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ROYAUME-UNI L'empire britannique

Commonwealth

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Du xvie siècle des Tudors aux années 1960, l'Angleterre s'identifie avec le « grand large ». « Rocher » à la pointe du continent européen, elle a étendu sa domination sur des territoires de plus en plus vastes, au point que son empire a représenté, au début du xxe siècle, le quart des terres émergées et une proportion similaire de l'espèce humaine. Lorsqu'elle se détermine, à partir de 1961, à privilégier son identité continentale et se persuade de chercher à nouer sa destinée à celle des partenaires de la Communauté économique européenne, elle ne se résigne pas pour autant à rompre totalement avec un passé qui continue de lui inspirer orgueil et nostalgie : au début du xxie siècle, un Commonwealth de cinquante-trois nations associées sous l'égide du souverain britannique rappelle et proroge l'existence d'un ensemble qui n'a jamais connu son pareil.

De cet ensemble, le géographe Albert Demangeon, en 1924, retenait deux définitions essentielles : l'hétérogénéité et l'ubiquité. « Les communautés d'hommes qui le constituent, éloignées les unes des autres, manquent de continuité territoriale ; toute fusion entre [elles] paraît impossible. » Mais il relevait aussitôt que, contre la distance, il y avait la mer, qui, à condition d'être « libre », unissait les zones tempérées et tropicales en une imposante «  thalassocratie ». L'empire britannique, à l'opposé d'autres grandes constructions historiques, a, dès le départ, été un empire des mers. Britannia, qui le symbolise, porte le trident de Neptune ; Oceana est le nom de baptême que lui offrent James Harrington en 1656, comme James Anthony Froude deux cent trente ans après. L'aventure impériale est inséparable de la conquête de la domination maritime, car, comme le dit très tôt Walter Raleigh, « qui tient la mer tient le monde ».

Avant que les mappemondes de l'époque victorienne se teintent résolument du rouge qui définit les possessions britanniques, comme le rose définit les françaises, l'expansion n'a pas été commandée par un grand dessein. Les termes d'impérialisme et d'impérialistes ne deviennent courants qu'au cours des deux dernières décennies du xixe siècle, quand le Français Victor Bérard s'efforce en vain de suggérer le terme de « panbritannisme » (1900). Les passions populaires s'éveillent tout aussi tardivement, même si, dès 1850, un Palmerston s'exaltait déjà à la vision du « nouvel Empire romain, sur lequel le soleil ne se couche jamais » et qui serait le champ de parcours d'un nouveau civisromanus, baptisé britannicus. Sauf dans le cas de l'Amérique du Nord, propice aux établissements de colons venus de la zone tempérée européenne, l'empire a longtemps été une entreprise commerciale et, accessoirement, pour les esprits religieux, l'occasion de diffuser la parole du Christ et de permettre aux Anglais, « nouvel Israël », de rapprocher l'avènement du royaume de Dieu. Ces desseins pouvaient s'accomplir en dehors d'une mainmise politique totale et la révolution américaine de 1776 a d'ailleurs convaincu bien des esprits que le fruit colonial était, de toute manière, destiné tôt ou tard à tomber de l'arbre métropolitain. Étrangement, entre le temps des compagnies et des comptoirs et les premières décennies de l'âge victorien, vers 1840-1870, on retrouve l'expression d'un même doute : pourquoi entreprendre des travaux coûteux et consacrer des sommes considérables à des dépenses militaires et navales là où les échanges s'opèrent sans difficulté et procurent toutes satisfactions et tous profits ? Évoquer l'histoire de l'empire, c'est ainsi ne pas être indifférent à ce qu'on appelle l'« empire informel », ou les « colonies sans drapeau », l'ensemble des États et nations-clients dans toutes les acceptions du terme : à l'époque victorienne,[...]

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Écrit par

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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