artiste établi à Passau dont les liens avec Altdorfer furent étroits. Certains de ces dessins représentent des épisodes de la vie du Christ et des saints, d'autres des scènes profanes, lansquenets, couples d'amoureux dans la nature, dame à cheval partant pour la chasse, etc. Mais une grave erreur iconographique commise dans l'atelier même d'Altdorfer par un collaborateur chargé de copier un Samson et le lion (la transformation de la mâchoire d'âne, attribut du héros, en patte de lion) semble prouver que le sujet n'était la principale préoccupation ni de l'artiste ni de sa clientèle.
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