BURROUGHS WILLIAM (1914-1997)

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Un thème, l'exploration de la drogue, et un procédé formel, le cut-up, suffisent généralement à caractériser ce qui ne recouvre en réalité qu'une partie de l'œuvre de W. S. Burroughs. Du Festin nu aux Cités de la nuit écarlate, en passant par la Révolution électronique, la fiction expérimentale mise en place par l'écrivain possède en réalité bien d'autres facettes. Tour à tour hallucinée et visionnaire, elle ne paraît se porter au plus loin, dans l'espace et dans le temps, que pour raconter notre univers de paroles détournées, d'images concassées, prisonnier du ruban interminable que dévide une information pervertie. W. S. Burroughs serait-il notre Swift ?

William Burroughs

Photographie : William Burroughs

L'écrivain américain William Burroughs (1914-1997), compagnon de route de la beat generation. 

Crédits : Ulf Andersen/ Hulton Getty

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De « Junkie » au « Festin nu »

William Seward Burroughs est né le 5 février 1914 à Saint Louis dans le Missouri. Il fait ses études à Harvard, puis voyage en Europe en 1936 (Paris, Vienne, Budapest, Dubrovnik), retourne à Vienne l'année suivante pour étudier la médecine. À Dubrovnik, il épouse Ilse Klapper pour lui permettre d'obtenir la citoyenneté américaine. De retour aux États-Unis, il s'intéresse à différentes disciplines, dont l'archéologie et l'anthropologie. Sa première nouvelle, écrite en 1938, n'est pas publiée. Il entre en traitement chez un psychanalyste de New York, le docteur Herbert Wiggers. Il exerce plusieurs petits métiers, dont celui d'employé dans une société de dératisation qu'il évoque plus tard dans Exterminator ! (1973). En 1944, Burroughs fait la connaissance d'Allen Ginsberg et de Jack Kerouac. C'est l'époque où se constitue le cercle d'écrivains qui va devenir célèbre sous le nom de Beat Generation. Le meurtre commis par un ami commun, Lucien Carr, inspire Kerouac, qui demande à Burroughs de l'aider à rédiger un roman policier, And the Hippos Were Boiled in their Tanks. Mais aucun éditeur n'accepte le texte. En 1946, Burroughs est initié à la drogue. Il s'installe alors au Texas avec l'idée de cultiver de la marijuana, puis tente une autre expérience à La Nouvelle-Orléans avec la culture du coton. Après son échec, il part pour le Mexique et voyage en Amérique centrale. De retour à Mexico, il tue accidentellement sa seconde femme, Joan, en septembre 1951. En janvier 1953, il repart pour le Mexique et se rend en Colombie à la recherche d'une mystérieuse drogue initiatique, le yage. Les lettres qu'il adresse à Ginsberg au cours de sa quête seront réunies en 1960 dans un volume : Les Lettres du yage. Burroughs revient aux États-Unis au printemps de 1953, quand paraît son premier roman, Junkie, qu'il a composé après la mort de Joan. Il y raconte son expérience à New York après la guerre, à La Nouvelle-Orléans en 1949 et au Mexique en 1950, et veut en faire la « confession d'un drogué non repenti ». C'est dans cette œuvre autobiographique, où il décrit la logique impitoyable de la drogue et le bouleversement auquel elle soumet la perception, qu'il forge le personnage gris et banal de William Lee. Son éditeur lui ayant demandé un autre ouvrage, Burroughs rédige la suite de Junkie, Queer, qui se déroule exclusivement à Mexico. Il y approfondit les relations de dépendance provoquées par l'intoxication tout en brossant un tableau tragi-comique du petit milieu de l'homosexualité. Sa dimension immorale vaudra au livre de ne paraître qu'en 1985. En 1954, Burroughs s'embarque pour Tanger sur les conseils de Paul Bowles. Là, il atteint le degré zéro de la déchéance : « J'ai passé un mois dans une chambre de la Casbah en train de regarder la pointe de mes pieds [...], j'ai compris brusquement que je ne faisais rien. J'étais en train de mourir. » Parvenu « au terminus de la came », il écrit un grand nombre de pages qui sont ensuite rassemblées sous le titre d'Interzone. Kerouac et Ginsberg qui l'ont rejoint l'aident à mettre de l'ordre dans le manuscrit. Kerouac lui donne même son titre définitif : The Naked Lunch (Le Festin nu). À Paris en 1959, Ginsberg propose l'ouvrage à l'éditeur Maurice Girodias, qui trouve sa prose « éblouissante » mais exige qu'il soit sérieusement remanié. En moins d'un mois, Burroughs et ses amis s'attellent à cette tâche. En naît un livre complètement différent qui sort chez Olympia Press l'année même. Mais sa version définitive ne sera établie qu'en 1964, au moment de sa traduction en français. Les textes composant Interzone ont été perdus, retrouvés vingt ans plus tard et publiés en 1989. Quant au Festin nu, il est interdit à l'affichage et à la vente aux mineurs en France, et, en 1966, sa parution lui vaut plusieurs procès pour obscénité. C'est sans nul doute l'opus magnum de Burroughs. Manifestement influencé par La Colonie pénitentiaire et Le Procès de Kafka, il se présente comme une pérégrination picaresque, une fiction « apatride » (Mary McCarthy) défiant les lois de l'espace et du temps. William Lee traverse des villes angoissantes et ne cesse de changer d'identité. Il tente de s'infiltrer dans le système qui a déterminé sa dépendance et sa chute afin de le démanteler. La planète est soumise aux impératifs délirants de l'« algèbre du besoin ». De New York au Marché d'Interzone, en passant par Annexie et la République de Libertie, le monde est victime d'une fracture nette, définitive, violente et de caractère manichéen. Il comprend quatre catégories d'individus au pouvoir : les Factualistes, les Divionistes, les Émissionnistes et les Liquéfactionistes. Tous, à l'instar du Contrôleur, entendent s'assurer la domination des masses par des manipulations biologiques ou psychiques. Pour décrire cet univers de cauchemar, Burroughs invente un style d'écriture qui procède par collages de phrases, de situations, de personnages empruntés à des auteurs anciens ou modernes, tous les genres traditionnels ou populaires se confondant dans une contamination frénétique.

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Pour citer l’article

Gérard-Georges LEMAIRE, « BURROUGHS WILLIAM - (1914-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/william-burroughs/