INDIA SIGISMONDO D' (1582 env.-env.1629)

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Considéré dans l'art du madrigal comme le seul compositeur à soutenir la comparaison avec Claudio Monteverdi, Sigismondo d'India, nourri de la tradition polyphonique du stile antico du Cinquecento, saura dans sa maturité manier le nouveau style (stile moderno) du récitatif chanté (recitar cantando), alliant de manière incomparable les styles de Carlo Gesualdo, de Luca Marenzio et de Giaches de Wert à celui de Monteverdi.

On connaît mal la première période de la vie de Sigismondo d'India, né à Palerme, en Sicile, vers 1582. Les pages de titre de ses publications le décrivent comme étant de noble extraction. En 1606, il est à Mantoue, où il a peut-être rencontré Monteverdi. En 1608, sa présence est attestée à Florence, où il fréquente la Camerata Bardi (ou Camerata Fiorentina) ; il y rencontre le compositeur et chanteur Giulio Caccini ainsi que la soprano, luthiste et danseuse Vittoria Archilei, qui deviendront les interprètes de ses œuvres. Chanteur lui-même, Sigismondo d'India est nommé en 1611 « maestro della musica di camera » à la cour du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier, à Turin, poste que des intrigues courtisanes le contraignent à abandonner en mai 1623. La majeure partie de sa production date de son séjour à Turin, durant lequel il publie une dizaine de recueils ainsi que la musique pour Zalizura, une favola pescatoria, forme de pastorale en musique dans laquelle les bergers sont remplacés par des pêcheurs. Il manifeste alors sa prédilection pour la musique profane, encouragé en cela par le duc, lui-même poète, peintre et ardent défenseur du nouveau style monodique.

Après son départ de Turin, Sigismondo d'India voyage durant cinq mois en Italie ; entre octobre 1623 et avril 1624, il est à la cour d'Alphonse d'Este, à Modène. Il part ensuite pour Rome, où il devient le protégé du cardinal Maurice de Savoie, fils de Charles-Emmanuel Ier. En 1625, son drame sacré Sant'Eustachio est représenté dans le palais du cardinal. En 1626, il compose pour le pape Urbain VIII la messe Domine, clamavi ad te. Au début de cette même année 1626, il revient à Modène, où il a obtenu un poste à la cour des Este ; il y dirige à l'automne une messe de sa composition à l'occasion des funérailles d'Isabelle d'Este. Un document du 19 avril 1629 adressé à ses héritiers atteste que Sigismondo d'India est mort avant cette date, probablement à Modène.

Sigismondo d'India a publié, entre 1606 et 1627, dix-huit livres, dont se détachent douze recueils de musique polyphonique a cappella comprenant notamment huit livres de madrigaux à cinq voix, certains avec basse continue (I, Milan, 1606 ; II, Venise, 1611 ; III, Venise, 1615 ; IV et V, Venise, 1616 ; VII et VIII, Rome, 1624 ; aucune trace ne subsiste d'un livre VI), trois livres de motets pour deux à six voix – dont un superbe livre de motets pour quatre voix (Venise, 1627) –, deux de villanelles napolitaines pour trois à cinq voix (Villanelle alla napolitana, Naples, 1608 et Venise, 1612), deux livres de musique sacrée pour trois à six voix (Sacri concentus ecclesiastici, Venise, 1609 et 1610).

Malgré la réticence que Sigismondo d'India semble avoir montrée au début de sa carrière pour le chant soliste, qu'il aurait commencé à pratiquer « pour rendre service à ses amis plus que pour son plaisir propre », il va cependant écrire cinq livres de Le Musiche da cantar solo (I, Milan, 1609 ; II, Venise, 1615 ; III, Milan, 1618 ; IV – qui est en fait Le Musiche e balli a quattro voci con il basso continuo de 1621, rassemblant des musique de scène chorégraphiques et chorales –, Venise, 1621 ; V, Venise, 1623). Il suit ainsi les encouragements de Caccini mais il est aussi, assurément, stimulé par les principes de la seconda prattica prônée par Monteverdi. Le Musiche da cantar solo comporte des pièces pour voix seule ou pour deux voix et plus, certaines avec basse continue.

Sigismondo d'India a ainsi participé de manière active à la révolution musicale de son temps, qui voit le passage du style polyphonique au style monodique, en composant un grand nombre d'arias mesurées et de monodies accompagnées ; le chromatisme de la plupart de ces pièces et le remarquable sens dramatique du compositeur mettent en valeur l'expressivité des paroles, idéal même de cet art nouveau dit stile rappresentativo. Son Lamento di Giasone, son Lamento d'Olimpia, son Crud'Amarilli (du Premier livre de madrigaux à cinq voix), sur un texte de Giovan Battista Guarini, et son Huitième Livre de madrigaux à cinq voix et basse continue, dont une partie des textes est empruntée au Berger fidèle de Guarini, en constituent les exemples les plus aboutis.

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  • : compositeur, critique, musicologue, producteur de radio

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O Bella Destra, INDIA (Sigismondo d')

  • Écrit par 
  • Alain FÉRON
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Dans le chapitre « Auteur »  : […] D'India fréquente en 1608 la Camerata Bardi, cercle florentin d'humanistes, de poètes, de musiciens et d'érudits qui va inventer l'opéra. En 1609, il publie à Milan le premier des cinq livres de Le Musiche da cantor solo , qui assurent aujourd'hui sa renommée. De 1611 à 1623, il est «maître de la musique de chambre» à la cour du duc de Savoie Charles-Emmanuel I er , à Turin. Il a écrit des recueil […] Lire la suite

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Alain FÉRON, « INDIA SIGISMONDO D' (1582 env.-env.1629) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sigismondo-d-india/