YANTRA

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Diagrammes linéaires (figures géométriques) ou images comportant des paysages, des animaux, des personnages que la tradition indienne, tant hindoue que bouddhique, utilise comme supports de méditation. La contemplation attentive des yantras est censée obliger la pensée à se concentrer sur des formes dont l'intelligence intuitive (buddhi) appréhende progressivement (ou instantanément, selon les écoles) la signification métaphysique. Le plus souvent, les textes tantriques donnent le nom de maṇḍala aux figures les plus élaborées et celui de yantra (mot sanskrit qui veut dire « instrument de maîtrise ») à celles qui sont plus strictement géométriques. La plus célèbre de ces dernières est le shrī yantra (śri veut dire « splendeur », « bonne fortune », « prospérité »). Une enceinte extérieure carrée comportant quatre portes, qui ouvrent sur les quatre points cardinaux, enserre un triple cercle auquel on donne le plus souvent l'allure d'un lotus déployant successivement huit, seize et trente-deux pétales. La partie centrale de la figure (le cœur du lotus) comporte neuf triangles imbriqués les uns dans les autres à la manière d'un « sceau de Salomon » : cinq triangles pointe en bas, quatre triangles pointe en haut. Enfin, le centre exact est marqué par un point (bindu). Le symbolisme de cet ensemble est très complexe : il s'agit essentiellement d'une représentation de l'Univers, avec la Terre (le carré), l'Espace (les portes s'ouvrant sur les orients), le Ciel (les cercles concentriques), le déploiement de la manifestation phénoménale (les pétales du lotus), les forces de vie (les triangles pointe en haut représentent le principe mâle, ceux qui ont la pointe en bas figurent l'élément femelle) ; enfin, la transcendance de l'absolu (le brahman) est suggérée par le point central. La connaissance de ce symbolisme s'obtient par la pratique du dhyāna (« méditation », l'une des étapes les plus avancées du yoga), dont l'apprentissage se fait sous la direction d'un guru (« maître spirituel »), après que l'adepte a reçu de lui l'initiation. Les yantras ne sont donc ni des « signes auspicieux » ni des amulettes, encore que certains Indiens aient tendance à les utiliser comme tels ; comme le nom l'indique (le mot est formé à partir de la racine yam, « maîtriser », « dompter »), ce sont des moyens, des outils permettant à l'adepte de pratiquer une méditation parfaite grâce à laquelle il parviendra à éveiller en lui-même l'énergie spirituelle (shakti) dont l'union avec son âme (ātman) constitue le salut. Les yantras sont innombrables, mais comportent tous les figures géométriques de base : carré, cercle, triangle ; quelle que soit leur complexité, ils concourent tous au même but et marquent de leur sceau l'art de l'Inde, du Népal, du Tibet, y compris dans l'architecture (où nombreux sont les temples bâtis sur des plans qui sont, en fait, des yantras).

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Lyon-III

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Pour citer l’article

Jean VARENNE, « YANTRA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yantra/