Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

DUHEM PIERRE (1861-1916)

L'historien des sciences

Les recherches historiques de Duhem sont intimement liées à ses analyses en philosophie des sciences, qu'elles prolongent et illustrent. Il veut aussi montrer, par elles, que l'Église n'a pas été la puissance obscurantiste qu'on a prétendu, et qu'au contraire la culture et la philosophie chrétiennes ont rendu possible et préparé le développement de la science moderne. Dans ses Études sur Léonard de Vinci (1906-1913), comme dans son monumental Système du monde – dont cinq volumes parurent de son vivant, de 1913 à 1917, et les cinq autres bien plus tard, de 1954 à 1959 –, il montre comment le renouvellement des sciences commence non pas à la Renaissance mais dès le xiiie siècle, et combien Copernic, Galilée et les savants du xviie siècle ont été tributaires des œuvres de nombreux prédécesseurs, négligés jusqu'alors et dont il réévalue l'importance. Ayant pu consulter les carnets manuscrits de Léonard de Vinci, il y a trouvé citations et références à des auteurs antérieurs, dont il put également étudier les manuscrits à la Bibliothèque nationale. Quant au Système du monde, il apparaît aujourd'hui encore comme une contribution fondamentale à l'histoire des sciences au Moyen Âge ; il a permis, entre autres, de redécouvrir les maîtres parisiens Jean Buridan, Albert de Saxe, Nicolas Oresme.

Dans Σ́ώζειν τ̀α ϕαιν́ομενα (Sauver les phénomènes), qui est une illustration historique de sa conception sur les théories physiques, de Platon à Galilée, il explique qu'au fond Bellarmin avait raison de critiquer la confusion introduite par Galilée sur la physique et sur son but, qui n'est pas d'expliquer, comme il le proclamait, mais de représenter les phénomènes. La signification profonde du travail de Kepler et de Galilée ne fut, au contraire de ce qu'ils pensaient, que de donner à la physique le statut de science réservé auparavant à l'astronomie et de parvenir à l'unité dans la représentation des phénomènes : « ils croyaient renouveler Aristote ; ils préparaient Newton ».

D'autres travaux historiques de Duhem, sur L'Évolution de la mécanique (1903), sur Les Origines de la statique (1905-1906), sur les théories de la chaleur et les conceptions chimiques (Le Mixte, 1902), par exemple, sont également importants ; ils visent en général à retrouver une justification de sa conception philosophique sur les théories physiques en montrant comment la constitution de ces dernières les fait voir comme des classifications naturelles, et comment les modèles explicatifs sont autant d'obstacles avant d'être caducs (critique des conceptions atomistes et mécanistes).

— Michel PATY

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : directeur de recherche émérite au CNRS

Classification

Pour citer cet article

Michel PATY. DUHEM PIERRE (1861-1916) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • CAUSALITÉ

    • Écrit par , et
    • 12 987 mots
    • 3 médias
    ...la fois naturel et industriel. Cette réussite, célébrée par Auguste Comte, servira d'étendard et d'exemple aux adversaires de la causalité. Pierre Duhem, dans La Théorie physique (1906), radicalise la critique, en remarquant : « Une théorie physique n'est pas une explication. » Il s'agit,...
  • DESCRIPTION ET EXPLICATION

    • Écrit par
    • 9 388 mots
    • 1 média

    Certaines disciplines sont descriptives : astronomie, anatomie, zoologie. Une description peut être plus qu'une simple collection non ordonnée de faits ou de données, l'exemple des taxinomies le montre. La géographie comporte une partie descriptive ; les cartes sont de pures descriptions....

  • ERREUR

    • Écrit par
    • 4 874 mots
    • 2 médias
    ...schématiquement, on attribue deux objets aux théories physiques : expliquer la réalité ou représenter les phénomènes, c'est-à-dire des effets observables. Pour Pierre Duhem, au début du xxe siècle, « une théorie physique n'est pas une explication. C'est un système de propositions mathématiques, déduites d'un...
  • HASARD & NÉCESSITÉ

    • Écrit par , et
    • 9 614 mots
    Dés 1906, Pierre Duhem avait souligné qu'une description mathématique peut inspirer à la physique une idéalisation de type incorrect. Pour qu'une description mathématique ait un sens physique, elle doit résister à l'à-peu-près (P. Duhem, 1981). Une petite différence quantitative ne doit pas entraîner...
  • Afficher les 12 références