SHERATON THOMAS (1751-1806)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Ébéniste anglais, champion du néo-classicisme, Thomas Sheraton donna son nom, durant la dernière phase de l'ère géorgienne (de l'avènement du roi George Ier, en 1714, à la mort de George IV, en 1830), à un style de mobilier caractérisé par un extrême raffinement, qui fut sans doute à l'origine de l'inspiration principale des créateurs de meubles à la fin du xviiie siècle. Son ouvrage en quatre parties, le Livre illustré de l'ébéniste et du tapissier (Cabinet-Maker and Upholsterers' Drawing Book) exerça une grande influence sur les créateurs de mobilier anglais et américains.

Né à Stockton-on-Tees, dans le comté de Durham en Angleterre, Thomas Sheraton fut, semble-t-il, employé comme apprenti chez un ébéniste. À la fois inventeur, artiste, mystique et versé dans les controverses religieuses, il se fit d'abord connaître en tant qu'auteur d'ouvrages théologiques – bien qu'il se décrivît lui-même comme « un artisan, n'ayant jamais bénéficié de l'éducation délivrée par un collège ni d'une quelconque formation académique ». Il s'installe à Londres vers 1790. Sa carte de visite précise, outre son adresse à Wardour Street, dans le quartier de Soho, qu'il « enseigne la perspective, l'architecture et la décoration, réalise les dessins de meubles pour des ébénistes, et vend toutes sortes de livres sur le dessin ».

Comptant surtout sur l'écriture pour gagner sa vie, Sheraton rédige la première partie de son Drawing Book (1791), qui propose des dissertations naïves et verbeuses sur la perspective, l'architecture et la géométrie. Les notes qui accompagnent les planches se révèlent en revanche bien plus détaillées que dans les autres publications du même type, et témoignent de solides connaissances techniques. La seconde partie de l'ouvrage, à laquelle il devra sa notoriété, contient des planches où le trait, admirable, est rarement mis en défaut du point de vue des formes ou des proportions.

En 1803, Sheraton (qui a été ordonné pasteur baptiste en 1800) publie son Cabinet Dictionary (Dictionnaire de l'ébénisterie), doté de planches d'illustrations et sous-titré An Explanation of All Terms Used in the Cabinet, Chair and Upholstery Branches with Dictionary for Varnishing, Polishing and Gilding (Explication de tous les termes employés dans les domaines du mobilier et de la tapisserie, avec un dictionnaire du vernissage, du polissage et de la dorure). Malheureusement, le choix des termes étudiés s'y révèle arbitraire et éclectique, et laisse entrevoir un goût croissant pour l'excentricité. Du projet global, seul un volume, couvrant les lettres A à C, est publié en 1805. Certains dessins témoignent d'incursions hasardeuses dans le style Régence, et dénotent une inspiration franchement fantaisiste. La légende veut que Sheraton ait été un ébéniste à la mode. En réalité, il était pauvre, et sa maison lui servait aussi de boutique. Il est d'ailleurs peu probable qu'il ait fabriqué lui-même des meubles inspirés de ses dessins. Le Drawing Book était un catalogue dont les illustrations furent reproduites dans toute l'Angleterre, avec plus ou moins d'exactitude. Seule une pièce a été authentifiée avec certitude – une bibliothèque vitrée, estampillé « T.S. » dans l'un de ses tiroirs.

Si Sheraton a sans aucun doute emprunté des modèles à d'autres ébénistes, la plupart des pièces apparaissant sur ses planches seraient – du moins dans ses premiers ouvrages – des créations originales. L'extravagance qui caractérisera ses œuvres tardives y est encore à peine perceptible, et son sens inné de la proportion et du style demeure irréprochable. L'appellation « Sheraton » a été abusivement accolée à quantité de meubles en bois satiné ornés de peintures et d'incrustations datant de la fin du xviiie siècle, mais elle peut s'avérer appropriée dès lors qu'elle est employée dans un sens générique, pour qualifier celui qui fut le génie de son époque. Quant à l'hypothèse selon laquelle l'incompréhension qu'il eut à subir durant sa vie est due à sa causticité et à son arrogance, elle reste invérifiable.

Le génie de Sheraton se manifeste dans son approche naturelle du mobilier. Il employa le bois tel quel, sans le recouvrir de dorures ni l'encombrer de chrysocale. Son esthétique néo-classique se révèle à la fois puissante et raffinée, et ses formes soigneusement élaborées. Mais il fut aussi capable du pire. Certains de ses dessins révèlent des projets grotesques ; son travail sur le bois, dont la préciosité n'excluait pas la fermeté, tournera à la mauvaise sculpture ; et son usage d'abord discret des étoffes finit par faire place à une exubérance théâtrale et affectée, frisant le ridicule. Au ton emprunté qu'il employait dans ses premiers écrits pour s'excuser de son manque d'éducation (ainsi dans l'ouvrage A Scriptural Illustration of the Doctrine of Regeneration – Une illustration biblique de la doctrine de la régénération), il substituera un langage agressif, trahissant de l'exaspération vis-à-vis de certains concurrents, tel George Hepplewhite, ou de prédécesseurs. Malgré la détérioration de sa santé mentale, il publiera un dernier traité, Discourse on the Character of God as Love (Discours sur la nature du Dieu Amour), peu avant sa mort, le 22 octobre 1806, à Soho. Le Cabinet-Maker and Upholsterers' Drawing Book et le Cabinet Dictionary ont été réédités en 1970 en fac-similé par les éditions Praeger à New York, et une autre édition du Cabinet-Maker est parue à New York en 1972, avec une Introduction de Joseph Aronson.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Classification

Autres références

«  SHERATON THOMAS (1751-1806)  » est également traité dans :

HEPPLEWHITE GEORGE (mort en 1786)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 507 mots

Ébéniste anglais et créateur de meubles dont le nom est associé, outre-Manche, au style néoclassique, qu'il contribua à y développer avec grâce dans le domaine des arts décoratifs. On sait peu de choses de l'existence de George Hepplewhite, sinon qu'il fut apprenti chez le fabricant de meubles anglais Robert Gillow (1703-1773) à Lancaster, puis ouvrit une boutique sur Redcross Street, à Londres. H […] Lire la suite

Pour citer l’article

« SHERATON THOMAS - (1751-1806) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-sheraton/