TANNHÄUSER

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Avant de devenir un héros wagnérien, Tannhäuser a été un Minnesänger, dont l'existence réelle est bien attestée. Né vers 1205, noble bavarois, croisé dans sa jeunesse, protégé de la cour d'Autriche, dépouillé de ses biens et menant ensuite une vie de poète errant à travers l'Allemagne et l'Italie, il ne laisse plus de trace après 1268. Ces accidents d'une vie tourmentée et voyageuse pouvaient offrir un terrain propice à la légende qui se saisira de lui — au plus tard vers le milieu du xve siècle, et qu'attesteront des humanistes comme Sébastien Brant, Agricola, Hans Sachs. De cette légende naîtra un Volkslied qui se retrouvera en plusieurs dialectes germaniques et que recueilleront Arnim et Brentano dans leur Wunderhorn, et où Goethe voyait déjà un grand sujet d'inspiration possible pour un chrétien. Selon cette légende, le chevalier-poète Tannhäuser, voulant goûter la vraie joie de l'amour, pénétra dans l'antre de la montagne de Vénus, où, pendant un an, il fut l'amant de la déesse ; repentant, il quitte Vénus en invoquant la Vierge Marie ; il se rend à Rome pour implorer le pardon du pape Urbain, mais celui-ci le lui refuse en s'écriant : « Quand mon bâton portera de nouveau des feuilles, Dieu te fera grâce ! » Trois jours plus tard, le bâton reverdit, mais Tannhäuser était déjà retourné dans la montagne.

C'est à partir de ce lied que Wagner conçut l'idée de son opéra, mais en associant à la légende propre de Tannhäuser la tradition semi-légendaire du tournoi poétique de la Wartburg (dont le héros était jusque-là ce Heinrich von Ofterdingen célébré par Novalis). La fusion des deux légendes, le changement de la conclusion dû à l'introduction d'une jeune fille pieuse, amoureuse de Tannhäuser, permettaient à Wagner la vaste évocation du Moyen Âge germanique, tel qu'il l'imaginait dans son opéra, créé à Dresde en octobre 1845.

Dans le premier tableau, Tannhäuser est dans la grotte de Vénus, endormi sur les genoux de la déesse ; à son réveil, il dit sa nostalgie de la terre et son désir de partir. La déesse tente de le retenir, mais Tannhäuser prononce le nom de Marie et le Venusberg disparaît. Au deuxième tableau, le héros est à nouveau dans le monde des hommes ; une vallée où retentissent les chants des pèlerins qui vont à Rome ; il tombe à genoux et implore le Ciel. Passe la chasse du landgrave Hermann et de ses chevaliers chanteurs. Ils l'invitent à reprendre sa place parmi eux. C'est dans la grande salle du château de la Wartburg qu'il rencontre Élisabeth, fille du landgrave. Elle laisse échapper l'aveu de son amour ; elle sera à lui s'il est vainqueur dans le tournoi poétique qui s'apprête, si, mieux que les autres, il sait pénétrer le mystère du pur amour. Le tournoi commence, mais Tannhäuser n'a pas totalement échappé à la domination de Vénus ; aux autres chevaliers qui célèbrent l'amour chaste et mystique il répond par des chants célébrant la volupté et les plaisirs des sens. Dans l'exaltation de la lutte, il se laisse emporter jusqu'à proclamer à la face des chanteurs indignés son culte pour Vénus, source de toute joie terrestre, de toute beauté et de tout ce qui rend la vie bonne et désirable. Le scandale éclate ; les chevaliers se jettent sur lui l'épée nue et les dames quittent la salle. Élisabeth s'interpose : elle avoue son amour et conjure le landgrave et les chevaliers de ne pas s'ériger en juges à la place de Dieu. Que le coupable aille à Rome demander son pardon. Au début de l'acte trois, Élisabeth est en prière devant la statue de la Vierge. Les pèlerins reviennent de Rome, mais Tannhäuser n'est pas dans leurs rangs ; elle offre sa vie à Dieu pour le salut du pécheur. Un pèlerin épuisé entre en scène ; c'est Tannhäuser. Il raconte à son ami Wolfram von Eschenbach comment le pape lui a refusé son pardon. Il est déjà prêt à retourner chez Vénus, qui apparaît pour reprendre son amant ; mais Wolfram le retient : « Un ange pour toi a prié sur la terre »... et de la Wartburg descend le cortège funèbre d'Élisabeth. Tannhäuser s'agenouille devant le cercueil et expire. Une troupe de pèlerins s'avance alors pour annoncer que le bâton du pape a reverdi ; Tannhäuser est sauvé.

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Pour citer l’article

Françoise AURIVAUD, « TANNHÄUSER », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tannhauser/