PROTECTION DE LA NATUREVue d'ensemble

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Extinctions en masse des espèces, menaces de crises écologiques induites par les changements climatiques, prise de conscience croissante de l'importance pour le bien-être humain des services rendus par les écosystèmes... : la nature, parée depuis le Sommet de Rio de Janeiro (1992) des nouvelles plumes de la biodiversité, se rappelle à nous.

Et, dans ce contexte, loin d'être démodée, la protection de la nature s'impose comme une composante nécessaire des stratégies de développement durable : elle s'inscrit même dans les agendas politiques. Ainsi, au Sommet planétaire de Johannesburg sur le développement durable, en 2002, a été arrêté l'objectif commun de freiner l'érosion de la biodiversité à l'horizon 2010, l'Union européenne s'engageant quant à elle à la stopper.

Face à ce type de défi, les écologues et les biologistes, qui l'avaient anticipé depuis les années 1980, ont su se mobiliser et évoluer pour répondre. Pour mieux comprendre cette importante problématique, qui est au cœur de la convention sur la diversité biologique, il est utile de mieux cerner l'histoire de la conservation de la nature, les différentes composantes de la protection des espèces et son recadrage scientifique à partir des années 1980, le rôle des espaces protégés (qui restent un instrument majeur dans la mise en œuvre des stratégies de conservation durable), ainsi que la réhabilitation des habitats dégradés et des populations d'espèces en voie d'extinction, objectifs de l'écologie de la restauration.

L'expression d'une volonté de protection de la nature n'est pourtant pas nouvelle, même si elle semble relativement récente dans l'histoire des sociétés humaines. De fait, face à l'avancée des pionniers qui, en Amérique du Nord, tendent à faire disparaître la nature, Abraham Lincoln, à l'instigation de John Muir, amorce en 1864 une politique de protection de la nature appuyée par la création de parcs nationaux. Il s'agissait bien de préserver ces espaces de l'action néfaste des hommes. Puis, sous l'influence du forestier Gifford Pinchot, formé en Allemagne et en France, émerge un nouveau courant de pensée préoccupé de finalités économiques, d'utilisation sage et raisonnée de ce qui apparaît comme des ressources disponibles pour le développement du pays. Ainsi commencent à s'opposer, dès le début du xxe siècle, deux courants de pensée dans le monde de la protection de la nature : au courant de la préservation, chère aux défenseurs d'une nature sauvage (wilderness) qu'il faut garder dans toute son intégrité, répond le courant de la conservation, soucieux d'une protection ouverte aux hommes, conciliable avec une utilisation avisée des ressources offertes par la nature. L'histoire ultérieure de la protection des espèces et de leurs habitats est marquée par une dialectique incessante entre ces deux courants, à ceci près que l'omniprésence de l'homme dans les écosystèmes de la planète, océans compris, est en train de faire prévaloir la conservation sur la préservation absolue.

Parallèlement, commence à émerger une nouvelle discipline scientifique, qui s'affirmera au cours du xxe siècle : l'écologie. Des échanges d'abord discrets, mais de plus en plus profonds à partir de la seconde moitié du xxe siècle, entre le monde des sciences écologiques (qui développent les connaissances) et celui de la protection de la nature (qui les appliquent), ont contribué à la maturation des stratégies de conservation de la nature. C'est ce que mettra en relief une synthèse consacrée à la conservation des espèces et à l'émergence, au sein d'une écologie qui prend conscience de l'anthropisation du monde, d'une nouvelle discipline improprement baptisée « biologie de la conservation ». Improprement, parce qu'il ne s'agit pas que de biologie, loin de là : c'est à la constitution d'une véritable science intégrative de la conservation des espèces et des milieux, une science tournée vers l'action, qu'écologues et spécialistes des sciences de l'homme et de la société sont emportés ensemble. Voilà la nouveauté.

Dans ce contexte, il se confirme que les problèmes posés à la protection de la nature sont d'abord des questions d'espace, d'écosystèmes et de milieux : pour développer leurs activités, les sociétés humaines ont besoin d'espace. En effet, les villes, les champs, les routes et les voies ferrées prennent de plus en plus de place et c'est autant de moins laissé à la flore et à la faune sauvages. Une concurrence pour la terre, pour de l'espace où développer et nourrir une population humaine mondiale de plus en plus importante, voilà le problème qui oppose les hommes au reste du monde vivant. Ce dernier est, par ailleurs, indispensable à l'humanité comme le soulignent les concepts de biodiversité et de services écologiques (cf. biodiversité). C'est tout le paradoxe que vise à résoudre le « développement durable ».

Enfin, la protection de la nature ne se réduit pas à empêcher, à interdire : elle doit aussi réparer. Pour cela, elle s'appuie de plus en plus sur une nouvelle discipline née dans ce creuset si fécond des sciences écologiques : l'écologie de la restauration.

Ainsi, depuis le tournant du xxe siècle, la protection de la nature a cessé de n'être qu'une préoccupation marginale, un passe-temps d'amoureux des fleurs et des petits oiseaux. La planète entière, avec tous ses milieux, est devenue la niche écologique de l'espèce Homo sapiens. Du même coup, centre de la biosphère, l'homme est totalement immergé dans la biodiversité dont il dépend et qu'il menace. Devenue conservation de la biodiversité, la protection de la nature est une priorité pour tous les pays du monde. Un enjeu et un défi de civilisation.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, directeur du département écologie et gestion de la biodiversité, Muséum national d'histoire naturelle, Paris

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Pour citer l’article

Robert BARBAULT, « PROTECTION DE LA NATURE - Vue d'ensemble », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/protection-de-la-nature-vue-d-ensemble/