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RISQUE ET INCERTITUDE

On a longtemps cru que le risque échappait à toute logique. Au xviie siècle encore, le système du monde fonctionnait comme une horloge bien huilée, la foi ne laissant pas de place au hasard. La chance n'avait sa place que dans les jeux de hasard goûtés, précisément, par des mondains dont la foi était sujette à éclipses. C'est alors que des savants, inspirés par ces jeux, découvrirent que le hasard a ses lois. Sa conduite respecte des règles précises et universelles, communes à tous les risques dont nous connaissons l'étendue.

Genèse des notions de risque et d'incertitude

On définit un risque par l'ensemble des événements possibles qui peuvent en résulter, ainsi que par la probabilité associée à chacun de ces événements. C'est à Jérôme Cardan que l'on doit une première définition de la notion de probabilité dans son Liber de ludo aleae (Livre sur les jeux de chance) en 1563. La probabilité d'un événement s'exprime comme le rapport du nombre d'événements « favorables » sur le nombre d'événements possibles. Le lancement d'un dé équilibré, par exemple, produit une chance sur six d'obtenir l'as, auquel correspond donc une probabilité 1 /6. La définition de Cardan repose sur l'hypothèse implicite de l'équiprobabilité des résultats possibles. Bien que cette hypothèse soit vérifiée dans cet exemple, elle pose le problème de la circularité de la définition. Pour définir une probabilité selon Cardan, on a besoin que tous les événements aient la même probabilité. Cette ambiguïté ne sera levée qu'au début du xxe siècle, avec les axiomes d'Andreï Nikolaïevitch Kolmogorov, qui développe une théorie mathématique du risque selon les mêmes principes déductifs qu'Euclide dans le domaine de la géométrie.

Malgré l'intérêt certain des travaux de Cardan, Blaise Pascal et Pierre de Fermat sont universellement reconnus comme les fondateurs de la théorie des probabilités, à travers la correspondance qu'ils échangèrent en 1654. Tous deux résolvent le problème consistant à calculer le nombre d'événements favorables. C'est le fameux triangle de Pascal qui permet, par exemple, de déterminer qu'il y a 11 chances sur 16 d'obtenir au moins deux « pile » sur quatre lancements d'une pièce équilibrée.

Christiaan Huygens, au xviie siècle, Thomas Bayes et Leonhard Euler au xviiie siècle, puis Karl Friedrich Gauss et Pierre Simon Laplace au xixe siècle prendront la relève pour peaufiner la théorie des probabilités et des statistiques, tout en dépassant l'approche combinatoire au profit des méthodes nouvelles de l'analyse. Sous l'influence de Laplace, le calcul des probabilités se verra appliqué dans de nombreux domaines, dont la médecine, la physique, la chimie, la morale, la politique et les sciences sociales. Pour Laplace, tous les phénomènes de la nature, et en particulier les processus politiques et sociaux, sont régis par une combinaison de règles permanentes et par des accidents aléatoires gouvernés par les lois de la probabilité.

Frank Knight (1885-1972) introduit une différenciation entre risque et incertitude. Il part de l'observation que nos connaissances sont souvent largement insuffisantes pour déterminer les probabilités des différents événements possibles. On parle d'incertitude lorsqu'une telle quantification objective des probabilités est impossible. L'exemple classique correspond au jeu consistant à offrir un prix au joueur qui tire une boule blanche d'une urne, sans dire a priori la proportion de boules blanches et noires contenues dans celle-ci. L'incertitude peut même être qualifiée de radicale lorsqu'on est incapable d'établir la liste des événements possibles liés à un aléa. Ainsi peut-on parler de risque pour un investisseur qui achète des actions,[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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