THÉOPHILANTHROPIE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La création du culte théophilanthrope répond au désir de sauver la République, en fournissant aux citoyens les bases d'une morale publique. Le besoin d'une nouvelle religion s'était fait sentir, dès l'échec de la Constitution civile du clergé, en 1791, et plusieurs tentatives officielles avaient été faites : culte de la Raison, fête de l'Être suprême. Ce besoin fut ressenti d'une manière plus pressante après le 9-Thermidor, quand on s'aperçut que la déchristianisation avait été beaucoup moins profonde qu'on ne se l'était imaginé. Les églises se remplissent à nouveau, les prêtres réfractaires rentrent en France : le renouveau catholique constitue une menace pour la République.

Dès les premiers mois de l'an IV, on assiste à une floraison de nouvelles religions parmi lesquelles il faut citer plus particulièrement la religion naturelle du club du Panthéon, le culte des adorateurs, de Daubermesnil, et le culte social, de Benoist-Lamothe (abbé Grégoire, Histoire des sectes, 1810 et 1828, 2 vol.). Dans le courant de l'an IV, un modeste libraire, Chemin, traça un plan de culte raisonnable et civique qui ne resta pas lettre morte. Ses idées furent publiées dans le Manuel des théoanthropophiles, qui parut au début de vendémiaire an V (sept. 1796). « Les théophilanthropes croient à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme... ces deux vérités sont nécessaires à la conservation des sociétés et au bonheur des individus. » Tels sont les deux principes de cette religion naturelle qui prêche le respect des devoirs envers les semblables et le respect des devoirs envers la société. Les cérémonies étaient aussi simples que le dogme : les « pères de famille » rendaient hommage au « Père de la nature ». Puis suivent l'examen de conscience et des lectures ou discours de morale, entrecoupés d'hymnes. À l'origine, la plus grande liberté était laissée au « père de famille » qui officiait, mais, progressivement, il y eut une « ritualisation », la messe théophilanthrope devenant aussi bien réglée que la messe catholique.

Les premières cérémonies théophilanthropes eurent lieu dans l'église Sainte-Catherine, mise à la disposition de Chemin par Valentin Haüy, directeur de l'Institut des aveugles. Le parti républicain éclairé suivit avec beaucoup d'intérêt cette tentative d'une religion simple et élégante, sans hiérarchie ni sacerdoce, sans disputes théologiques, prêchant la tolérance, dont l'objet avoué était de guérir les plaies de la Révolution et de restaurer dans les âmes des ennemis du catholicisme les principes d'ordre et de morale. C'est ainsi que la théophilanthropie compta dès le début parmi ses partisans des hommes comme Rallier, Dupont de Nemours, Creuzé-Latouche, Bernardin de Saint-Pierre, Mercier, David, Chénier, Paine, Lecoulteux de Canteleu. Le 12 floréal an V, La Révellière-Lépeaux, un des directeurs, lut à l'Institut des Réflexions sur le culte, sur les cérémonies civiles et les fêtes nationales, apologie du nouveau culte qu'il présentait comme le soutien indispensable de la Constitution et la sauvegarde de la morale publique.

La Révellière-Lépeaux devient le protecteur de la secte, le « pape » disaient ses ennemis par dérision, car la théophilanthropie comptait des ennemis, aussi bien chez les catholiques que chez les républicains « philosophes ». Le péril qui menaçait la République à l'approche du coup d'État du 18 fructidor an V assura à la secte de puissantes protections et de nombreuses adhésions : les théophilanthropes obtiennent de partager avec les catholiques, l'une après l'autre, les quinze églises de Paris qui étaient affectées au culte. En province, la religion naturelle se répand largement, inégalement suivant les régions. Le Manuel est traduit en anglais, en allemand, en hollandais et en italien.

Le coup d'arrêt à l'expansion de la théophilanthropie fut donné par l'établissement du culte décadaire au début de l'an VII (oct. 1798). Le culte civique, c'est-à-dire l'instruction civique, l'emportait sur la religion naturelle. Les déistes étaient vaincus par les philosophes. La théophilanthropie survécut quelques années, mais Bonaparte, négociant le Concordat, chassa la secte de tous les édifices publics par un arrêté de vendémiaire an X (oct. 1801). En 1882, un comité se constitue à Paris pour restaurer la théophilanthropie ; l'entreprise aurait échoué à cause de la querelle boulangiste qui désunit les membres du comité directeur.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : archiviste-paléographe, bibliothécaire à la bibliothèque historique de la Ville de Paris

Classification

Autres références

«  THÉOPHILANTHROPIE  » est également traité dans :

LA RÉVELLIÈRE-LÉPEAUX LOUIS MARIE DE (1753-1824)

  • Écrit par 
  • Jean TULARD
  •  • 372 mots

Avocat à la veille de la Révolution, La Révellière-Lépeaux est élu aux États généraux par la sénéchaussée d'Anjou. Il apparaît comme un partisan farouche du « grand système d'égalité entre les hommes ». Le Maine-et-Loire l'appelle à siéger à la Convention. Il y vote la mort du roi, mais s'oppose en février 1793 à Robespierre dans un retentissant article de La Chronique de Paris , intitulé « Le Cro […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean DÉRENS, « THÉOPHILANTHROPIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/theophilanthropie/