TAMIFLU ou PHOSPHATE D'OSELTAMIVIR

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le Tamiflu®, conçu par la société californienne Gilead, fabriqué ensuite par Genentech, filiale du groupe Roche qui le distribue, est le plus célèbre des médicaments contre les virus grippaux. Sur son site Internet américain, Genentech le présente au public comme « ... un médicament utilisé pour soigner la grippe de patients âgés d'au moins deux semaines, atteints des signes cliniques de la grippe depuis moins de deux jours. Le Tamiflu® réduit la contagion chez les sujets de plus d'un an. Ce n'est pas un substitut à la vaccination annuelle contre la grippe ».

Le Tamiflu® est ainsi curatif et préventif. Il est en outre actif contre tous les types de virus grippaux. Il apparaît donc comme un outil général adapté à la lutte contre les pandémies grippales. Pourtant, son efficacité et ses indications sont de plus en plus controversées, et les conditions de sa mise sur le marché aboutissent à une critique des groupes pharmaceutiques et des journaux spécialisés quant à la manière dont les résultats des essais cliniques sont portés à la connaissance des autorités sanitaires et du public.

Deux grandes familles de médicaments contre les virus grippaux

Les virus fonctionnent comme des parasites. Pour se multiplier, ils doivent pénétrer dans une cellule hôte et détourner la machinerie cellulaire pour répliquer leur matériel génétique, produire les protéines virales puis assembler des virus néoformés qui, finalement, sortent de la cellule pour en infecter d'autres. En raison de cette physiologie par détournement, il est très difficile de mettre au point des médicaments antiviraux sans atteindre en même temps la cellule hôte. En concevant des antiviraux, on cherchera donc à s'attaquer à une propriété critique propre au virus. Dans le cas des virus grippaux, des dérivés de l'adamantane (une structure carbonée polyédrique calquant celle du diamant), comme l'adamantadine utilisée pour la première fois en 1967, inhibent de manière complexe la pénétration et la multiplication des virus grippaux du seul type A. Du fait de leur toxicité et des résistances du virus, leur usage est assez limité.

La famille de médicaments la plus « prometteuse » est celle des molécules inhibitrices d'une enzyme virale, la neuraminidase. Cette enzyme fait partie de la capsule virale. Elle se fixe sur un sucre acide, l'acide neuraminique, situé à l'extrémité de la partie glucidique des glycoprotéines de la membrane cellulaire. Cette étape de fixation est nécessaire à la sortie du virus hors de la cellule. Son blocage par un inhibiteur empêche la sortie du virus, limitant donc sa prolifération et sa dissémination dans les voies pulmonaires. L'élucidation de la structure tridimensionnelle de la neuraminidase a permis la conception et le test de deux types principaux d'inhibiteurs analogues de l'acide neuraminique : à partir de 1992, le Zanamivir (Relenza®, laboratoire GlaxoSmithKline) actif par inhalation ; à partir de 1997, l'Oseltamivir (plus connu sous le nom de Tamiflu®, phosphate d'Oseltamivir, laboratoire Roche). Ce dernier est un pro-médicament administré par voie orale et clivé dans l'organisme ce qui libère le principe actif. Ces inhibiteurs de la neuraminidase virale sont utilisés pour lutter contre la grippe en tant que maladie et la dissémination du virus grippal. Du fait de la cinétique de multiplication du virus, ils doivent être administrés très tôt, au plus tard 48 heures – et même de préférence 12 heures – après l'apparition des premiers signes d'une grippe, selon une étude Impact de 2003 sur le Tamiflu®. D'après cette étude, les effets sont sensibles 24 heures après l'administration du produit et les analyses statistiques donnent un raccourcissement de la durée de la maladie d'au moins 30 p. 100 et une diminution significative des surinfections. Plusieurs études menées de 2001 à 2003 indiquent un bénéfice équivalent chez les personnes âgées et chez les enfants, avec dans ce dernier cas un effondrement des infections bactériennes associées à la grippe, les otites en particulier. En ce qui concerne la prévention – ici la contamination des proches dans une famille ou une institution –, la contagion paraît réduite dans de fortes proportions (jusqu'à 90 p. 1 [...]

Mécanisme d’action des inhibiteurs de la neuraminidase

Dessin : Mécanisme d’action des inhibiteurs de la neuraminidase

À gauche, action de la neuraminidase dans la réplication continue des virions à l'infection grippale. À droite, la réplication est bloquée par des inhibiteurs de la neuraminidase, qui empêchent les virions d'être libérés de la surface des cellules infectées (d'après : A. Moscona, 2005). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Écrit par :

  • : chercheur en histoire des sciences, université Paris-VII-Denis-Diderot, ancien chef de service à l'Institut Pasteur

Voir aussi

Pour citer l’article

Gabriel GACHELIN, « TAMIFLU ou PHOSPHATE D'OSELTAMIVIR », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tamiflu-phosphate-d-oseltamivir/