RESTANY PIERRE (1930-2003)

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« Je suis personnellement extrêmement heureux d'être, en tant que président du Palais de Tōkyō, site de création contemporaine, le garant moral d'une entreprise que je considère comme une des rares aventures du monde de l'art aujourd'hui : la survie de la communication libre au niveau d'une génération qui est directement aux prises avec toutes les tentations d'homologations médiatiques. » Fondateur du Nouveau Réalisme en 1960, nommé à la présidence du Palais de Tōkyō dès son ouverture, en 1999, le critique d'art Pierre Restany aura été, d'une extrémité à l'autre de sa carrière, de tous les combats d'avant-garde. Né en 1930 à Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales) dans une famille aisée et cultivée, Restany passe son enfance à Casablanca, puis poursuit ses études universitaires en France, en Italie et en Irlande. Si la formation littéraire qu'il reçoit, notamment en khâgne au lycée Henri-IV à Paris, le conduit très tôt à occuper un poste dans l'administration ministérielle, il l'abandonne rapidement au profit d'un intérêt grandissant pour l'art de son temps.

Dès le début des années 1950, Restany publie ses premiers écrits dans la revue Cimaise, y prend fait et cause pour Fautrier et se montre curieux de l'abstraction lyrique. À la suite de sa rencontre, déterminante, avec Yves Klein en 1955, le critique remet fondamentalement en cause les valeurs du langage. Analysant les mouvements contemporains de l'expressionnisme abstrait américain et de l'abstraction lyrique européenne, il décèle leurs limites, qu'il expose en 1958 dans l'ouvrage intitulé Lyrisme et abstraction, publié deux ans plus tard. Puis il élabore le concept de « nouveau réalisme = nouvelles approches perceptives du réel », donnant à la nature un sens moderne et attribuant une valeur humaniste à l'objet industriel. En 1960, il rassemble, sous le nom de Nouveaux Réalistes, différents artistes dont il a suivi le travail depuis leurs débuts : Arman, César, Christo, Deschamps, Dufrêne, Hains, Klein, Raysse, Rotella, Niki de Saint-Phalle, Spoerri, Tinguely et Villeglé. Dès lors, il devient l'ambassadeur du mouvement et l'impose sur le plan international, alors même que, d'Angleterre, le pop art gagne les États-Unis.

Les événements de 1968 le conduisent à une réflexion prospective sur les structures sociologiques de l'art contemporain, qu'il consigne dans son Livre blanc-Objet blanc. Toujours avide de nouveautés, Restany ne cesse d'élargir sa pensée en s'intéressant au travail de jeunes artistes ou de nouveaux groupes émergents, parmi lesquels Jean-Pierre Raynaud, Alain Jacquet et le mec art (mechanical art). Au cours des années 1970, notamment à la suite de sa rencontre avec l'artiste Dani Karavan, le critique oriente sa réflexion vers des problèmes d'esthétique et d'urbanisme. Par ailleurs, l'expérience qu'il fait, en 1978, de remonter le rio Negro, affluent de l'Amazone, l'amène à publier un manifeste portant ce nom, qui, renvoyant à un naturalisme intégral, se présente comme une « réponse objective, synthétique et planétaire aux questions de l'art d'aujourd'hui ».

Parallèlement à toutes ces aventures, Restany partage son temps entre Paris et l'Italie. À Milan plus particulièrement, sa « seconde patrie », il mène tout un travail attentif à l'évolution du design postmoderne, en collaborateur fidèle de la revue Domus. Proche de l'architecte Alessandro Mendini, il s'applique à repenser le rapport entre le monde de l'art et celui de la production, toujours préoccupé par la question du devenir de la création artistique dans la société postindustrielle.

Au cours des années 1980-1990, Restany, voyageur infatigable, développe des relations de travail avec le continent asiatique et porte un intérêt pionnier à l'art contemporain de cette région du monde. Conférencier hors pair, il multiplie ses participations dans les colloques et les débats internationaux. Écrivain prolifique, il donne de nombreux textes et préfaces de catalogues. L'attention critique toute spéciale qu'il accorde à Yves Klein, auquel il consacre son dernier ouvrage, Le Feu au cœur du vide, signale le sens de sa propre quête d'un art résolument sublime. Ainsi, comme le souligne le titre du livre d'entretiens avec Jean-François Bory paru en 1983, Restany aura passé toute Une vie dans l'art.

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Philippe PIGUET, « RESTANY PIERRE - (1930-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-restany/