SOULAGES PIERRE (1919- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Surgie dans l'après-guerre, radicalement abstraite mais éloignée de l'art géométrique, reçue favorablement aux États-Unis, la peinture de Pierre Soulages a pu être un temps rapprochée de l'action painting, quand on ne la rangeait pas du côté d'un art gestuel à la française. Mais, travaillant hors de tout groupe, n'obéissant qu'à son impératif intérieur, ce peintre a toujours su échapper à tout positionnement théorique collectif et son œuvre n'a jamais évolué que selon ses propres lois. En plus de soixante ans d'activité, la permanence de la manière de Soulages est remarquable. Cette grande allure qui n'est qu'à lui, de force contenue, d'autorité, de monumentalité et de rigueur sans raideur, reconnaissable dans chaque pas nouveau, et qui unit subtilement les toiles, les papiers, les estampes, les vitraux et ses quelques bronzes, relie tout l'ensemble non à l'histoire de la peinture d'abord, mais aux racines du peintre et à ses goûts d'enfant, quand, peignant à l'encre noire au pinceau sur des feuilles blanches la neige, il construisait son rapport originaire et définitif à la peinture. Cette passion de la lumière exaltée par le noir n'a pas cessé de guider sa main et son œil.

Vers l'« outrenoir »

Né à Rodez le 24 décembre 1919, caché à Montpellier pendant la guerre pour échapper au Service du travail obligatoire (STO), Pierre Soulages gagne Paris en 1946 pour se consacrer à la peinture. Lorsqu'il apparaît soudainement au grand jour au Salon des surindépendants en 1947, son travail, immédiatement salué par Francis Picabia et Hans Hartung, reçoit très rapidement une reconnaissance internationale et ses toiles entrent, dès le début des années 1950, dans les collections des plus grands musées européens et américains. Son audience ne cessant de croître, les rétrospectives internationales se sont succédé dans les quatre continents depuis 1960, et son œuvre est présentée aujourd'hui dans le monde entier. Une aile du musée Fabre à Montpellier accueille, depuis 2007, trente et une de ses toiles, et un musée Soulages, consacré notamment à son œuvre sur papier, ouvrira à Rodez en 2011.

En plus de soixante années d'activité, il a réalisé à ce jour près de 1 500 peintures sur toile et de 600 peintures sur papier, ainsi que 120 estampes (gravures, lithographies, sérigraphies) produites dans une innovation technique permanente (cuivres déchiquetés à l'acide). Il a aussi réalisé, entre 1987 et 1994, les extraordinaires vitraux des 104 fenêtres de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron), pour lesquels il a inventé un verre translucide sensible aux variations de la lumière naturelle, et qui ont restitué à ce sommet de l'art roman la vérité de son admirable espace architectural.

Dès sa première exposition, en 1947, Soulages s'impose comme un des grands innovateurs de la peinture moderne et des plus féconds si l'on songe à l'impact qu'ont eu sur de nombreux contemporains, des deux côtés de l'Atlantique, la diffusion de ses premiers « brous de noix » – cette teinture pour bois –, avec leurs grandes formes noires se lisant d'un coup sur le clair du papier. À la fin des années 1950, son travail se renouvelle par l'intervention de transparences colorées dans une dynamisation de la surface. Dix ans plus tard, ce sont ses grandes toiles en noir et blanc qui bousculent le regard, avec l'intervention de ce que le philosophe et critique Harold Rosenberg désigne comme une « macrographie » qui lui est propre.

En 1979, Soulages passe à une peinture autre : ses toiles sont entièrement recouvertes d'un unique noir, sans être pourtant des monochromes. La matière colorée, en effet, est travaillée en épaisseur de deux manières différentes selon qu'elle est étalée par la brosse, à gestes amples et lents créant de larges bandes de stries, ou par une lame la répartissant en surfaces planes et lisses. Cette texture de la matière impose à la lumière dirigée sur la toile des incidences qui changent selon la direction des stries et des aplats, produisant une grande variation de couleurs et de valeurs, des noirs profonds, des blancs éblouissants, des gris anthracite. Quand le regardeur se déplace, les incidences de la lumière réfléchie se modifient et c'est toute la répartition sur la toile des différentes couleurs et valeurs du noir au blanc qui bascule. La toile fonctionne, dans sa matériali [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : professeur des Universités, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

Classification

Autres références

«  SOULAGES PIERRE (1919- )  » est également traité dans :

SOULAGES (exposition)

  • Écrit par 
  • Maïten BOUISSET
  •  • 1 056 mots

L'exposition consacrée en 2009 à Pierre Soulages, au Centre Georges-Pompidou, n'est pas la première du genre. En effet, l'artiste a été l'objet de très nombreuses manifestations un peu partout dans le monde. À Paris, on se souvient de l'exposition organisée dans ce même lieu en 1979, et de celle qui eut lieu en 1996 au musée d'Art moderne de la ville […] Lire la suite

PARIS ÉCOLES DE

  • Écrit par 
  • Claire MAINGON
  •  • 2 616 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La jeune école de Paris »  : […] Il convient de faire, enfin, la distinction entre la « seconde, ou nouvelle, école de Paris » et les artistes qui sont parfois regroupés sous l'appellation de « jeune peinture de l'école de Paris » au cours des mêmes années. Également nés autour de la Première Guerre mondiale, ils s'inscrivent surtout dans la poursuite d'une tradition expressive plus fortement figurative. Parmi les plus célèbres d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre ENCREVÉ, « SOULAGES PIERRE (1919- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-soulages/