ALBERT-BIROT PIERRE (1876-1967)

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Peintre, sculpteur, imprimeur, romancier, poète, Pierre Albert-Birot est un esprit original et l'un des grands poètes du xxe siècle. Son père était un homme d'affaires qui réussissait mal et qui quitta bientôt le domicile conjugal. Pierre Albert-Birot passa son enfance à Angoulême, où il était né, dans une semi-pauvreté, tandis que sa mère avait ouvert une pension de famille pour parvenir à faire vivre la famille. À bout de ressources, elle décida enfin de s'établir à Paris où elle s'improvisa couturière. Albert-Birot entre à l'École des beaux-arts et apprend la sculpture dans divers ateliers. Une de ses sculptures, La Veuve, est achetée par l'État et trône encore aujourd'hui au cimetière d'Issy-les-Moulineaux. Pour vivre, il sculpte aussi des façades de maisons. À la même époque, il peint, et il commence à composer des poèmes. Plus tard, quand on lui demandera s'il est bon pour un artiste de se disperser ainsi, il citera l'exemple de Léonard de Vinci !

La guerre éclate : Albert-Birot est réformé. En 1916, il crée la revue d'avant-garde Sic, dont il rédige entièrement les deux premiers numéros. C'est à ce moment qu'il fait la connaissance de Guillaume Apollinaire, qui se présente à lui le front ceint d'un bandeau. Dès le numéro quatre, Sic, qui publiera par la suite Drieu La Rochelle, Soupault, Tzara et Raymond Radiguet, obtient la collaboration d'Apollinaire. La revue organise des manifestations artistiques : lectures de poèmes entre autres. C'est dans le cadre d'une de ces manifestations qu'est montée Les Mamelles de Tirésias, la fameuse pièce d'Apollinaire qui provoque un scandale. Apollinaire avait proposé d'intituler sa pièce « drame surnaturaliste ». Albert-Birot suggère le terme « surréaliste ». Breton et son groupe, auquel n'appartiendra pourtant pas Albert-Birot, reprennent le terme à leur compte. En décembre 1919, après quatre années d'existence, Sic cesse de paraître, car, comme l'explique son fondateur : « Les revues d'avant-garde doivent mourir jeunes. »

Bien qu'il continue de peindre par intermittence après la guerre, Albert-Birot se consacre surtout à l'œuvre écrite et au théâtre. Il publie Trente et Un Poèmes de poche (1917), avec un « poèmepréface-préfaceprophétie » de Guillaume Apollinaire ; Poèmes quotidiens et La Joie des sept couleurs (1919) ; La Triloterie (1920) ; La Lune ou le Livre des poèmes (1924). Il écrit aussi de nombreuses pièces de théâtre, des pantomimes, des pièces pour marionnettes, dont certaines sont inédites, comme Barbe-Bleue.

En ce qui concerne le jeu et la mise en scène, Albert-Birot est farouchement antiréaliste. Pour lui la création théâtrale doit être un cirque dont le public occupe le centre tandis que les acteurs se déplacent sur une plate-forme périphérique. En 1929, il crée son propre théâtre de recherche, Le Plateau, et il monte ses propres pièces, en particulier Matoum et Tévibar, écrite en 1919, et Barbe-Bleue. Jouvet, Copeau, Dullin, tous les grands noms du théâtre de l'entre-deux-guerres s'intéressent à ses recherches. Ces pièces, extrêmement originales, tant dans leur écriture que dans leur mise en scène, restent plus proches du poème que de la pièce de théâtre classique. Albert-Birot y montre son goût du merveilleux, qui s'intègre dans le quotidien, son sens de l'humour qui n'exclut pas la bonne santé, et cette simplicité qui le caractérise et que Guillaume Apollinaire avait déjà soulignée.

Avec les années trente commencent les années de solitude. Sa femme meurt. Il publie Ma Morte (1931), qu'il imprime lui-même sur une presse à bras, dans un coin de son atelier. Il travaille chez un antiquaire à restaurer des meubles anciens. En même temps il imprime lui-même d'autres recueils : Le Cycle des Poèmes de l'année (1937), Amenpeine (1938), Miniatures (1939). Il compose également à cette époque son « roman », Grabinoulor, qui est publié en 1933, ainsi que Rémy Floche, employé (1934).

On a souvent considéré Albert-Birot comme un écrivain surréaliste. Lui-même a refusé cette étiquette, car il n'a jamais appartenu au groupe surréaliste non plus qu'aux dadaïstes. Cet artisan consciencieux n'est d'ailleurs pas un homme de groupe. Il est le fondateur d'une école, le « nunisme », qui reste sans disciples attitrés. Poète de la simplicité, du naturel, de la joie et de la transparence, il est ouvert à tous les genres, à tous les modes d'expression. Ses « poèmes à crier et à danser » préfigurent les poèmes lettristes. Les objets de la vie de tous les jours, compagnons d'une solitude qu'ils peuplent, subissent les transformations de la lumière et du temps. Tristesse de la solitude parfois, mais réduite par la compagnie de ces doubles du poète que sont Grabinoulor ou Rémy Floche, ou encore ceux des Poèmes à l'autre moi (1954). Le poète est son propre double, et son corps son compagnon. C'est par sa maîtrise de la langue, son goût de faire jaillir des tours nouveaux, aussi bien que par le ton épique de Grabinoulor, qu'on a pu comparer Albert-Birot à Rabelais. Mais c'est son immense simplicité, son « ingénuité profonde » dont parlait Max Jacob, qui lui donnera la place qu'il mérite au sein des lettres françaises.

Pierre Albert-Birot est mort dans le dénuement en 1967.

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Marc BLOCH, « ALBERT-BIROT PIERRE - (1876-1967) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-albert-birot/