SPÉCIALISATION ET INTÉGRATION INTERHÉMISPHÉRIQUE

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C’est aux neurologues Marc Dax et Paul Broca, vers le milieu du xixe siècle, que nous attribuons les premières découvertes liées à la spécialisation hémisphérique cérébrale. En observant des patients présentant des lésions cérébrales dans l’hémisphère gauche et des difficultés langagières importantes, ces médecins ont proposé la théorie de la dominance cérébrale de l’hémisphère gauche pour le langage. Ainsi, les premières connaissances portant sur la spécialisation et l’intégration interhémisphériques provenaient d’études de cas de patients avec une lésion cérébrale latéralisée ou dont le corps calleux était sectionné, ce qui empêche la communication entre les deux hémisphères du cerveau. D’autres méthodes, telles que le test de Wada et la stimulation intracrânienne, sont également utilisées sur une base clinique pour déterminer le rôle de chaque hémisphère dans les fonctions cérébrales. Par ailleurs, l’arrivée de l’imagerie cérébrale fonctionnelle (principalement l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, IRMf) a engendré une augmentation importante du nombre d’études scientifiques sur ce thème depuis les années 1990, ce qui a permis de faire avancer sensiblement notre compréhension de la spécialisation et de l’intégration interhémisphériques, et ce, tant chez les patients que chez les individus neurologiquement sains.

Spécialisation et intégration : définitions

La spécialisation hémisphérique cérébrale reflète l’hébergement de réseaux neuronaux spécialisés dans une fonction cognitive ou comportementale par un hémisphère cérébral. L’expression « spécialisation hémisphérique » a graduellement remplacé celle de « latéralisation cérébrale », autrefois beaucoup plus répandue, pour tenir compte de la nuance selon laquelle les deux hémisphères travaillent conjointement et que les fonctions ne sont pas strictement prises en charge par un seul hémisphère. Cette nuance s’est notamment développée de pair avec l’avancement des méthodes d’investigation, qui permettent aujourd’hui une meilleure précision et compréhension du fonctionnement cérébral. D’autres expressions sont également rencontrées dans les écrits scientifiques, comme la « dominance hémisphérique » et l’« asymétrie cérébrale ». L’intégration interhémisphérique renvoie quant à elle à l’interaction entre les hémisphères des réseaux neuronaux spécialisés permettant un traitement de l’information plus rapide et efficace, optimisant ainsi le fonctionnement cérébral. Il faut savoir que la spécialisation et l’intégration interhémisphériques ne sont pas des propriétés spécifiques au cerveau humain, étant notamment observées chez les primates, les souris et les oiseaux chanteurs.

D'après une conception populaire de la spécialisation hémisphérique du cerveau, les individus auraient un cerveau droit dominant s’ils sont créatifs ou un cerveau gauche dominant s’ils sont rationnels. Il s’agit d’un mythe : la spécialisation hémisphérique varie selon les fonctions cognitives recrutées, les tâches effectuées et les régions cérébrales et non selon les individus et leur personnalité. L’organisation hémisphérique cérébrale est ainsi relativement similaire entre les individus.

La spécialisation et l’intégration interhémisphériques sont étroitement liées. Un nombre restreint de régions cérébrales habituellement localisées dans un seul hémisphère est recruté pour effectuer des tâches simples. Plus la complexité de la tâche – donc du traitement requis – augmente, plus les régions cérébrales recrutées sont nombreuses et s’étendent aux deux hémisphères, indiquant ainsi une augmentation de la coopération et de l’intégration interhémisphériques. Le degré de latéralisation des différentes fonctions cérébrales peut donc significativement varier selon la performance, la difficulté et le type de tâche.

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Schématisation de la connectivité intra- et interhémisphérique dans le cerveau

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Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Principales commissures interhémisphériques du cerveau

Principales commissures interhémisphériques du cerveau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Écrit par :

  • : candidate au doctorat en neuropsychologie, université de Montréal, Québec (Canada)
  • : neuropsychologue, professeure au département de psychologie de l'université de Montréal, directrice du Laboratoire d'imagerie optique en neurodéveloppement du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, université de Montréal , Québec (Canada)

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Pour citer l’article

Laura CARON-DESROCHERS, Anne GALLAGHER, « SPÉCIALISATION ET INTÉGRATION INTERHÉMISPHÉRIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/specialisation-et-integration-interhemispherique/