BRUNELLESCHI UMBERTO (1879-1949)

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L'œuvre d'illustrateur de Brunelleschi, trop méconnue, témoigne de l'étendue de son talent qui va de la peinture de chevalet à l'illustration de mode, de la publicité aux costumes de théâtre.

Après une enfance à Montemurlo, près de Pistoia en Toscane, Brunelleschi s'inscrit à l'Accademia di Belle Arti de Florence. Déçu par le rigorisme académique de cet enseignement, il préfère participer, à titre individuel, à plusieurs expositions artistiques et se fait connaître comme un peintre de scènes décoratives. Venu à Paris en 1900 avec d'autres artistes italiens comme Ardengo Soffici et Giovanni Costetti, Brunelleschi s'essaie à la caricature, pour le journal L'Assiette au beurre (1902) et parodie les œuvres des peintres à la mode dans un numéro spécial intitulé La Foire aux croûtes, qu'il signe du pseudonyme Haroun-al-Rachid. Son style s'affirme et privilégie les larges coups de pinceau, contrastant avec un dessin sous-jacent, subtil et soigné. Dès 1903, il expose, lors des salons parisiens, ses peintures qui témoignent de l'influence du postimpressionnisme de Whistler : spécialiste du portrait « en situation », il donne à ses modèles des physionomies méditatives, énigmatiques, des attitudes alanguies.

De retour en Italie, il se familiarise avec le travail d'illustrateur. On lui doit alors d'amusantes illustrations de livres pour enfants. Et cette initiative sera déterminante pour sa carrière : sans abandonner sa vocation de peintre postsymboliste (L'Automne, Salon des Indépendants, 1910), il va en effet donner le meilleur de lui-même pour illustrer de vignettes les magazines de luxe. Pour Fémina, il compose, en 1912, des scènes de comédie et leur succès le conduit à réaliser par la suite plusieurs couvertures pour ce magazine. Les commandes affluent : après un album sur le thème de la commedia dell'arte pour le Journal des dames et des modes, ce sont des illustrations pour La Gazette du bon ton, pour La Guirlande... Le tracé très linéaire, très soigné de Brunelleschi s'adapte parfaitement à la gravure, au pochoir. Il apprécie en général les silhouettes détachées sur des fonds unis.

Son œuvre, liée à la poésie, au théâtre et à l'opéra, subit l'influence de son origine italienne. Le thème des fêtes vénitiennes, en particulier, lui fournit l'occasion de brillantes variations : ainsi l'album intitulé Les Masques et les personnages de la comédie italienne présente des silhouettes pleines d'humour, d'imprévu fantasque, les Personnages de comédie, et plus tard, ceux des Fêtes galantes de Verlaine, sont traités avec sensibilité. Brunelleschi est également l'auteur de vignettes charmantes pour les Contes de Perrault, ou d'illustrations impertinentes pour Les Bijoux indiscrets de Diderot.

Mariant avec fantaisie l'orientalisme, le symbolisme et les caprices vénitiens, l'œuvre de Brunelleschi présente une séduction certaine : le charme des compositions les plus réussies réside dans le jeu insolite de leurs lignes, tient à leur humour. L'artiste sait évoluer ; au début des années trente, il adapte son style aux partis pris esthétiques du moment : il en accentue le réalisme, assagit sa fantaisie, et ses dessins tardifs sont plus conventionnels, méticuleux.

Enfin, parallèlement à ses talents multiples, Brunelleschi est aussi un portraitiste sensible, intimiste, comme le prouvent les portraits de sa sœur et de sa femme Camille ; il est également un brillant concepteur de publicités (« Au Bon Marché ») et un paysagiste délicat comme en témoignent ses vues nostalgiques de Toscane.

Le music-hall l'a également attiré : en 1912, Mme Rasimi, célèbre directrice des Bouffes-Parisiens, lui commande une série de costumes ; en 1914, il crée les costumes pour la revue Y'a d'jolies femmes, sur le thème d'une fête vénitienne. Pour le théâtre de la Pergola à Florence, il compose des décors et des costumes pour deux spectacles de Sorelli : pour la pièce La Phalène il imagine un paysage coloré, mystérieusement ponctué de cyprès bleus.

Fidèle à cette veine dramatique, il conçoit aussi des costumes de ballets (Il Carillon magico pour la Scala de Milan). Mais Brunelleschi donne toute sa mesure avec les projets de somptueux costumes (non réalisés) qu'il dessine à la demande de Puccini, pour l'opéra Turandot, destiné à la Scala en 1926. Dans un regi [...]

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Guillaume GARNIER, « BRUNELLESCHI UMBERTO - (1879-1949) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/umberto-brunelleschi/