PROSTITUTION DANS L'ANTIQUITÉ

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Le champ lexical antique de la prostitution est très diversifié : koinê, philê, pornê, hetaira, pour désigner la prostituée grecque ; meretrix, lupa, publica, scortum pour nommer la prostituée romaine ; porneion pour signifier la maison de passe en Grèce ancienne, hetairêsis (grec) et meretricium (latin) pour qualifier l’acte de prostitution, etc. Cette particularité linguistique est révélatrice des multiples significations qui entourent les transactions sexuelles dans la Grèce et la Rome anciennes (vie siècle av. J.-C. – ve siècle apr. J.-C.). Elle souligne également l’importance qu’il y a à les considérer en dehors des catégorisations modernes qui opposent la mère à la putain ou qui définissent le désir selon le sexe de l’individu (opposition homosexualité-hétérosexualité). Le verbe prostare (« exposer pour une mise en vente »), d’où vient le substantif « prostitution », est rarement utilisé pour désigner le commerce du sexe avant l’Antiquité tardive (au ive siècle apr. J.-C.). Dans la Grèce classique, celle d’Athènes au temps de Périclès et de Démosthène aux ve et ive siècles avant J.-C., la monétarisation des services sexuels coexiste avec la pratique du don, ce qui, en évitant la standardisation des prix, permet parfois des gains considérables (logement luxueux, nourriture et vêtements raffinés…) et une personnalisation de l’échange, surtout quand celui-ci dure plusieurs mois, voire plusieurs années. Par ailleurs, la sexualité n’est pas dissociée des autres formes de plaisirs, qu’ils soient intellectuels et artistiques, ou corporels (notamment les plaisirs de table). Ils sont tous régis par la même morale fondée sur la mesure et le respect des hiérarchies sociales. La prostitution s’insère par conséquent dans l’ensemble complexe des rapports sociaux, qui sont davantage organisés autour de la distinction entre personnes libres et non libres, classes supérieures et inférieures, plutôt qu’entre hommes et femmes ou entre femmes respectables et femmes de mauvaise vie.

Des marchés sexuels légalement ouverts à tous

Dans l’Antiquité, le commerce du sexe n’est pas circonscrit à un espace particulier : quelle que soit la ville, à Athènes, dans le port d’Éphèse, à Alexandrie en Égypte, à Rome, à Pompéi, à Ostie ou à Volubilis, les hommes et femmes prostitués se tiennent dans les parcs, près des portes d’accès aux cités, dans les bordels et les tavernes, derrière les tombeaux ou au sein même des armées. L’imbrication des activités sexuelles avec les autres activités marchandes indique que le désir sexuel n’est pas en lui-même une chose honteuse, ce que confirme la diffusion assez généralisée de peintures, graffiti et sculptures érotiques.

Les citoyens athéniens du ive siècle avant J.-C. expliquent d’ailleurs que les bordels publics ont été institués par le législateur Solon au vie siècle avant J.-C. afin de protéger du désir des hommes la vertu des femmes et des jeunes gens ayant le statut de citoyen. Non seulement légal, le commerce du sexe est donc considéré comme bénéfique pour l’ordre social : à Rome, l’empereur Auguste (vers 63 av. J.-C. – 14 apr. J.-C.) fait enregistrer les prostituées, les puellae vulgares, et, comme en Grèce depuis le vie siècle avant J.-C., des fêtes publiques sont organisées pour célébrer les bénéfices de la jouissance, qu’ils soient matériels ou pas.

Les femmes et, dans une moindre mesure, les hommes au service d’une clientèle masculine sont le plus souvent des esclaves, comme le confirment les nombreux graffiti de Pompéi vantant à la fois les mérites professionnels de l’une ou de l’autre et le prix à payer pour en profiter. Des proxénètes éduquent de très jeunes enfants achetés dans ce but : certains sont même loués à la soirée ou à la journée. À Athènes au ive siècle avant J.-C., le prix de ces locations est réglementé et limité à 2 drachmes par jour, ce qui correspond à quatre fois le salaire journalier d’un ouvrier ordinaire. Toutes les sources grecques et latines confirment que le métier du sexe – quand il s’accompagne de compétences dans d’autres plaisirs comme la musique, le chant ou la danse – est bien plus lucratif que celui de la laine et du tissage. C’est pourquoi des hommes et des femmes libres se louent eux-mê [...]

Graffiti érotique de Pompéi, Ier siècle.

Photographie : Graffiti érotique de Pompéi, Ier siècle.

Une peinture murale provenant de Pompéi illustre une scène érotique. Les plaisirs sexuels, et par conséquent la prostitution, étaient alors régis par le respect des hiérarchies sociales distinguant les maîtres et les esclaves. Graffiti du Ier siècle, Pompéi. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG-images

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Écrit par :

  • : professeure des Universités en histoire ancienne, université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, directrice de l'UMR 8210 Anthropologie et histoire des mondes antiques

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Pour citer l’article

Violaine SEBILLOTTE CUCHET, « PROSTITUTION DANS L'ANTIQUITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/prostitution-dans-l-antiquite/