« Pousser d'une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées » : tel est le projet qui commande la vie et l'œuvre d'Aimé Césaire, homme politique martiniquais et poète négro-africain. Il fait surgir, en 1939, dans un grand poème, le Cahier d'un retour au pays natal, devenu depuis lors un classique majeur des littératures du monde noir, le mot « négritude », forgé pour redonner leur dignité à « ceux qui n'ont jamais rien inventé » et que l'esclavage ou la colonisation avaient rendus muets. En 1991, l'inscription au répertoire de la Comédie-Française de sa Tragédie du roi Christophe a consacré le retentissement universel de son œuvre.
1. Découverte de la négritude
Né en 1913, dans une famille modeste de Fort-de-France qui rattachait son origine à un certain Césaire, esclave condamné à mort en 1833 pour avoir fomenté une révolte, Aimé Césaire a été un bon élève du lycée Schœlcher : on l'envoie en France pour préparer l'École normale supérieure, où il est reçu en 1935. Pendant ses années parisiennes, il s'occupe de l'Association des étudiants martiniquais, lie amitié avec Léopold Sédar Senghor, participe aux débats des intellectuels noirs, dans lesquels s'élabore la notion de négritude. Mais il commence aussi à écrire un long poème, le Cahier d'un retour au pays natal, qui paraît d'abord en 1939 dans la revue Volontés, avant d'être repris en volume (New York, 1947 ; Paris, 1947, puis 1956). Composé pour lutter contre le déracinement de l'exil, le Cahier peut se lire comme une quête orphique : plongée aux abîmes de la mauvaise foi, descente aux enfers de l'oppression raciale, pour y conquérir la fierté d'être nègre. Orphée triomphant, le poète reconduit au jour son Eurydice, la négritude, qu'il célèbre à travers des images rayonnantes. Plus poète que théoricien, Césaire a toujours défini la négritude selon le mouvement qui anime son poème : prise de conscience et acceptation de soi, pour coïncider avec l'émergence d'une parole enfin rendue à elle-même.
2. La parole et l'action
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