VÉDUTISTES

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Les origines de la « veduta »

Perspective, scénographie et paysage

La veduta – précisément parce que ce mot indique plus particulièrement « ce qui se voit » et donc « comment on le voit » –, dans le cas spécifique de la veduta d'architecture non idéalisée mais réaliste, c'est-à-dire la veduta de la ville, possède également une origine très différente qui est à rechercher là où prévalent les intentions représentatives et descriptives, en d'autres termes, le contenu sur des intentions plus rigoureusement formelles et la volonté d'une application systématique des règles de la perspective. Quand, par suite des objectifs didactiques que s'imposait le védutisme et qui concernaient surtout les vestiges fabuleux du monde antique à Rome, la description s'identifie au relevé, on voit apparaître au xvie siècle la veduta comme un panorama dont les limites de projection s'étendent au-delà de l'angle visuel normal, se dilatent outre mesure, horizontalement, et deviennent parfois un véritable « panorama circulaire » de 1800. Les premiers védutistes empruntent des méthodes proches de celles de la cartographie et des projections axonométriques ou obliques dans un but topographique, en vogue à cette époque. C'est le cas des vues panoramiques, comme celle que Maerten van Heemskerck dessina en 1534, prise du haut du monte Caprino, ainsi que celle de Hendrik van Cleef, de 1550, depuis le monte Oppius et celles d'Antoine van den Wynegaerden, toujours en 1550, prises du haut des thermes de Constantin sur le Quirinal et du monte Mario. Il s'agit de véritables vedute qui supposent un dessin ou au moins des esquisses effectués sur place, même si elles tiennent peu compte des dimensions réelles de l'espace, des proportions réelles des différents édifices ainsi que de leurs distances ; tous les principes d'une perspective rigoureuse y sont ignorés. On risque – en se référant à ces vedute – de tracer, en suivant des éléments extérieurs et des sujets, l'histoire d'un genre qui, en réalité, s'est adapté, au cours des siècles, à des situations artistiques et culturelles différentes et qui parfois n'étaient pas reliées par un idéal ou par une chronologie cohérente.

De toute façon, la veduta n'est pas simplement la peinture d'un paysage née de suggestions extérieures : la veduta est ce paysage historiquement objectif, décrit avec précision et reconnaissable. C'est là que naît une attitude constante chez tous les véritables peintres de veduta : une fidélité absolue à la perception optique de la réalité, dans ses traits les plus communs comme dans ses aspects les plus extraordinaires et les plus célèbres. Le peintre sort de son atelier et descend dans la rue, sinon avec son chevalet tout au moins avec son carnet de croquis qu'il remplit rapidement d'esquisses saisies sur le vif. Ce matériel constitue son patrimoine visuel, son vocabulaire d'images qu'il utilisera au fur et à mesure pour ses tableaux, pour ses vedute (cf. Alberto Martini, « Notizia su Pietro Antoniani, Milanese a Napoli », in Paragone, mars 1965).

Comme la scénographie, la veduta présente des problèmes de recherche spatiale et elle est fondée avant tout sur la pratique de la perspective. Les deux genres se développent simultanément et s'influencent réciproquement. Ils sont unis par des principes communs directement inspirés de l'architecture réelle ; ils se différencient du fait de l'application de la perspective et ils englobent les aspects les plus subtils et les plus complexes de la réalité. Les conjonctions entre l'illusionnisme, la scénographie et la veduta sont des éléments essentiels pour retrouver l'une des origines historiques de la veduta. On peut remarquer à cet égard que les artistes utilisent des moyens auxiliaires comme la « chambre optique » qui fut en vogue au xviiie siècle et à laquelle eut recours Canaletto.

Le rôle des Nordiques italianisés

Les éléments figuratifs, qui sont à l'origine du genre de la vue topographique, sont variés et parfois opposés, leurs racines pénètrent dans la culture artistique de la première moitié du xviie siècle et dans certains cas remontent même au siècle précédent. Il s'ajoute à l'élément prospectif une vraisemblance optique, c'est-à-dire un élément réaliste qui reflète, dans ce contexte particulier, la nouvelle découverte de la réalité faite par le xviie siècle. Le védutisme comporte aussi des tendances dues à u [...]

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Paysage fantastique avec cascade et pont, P. Bril

Paysage fantastique avec cascade et pont, P. Bril
Crédits : Bridgeman Images

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Le Panthéon à Rome, B. Bellotto

Le Panthéon à Rome, B. Bellotto
Crédits : Bridgeman Images

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Régates sur le Grand Canal, Canaletto

Régates sur le Grand Canal, Canaletto
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Westminster Bridge, Londres, procession du Lord Maire sur la Tamise, Canaletto

Westminster Bridge, Londres, procession du Lord Maire sur la Tamise, Canaletto
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Écrit par :

  • : professore libero docente di storia dell'arte medievale e rinascimentale

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Pour citer l’article

Giuliano BRIGANTI, « VÉDUTISTES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vedutistes/