SOULAGES (exposition)

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L'exposition consacrée en 2009 à Pierre Soulages, au Centre Georges-Pompidou, n'est pas la première du genre. En effet, l'artiste a été l'objet de très nombreuses manifestations un peu partout dans le monde. À Paris, on se souvient de l'exposition organisée dans ce même lieu en 1979, et de celle qui eut lieu en 1996 au musée d'Art moderne de la ville de Paris. La rétrospective proposée par Alfred Pacquement et Pierre Encrevé affirme dans sa présentation chronologique (1946 à 2009) la permanence et la cohérence des choix d'un artiste dont le cheminement est voué pour l'essentiel à une seule couleur, le noir. L'exposition a également bénéficié de la présence de Pierre Soulages, qui a tenu à suivre de très près la répartition des œuvres comme la réalisation du catalogue, véritable « livre-objet ». Le résultat est une mise en scène remarquable où rien ne semble avoir été laissé au hasard, qu'il s'agisse de l'organisation des espaces, de la présentation des œuvres et surtout de la qualité rare de l'éclairage, indispensable lorsqu'il s'agit d'une peinture dont l'auteur écrit : « Ce qui importe... c'est la réalité de la toile peinte : la couleur, la forme, la matière, d'où naissent la lumière et l'espace, et le rêve qu'elle porte. »

Les œuvres qui introduisent la manifestation sont des peintures de 1946 et le négatif d'une affiche réalisée par Soulages lors d'une exposition collective d'art abstrait organisée à Stuttgart, en novembre 1948. Placardée à des centaines d'exemplaires, elle fut pour beaucoup dans la reconnaissance internationale de l'artiste. Si la pratique du peintre s'offre d'entrée de jeu en tant qu'œuvre abstraite, elle affirme aussi sa sobriété et sa rigueur ainsi que sa marginalité au regard des courants informels du moment. Dès cette époque, on note l'utilisation d'un médium inusité – le brou de noix, cette couleur brune obtenue à partir de l'enveloppe des noix –, le choix du noir en tant que couleur privilégiée, et, concernant le titre, l'absence de toute référence extérieure. Les œuvres de Soulages seront toujours désignées d'un mot pour indiquer l'objet en tant que tel : Peinture, suivi du jour, du mois et de l'année de son achèvement, cet instant précis où le peintre assume cette structure où les tensions s'équilibrent et où le temps pénètre l'espace. À cela s'ajoute le format qui délimite l'étendue du champ pictural et son déploiement qui, au fil du temps, évoluera vers le monumental. En cette même période fondatrice, Soulages écrit : « Une peinture est un tout organisé, un ensemble de relations entre des formes (lignes, surface colorées...) sur lequel viennent se faire et se défaire le sens qu'on lui prête. »

Ainsi, avec les brous de noix sur papier des débuts se mettent en place les principes qui sont autant de fondements auxquels le peintre en plus de soixante ans d'exercice de la peinture ne dérogera pratiquement jamais, si ce n'est pour aller dans le sens d'un dépouillement formel et d'une réduction chromatique qui se réinvente en permanence autour de deux constantes : le noir et la lumière. C'est au cours de cette même année 1948 que se situe la première visite de James Johnson Sweeney, ancien conservateur du Museum of Modern Art de New York, qui ne cessera de soutenir le travail de l'artiste. Dès lors, Soulages délaisse souvent le papier pour la toile et agrandit son format. Avec Peinture 193,4 × 129,1, 1948-1949 (Museum of Modern Art, New York), le geste impose sa rigueur dans le tracé autoritaire de grandes verticales que croisent obliques et horizontales. « Elles ne représentent pas, elles présentent, a coutume de dire Soulages. Elles n'expriment pas, elles sont. »

Dans la décennie suivante, Soulages abandonne souvent le brou de noix pour l'huile, et la grande brosse chargée de noir laisse filtrer des stridences de bleu, de rouge ou de bistre, alors que la charge lumineuse s'intensifie. Jusqu'en 1979, écrit Pierre Encrevé, « dans le traitement du noir sur la toile, Soulages a alterné l'abord par la forme et l'abord par la surface ». La tentation d'un recouvrement total par le noir, comme besoin impératif de retour à cet ascétisme cistercien qu'évoque Georges Duby, semble pourtant se préciser dans Peinture, 14 mai 1968 (Musée national d'art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris) où les grands plans de noir occupent l'espace dans sa presque totalité.

Dix ans plus tard, Soulages réalise ses grandes peintu [...]

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Maïten BOUISSET, « SOULAGES (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/soulages/