SOUFFLERIES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Voler plus haut, plus vite, préserver la vie des pilotes d’essais et des passagers, autant de défis relevés par l’homme depuis l’aube du xxe siècle, quand les pionniers de l’aviation s’attachèrent à faire décoller des engins plus lourds que l’air et à les maintenir en sustentation. Contemporaines des premiers exploits aériens, les souffleries aérodynamiques, en recréant artificiellement les conditions rencontrées lors d’un vol, ont puissamment concouru aux progrès de l’aéronautique.

Mais l’utilisation de ces souffleries n’est pas limitée à l’aéronautique. La recherche de meilleures performances, associée au souci d'économies d'énergie, incite les constructeurs de véhicules terrestres à réaliser des essais aérodynamiques. Les bâtiments et ouvrages d'art sont aussi concernés. Les maquettes des ponts de Normandie et de Millau ont été testées en soufflerie. Les skieurs et les cyclistes ont également recours aux essais en soufflerie pour expérimenter de nouveaux équipements ou optimiser leur position.

De la naissance aux premières évolutions des souffleries

Définition de la soufflerie

Les souffleries sont des installations (tunnels de forme circulaire, elliptique ou rectangulaire) dans lesquelles le vent est produit par des ventilateurs ou au moyen d’air comprimé afin d’étudier et de mesurer l’action de cet écoulement d’air sur un corps solide. La veine d’essai représente la partie du circuit où est disposé le corps à étudier. Inventés à la fin du xixe siècle, ces laboratoires aérodynamiques ont pris leur essor au début du xxe siècle. Le procédé repose sur le principe de relativité énoncé par Isaac Newton dès 1687 : les forces qui s'exercent sur un corps plongé dans un fluide et ce fluide sont les mêmes, que le corps se déplace avec une certaine vitesse à travers le fluide au repos ou que le fluide se déplace avec la même vitesse relative par rapport au corps qui, lui, est immobile.

La soufflerie porte un nom impropre puisqu’elle est encore aujourd’hui désignée par le moyen de mise en mouvement de l’air des premières installations – un ventilateur qui soufflait de l’air en amont (par rapport au sens de l’écoulement) de la veine d’essai – alors que très rapidement on a préféré disposer le ventilateur en aval de cette veine, d’où le mode de fonctionnement usuel par aspiration. Le terme soufflerie est resté en français. Les autres pays précurseurs dans la science du vol nomment de manière plus juste cette installation : wind tunnel (tunnel à vent) en anglais, Windkanal (canal à vent) en allemand, galleria aerodinamica (tunnel aérodynamique) en italien et aerodinamicheskaya truba (tuyau aérodynamique) en russe, ce qui ne préjuge pas de la manière dont l’air est mis en mouvement dans le circuit.

Les souffleries ont grandement contribué au développement de l’aviation ; elles ont réduit le nombre d’accidents, en sauvegardant ainsi la vie des pilotes et en préservant le matériel. Elles ont aussi permis de passer du « flair » des constructeurs à « l’art » de l’ingénieur.

Les moyens d’investigation concurrents des souffleries

La soufflerie constitue un moyen d’investigation expérimental, très commode, qui s’est rapidement imposé au détriment des moyens alternatifs reposant sur le déplacement direct de l’objet dans l’air, soit par :

– Mouvement rectiligne horizontal : cas des essais d’avion réalisés par la société allemande Siemens en 1901 sur un train lancé à 160 km/h, procédé repris par l’Institut aéro-technique (I.A.T.) de Saint-Cyr-l’École en 1909 grâce à une voie de chemin de fer privée de 1,4 km mise en place pour tester des matériels ; essais de profils d’ailes, expérimentés par Armand de Gramont (le duc de Guiche) sur son véhicule automobile.

– Mouvement rectiligne vertical : cas de la chute libre guidée réalisée en 1908 par Gustave Eiffel à partir du deuxième étage de la tour éponyme.

– Combinaison des deux précédents moyens en réalisant une tyrolienne qui profite des effets de la gravité pour mettre en mouvement un objet le long d’un câble tendu : moyen expérimenté en 1904 par Ferdinand Ferber, en profitant de la déclivité du vallon de Meudon pour lancer son avion, suspendu à un chariot glissant le long d’un câble tendu entre des pylônes. Gustave Eiffel avait aussi envisagé un tel dispositif – qu’il avait appelé aérodrome – à partir du premier étage de sa tour, avant [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 10 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Médias

Souffleries : schémas de principe

Souffleries : schémas de principe
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Gustave Eiffel

Gustave Eiffel
Crédits : Laboratoire aérodynamique Eiffel

photographie

Soufflerie Eiffel

Soufflerie Eiffel
Crédits : J.-M. Seguin/ CSTB/ Laboratoire aérodynamique Eiffel

photographie

Soufflerie hypersonique F4 du Fauga-Mauzac (France)

Soufflerie hypersonique F4 du Fauga-Mauzac (France)
Crédits : ONERA

photographie

Afficher les 10 médias de l'article

Écrit par :

  • : professeur associé à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

Autres références

«  SOUFFLERIES  » est également traité dans :

AÉRODYNAMIQUE

  • Écrit par 
  • Bruno CHANETZ, 
  • Jean DÉLERY, 
  • Jean-Pierre VEUILLOT
  •  • 7 225 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre «  Les moyens expérimentaux : souffleries et méthodes de mesure »  : […] Le moyen d'essai au sol qu'est une soufflerie aérodynamique repose sur le principe que les forces s'exerçant sur un corps baigné par un fluide sont les mêmes que le corps se déplace à travers le fluide au repos ou que le fluide s'écoule autour du corps immobile avec la même vitesse relative. Ce changement de repère pose un problème quand on étudie des véhicules terrestres se déplaçant sur une rou […] Lire la suite

PATRIMOINE INDUSTRIEL (France)

  • Écrit par 
  • Bruno CHANETZ, 
  • Laurent CHANETZ
  •  • 6 540 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Des sites industriels singuliers »  : […] L'architecture industrielle ne se limite pas aux seuls vestiges du passé proto-industriel, ni aux monuments étatiques ou aux bâtiments privés servant la gloire de leurs commanditaires. La notion de patrimoine industriel déborde du cadre architectural classique. Elle inclut des édifices qui privilégient le côté fonctionnel et dont la conception est guidée par des nécessités de production. La fin du […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Bruno CHANETZ, « SOUFFLERIES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/souffleries/