2. La parole et l'action
Rentré en Martinique en 1939, pour être pendant cinq ans professeur de lycée – un professeur très écouté et admiré –, Césaire fonde en 1941, avec sa femme et quelques amis, une revue, Tropiques, qui s'efforce de maintenir à la Martinique, pendant les années de guerre, une parole de liberté et de résistance culturelle. André Breton la découvrira avec saisissement, lors de son passage à Fort-de-France en 1941. En 1945, Aimé Césaire est élu, dans la mouvance du Parti communiste, maire de Fort-de-France, puis député à l'Assemblée nationale française (charges auxquelles il a été constamment réélu depuis lors). Il est l'un des principaux artisans du vote du statut de départementalisation pour la Martinique et les autres vieilles colonies (1946), ce qui lui vaudra, plus tard, les vives critiques de ceux qu'impatientent les persistances coloniales. En fait, Césaire s'opposera à la fois aux nostalgiques de l'ordre établi colonial et à ses anciens alliés communistes. Contre les premiers, il publie en 1953 son Discours sur le colonialisme, pamphlet dont l'humour agressif fait le procès de la civilisation européenne, malade de la colonisation. Contre les seconds, il adresse une Lettre à Maurice Thorez (1956), qui reproche aux communistes leur incapacité à sortir de leur idéal d'assimilation, et finalement leur croyance naïve en la supériorité intrinsèque du modèle occidental. Pour clarifier sa position politique, Césaire fonde en 1958 le Parti progressiste martiniquais, qui cherche à promouvoir une autonomie des îles. Mais, plus d'une fois, la parole poétique laisse percer le découragement de l'homme d'action, et dénonce l'immaturité d'un peuple endormi dans les délices de la consommation, l'impatience des extrémistes, les médiocrités politiciennes...
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