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WANG MENG (1308 env.-1385)

Évolution vers une composition fermée, à structure complexe

Au cours des années 1360-1370, Wang Meng, définitivement détaché des compositions Song et ayant interprété en un sens résolument individuel et expressionniste les techniques et les motifs anciens, crée des œuvres très personnelles, caractérisées par la projection en avant de la composition, le télescopage des plans et le traitement complexe des surfaces. Retraite forestière à Juqu et Sages ermites parmi monts et rivières, deux peintures conservées au musée de Taipei (Taiwan), offrent de bons exemples de cette phase. La scène occupe tout le format ; le traitement très dense des surfaces dénote une sorte d'« horreur du vide », attitude nouvelle dans la peinture chinoise, caractéristique de Wang Meng. Les rides en fibre de chanvre (bima cun), en chanvre emmêlé (luanma cun), en poil de bœuf (niumao cun), les points noirs à l' encre « brûlée » qui escaladent les pentes et se massent dans les accidents du relief, confèrent aux formes créées par Wang Meng une vibration interne, un mouvement ondulatoire et ascendant. Cette dynamique est accentuée par le choix des formats verticaux et étroits. Contrairement aux autres peintres Yuan qui, sous l'influence de Zhao Mengfu, ont presque unanimement abandonné la couleur et concentrent leur recherche sur les « jeux d'encre », Wang Meng utilise largement la couleur pour aviver encore les contrastes de l'encre, exacerber les effets de bouillonnement des surfaces, de tension interne, qui caractérisent le style quasi baroque de ses dernières années.

Ce n'est qu'au xvie siècle, longtemps après sa mort, que Wang Meng connaîtra une célébrité méritée. Le style puissant et original de sa maturité influencera profondément Wen Zhengming (1470-1559) et ses disciples de l'école de Wu.

— Caroline GYSS

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Écrit par

  • : chargée de recherche au CNRS, directrice du programme Religion et société en Chine au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité

Classification

Pour citer cet article

Caroline GYSS. WANG MENG (1308 env.-1385) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CHINOISE CIVILISATION - Les arts

    • Écrit par Corinne DEBAINE-FRANCFORT, Daisy LION-GOLDSCHMIDT, Michel NURIDSANY, Madeleine PAUL-DAVID, Michèle PIRAZZOLI-t'SERSTEVENS, Pierre RYCKMANS, Alain THOTE
    • 54 368 mots
    • 37 médias
    ...relâche, bien que la simplicité de ses formes et de ses compositions recèle une densité spirituelle dont le secret échappe à l'analyse et à l'imitation. Wang Meng ( ?-1385) est plus curieux d'une recherche proprement formelle ; sa peinture, touffue et baroque, est tissée d'une forme de « rides »...
  • NI ZAN [NI TSAN] (1301-1374)

    • Écrit par Pierre RYCKMANS
    • 1 512 mots
    ...son aîné de trente ans, était un ami autant qu'un maître (Huang lui-même fit à son cadet l'hommage d'imiter certaines de ses œuvres). Ses relations avec Wang Meng étaient particulièrement étroites (les deux artistes exécutèrent même certaines œuvres en collaboration) et l'on peut déduire de ses écrits qu'il...
  • SHEN ZHOU [CHEN TCHEOU] (1427-1509)

    • Écrit par Pierre RYCKMANS
    • 1 459 mots
    • 1 média
    ...la création, nous est fourni par sa vue monumentale du mont Lu. Dans cette œuvre qui date du début de sa maturité (1467), l'artiste s'est inspiré de Wang Meng pour le traitement des rochers, le jeu des « rides » et le développement tourbillonnant des formes ; mais le procédé expressionniste du maître...

Voir aussi