Pendant plus de deux décennies, Ahmet Ertegun fut l'une des figures centrales de l'industrie phonographique américaine de l'après-guerre. Le personnage, haut en couleur et doté d'un insatiable appétit pour tous les plaisirs de la vie, cachait sous un sens aigu du commerce et un tempérament dominateur un raffinement rare dans le monde des affaires. Avec un flair quasi infaillible – seuls, parmi les grands, Elvis Presley et les Beatles ont réussi à lui échapper –, il a constitué le lien essentiel qui, pendant toute une époque, a uni le jazz et le blues au grand public.
Ahmet Ertegun naît à Constantinople (Istanbul) le 31 juillet 1923. Son père, Munir Ertegun, un proche de Mustafa Kemal Atatürk, mène en Suisse, à Paris, à Londres et à Washington une brillante carrière diplomatique. Le jeune Ahmet suit les cours du très huppé St. John's College d'Annapolis, dans le Maryland, aux États-Unis, puis étudie la philosophie médiévale à l'université de Georgetown (Washington, D.C.). Très tôt il fréquente les cercles artistiques – musiciens, peintres et écrivains amis de la famille – et s'immerge dans le monde du spectacle.
Ahmet Ertegun lance, avec Herb Abramson, deux petites ma […]
