ZHUANGZI (TCHOUANG-TSEU) (Zhuang Zhou)Fiche de lecture

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L'art de la provocation

En s'ouvrant sur l'étrange description d'un immense poisson qui se transforme en oiseau géant, pour continuer par un chapitre prônant l'égalité de toutes choses, la vie et la mort notamment, le Zhuangzi donne d'emblée une idée de l'un de ses tons dominants, la provocation. Ce style apparaît déjà dans la forme. En introduisant des dialogues factices entre Laozi et Kongzi (Confucius), desquels ce dernier sort vaincu et honteux, ou en mettant dans la bouche de Confucius un discours taoïste, le Zhuangzi innove et introduit dans la littérature chinoise la dérision et l'ironie. Mais la provocation est plus forte encore sur le fond. L'époque des Royaumes combattants (465-221 av. J.-C.), durant laquelle ce texte voit le jour, est une période où la philosophie chinoise se cherche. Après l'effondrement du système féodal et centralisé des Zhou, la Chine est en proie aux luttes entre les grands feudataires qui, soucieux avant tout d'unifier la Chine à leur profit, reçoivent volontiers les penseurs les plus divers. Alors que les confucianistes, les disciples de Mozi et les légistes s'efforcent de convaincre les puissants de l'efficacité de leurs doctrines de gouvernement, la voix du Zhuangzi s'élève discrètement pour blâmer la vanité des raisonnements et prôner le retrait de la mêlée. Associant, à travers une qualité littéraire reconnue, l'humour et l'ironie, Zhuangzi s'attache à abattre les certitudes et l'établissement des distinctions. Cette dérision du rationnel et du discursif est fondée sur la relativité de tout, découlant elle-même de l'unité foncière du tout qui n'est autre que la Voie (Dao). Or la Voie ne connaît pas de limites. Fixer des limites par la raison ou le langage revient donc à s'éloigner de la Voie.

La non-pertinence du langage découle du caractère nécessairement limité de la connaissance. La grenouille au fond de son puits est bien incapable de s'imaginer ce que peut être l [...]


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Écrit par :

  • : docteur de l'École pratique des hautes études (sinologie), agrégé de langue et culture chinoises

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Pour citer l’article

Pierre MARSONE, « ZHUANGZI (TCHOUANG-TSEU) (Zhuang Zhou) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/zhuangzi-tchouang-tseu-zhuang-zhou/