HARTUNG HANS (1904-1989)

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Né à Leipzig en 1904, Allemand s'étant formé comme artiste sous la République de Weimar, Hans Hartung est venu vivre à Paris dès l'apparition du nazisme. « Je ne voulais pas céder. Je ne pouvais pas céder. J'aurais pu accepter les compromis, les compromissions. Essayer de faire une peinture plus à la mode et revenir en Allemagne, supporter Hitler, Si j'avais cédé, j'aurais cédé sur tout. » À Paris, il travaille dans des conditions misérables. En 1938, l'ambassade du Reich lui retire son passeport. En 1939, à la déclaration de la guerre, il s'inscrit sur la liste des volontaires contre l'hitlérisme. Il est versé dans la Légion étrangère. Démobilisé en 1940 après la défaite, il se cache dans le Lot avec la famille du sculpteur catalan Gonzalez, puis s'enfuit en Espagne, où il est incarcéré pendant sept mois. De là, il passe en Afrique du Nord, s'engage de nouveau dans la Légion, et sera de tous les coups durs. En novembre 1944, lors de l'attaque de Belfort, il est grièvement blessé et doit être amputé d'une jambe.

Naturalisé français à la fin de 1945, il reprend son travail là où il avait dû l'interrompre : il a devant lui un demi-siècle pour construire son œuvre. Dès sa première exposition personnelle à la galerie Lydia-Conti, à Paris, il est reconnu comme un maître de l'expressionnisme abstrait, situation qui lui restera acquise à travers les fluctuations de la mode et du marché. Si classique veut dire classé, situé, Hartung est l'un des grands classiques de la peinture abstraite.

Sa production est d'une exceptionnelle cohérence. « J'ai commencé très tôt [...]. À quinze-seize ans, je dessinais avec le dos de la plume des choses où la figuration ne joue presque plus. La tache prenait un sens par elle-même. » Il copie certaines œuvres du passé, comme le 3 de mayo de Goya, en supprimant progressivement l'image pour ne plus laisser apparaître qu'un jeu de taches et de traits. En fait, c'est l'émergence d'un nouveau type de pensée picturale. En 1925, il assiste à une conférence de Kandinsky qui lui révèle les richesses de l'abstraction, Hartung pourtant ne recourra jamais à un code symbolique quelconque : « Ça n'a pas plus de sens de peindre un triangle qu'une fleur. » Il veut intérioriser la peinture : « La réalité représentée est une entrave à l'expression pure et libre. » Ses études d'optique l'auront par ailleurs persuadé que « la perception du monde par l'œil est assez trompeuse ». Il faut passer outre.

À partir de 1933, Hartung intitule simplement ses tableaux T en ajoutant l'année et en leur donnant un numéro d'ordre. Jusqu'à la guerre, en cinq années, il explore dans ses limites le champ de la non-figuration instinctive. Le geste du peintre est nourri par l'être entier et par son expérience du monde ; ensuite, ce qui est déterminant, c'est « la correction continuelle de ce qui se fait dans la vitesse de l'instantané ». Jusqu'en 1951 environ, les peintures de Hartung ont un caractère anarchique et révolté. Puis elles se font plus statiques. À partir de 1959, le tracé, en écheveau, est souple et aisé. Hartung multiplie les lithographies, les gravures ; il s'adonne au pastel. Mais quelle que soit la technique utilisée, la vitesse reste primordiale : Hartung, qui en a conquis les « pouvoirs », la ressent comme « nécessité spirituelle » [Dominique Aubier]. En 1961, il recourt à des grattages dans la peinture encore fraîche : ainsi la lumière traverse la matière. Puis viennent des toiles de très grandes dimensions, sans, ou presque sans, graphisme, avec des nébuleuses sombres. Au début de 1970, d'amples signes noirs apparaissent. Les œuvres des années 1980 sont plus végétales, plus aquatiques, puis on assiste à une nouvelle explosion « ouranienne » qui rappelle l'obstinée nostalgie de Hartung pour l'astronomie. La photographie, qu'il a beaucoup pratiquée à la fin de sa vie, y est aussi pour quelque part.

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Jean-Clarence LAMBERT, « HARTUNG HANS - (1904-1989) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hans-hartung/