PHILANDRIER GUILLAUME dit PHILANDER (1505-1565)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La notoriété de Guillaume Philandrier n'eût sans doute dépassé les cercles humanistes (il fut l'ami de Rabelais) s'il n'avait publié en 1544, à Rome, des annotations sur le De architectura de Vitruve, In decem libros M. Vitruvii Pollionis de architectura annotationes. L'ouvrage n'est pas seulement un commentaire vitruvien illustré — le second après celui de Cesare Cesariano (Côme, 1521) ; il contient également des corrections pour le texte latin de Vitruve ainsi qu'une Digression où est exposé le système des cinq ordres d'architecture. Les Annotationes reflètent le parcours exceptionnel de leur auteur, humaniste et théoricien qui passa près de dix ans en Italie et fréquenta toutes les personnalités du monde artistique, littéraire et humaniste.

La biographie que Philibert de La Mare consacre à Philandrier, De vita, moribus et scriptis Guillelmi Castilionis civis romani epistola (Dijon, 1667), est fort utile mais peu précise sur les séjours de Philandrier à Venise puis à Rome, si importants pour la genèse des Annotationes. Issu d'une ancienne famille bourguignonne, Philandrier reçoit une éducation humaniste et acquiert assez vite une réputation de savant qui lui vaut de devenir en 1533 le secrétaire de l'évêque de Rodez, Georges d'Armagnac. Il prépare alors une édition commentée de Quintilien dont il publie les prémices (Castigationes atque annotationes pauculae in XII libros institutionum M. Fab. Quintiliani, Lyon, 1535). Le nom de Vitruve lui est familier comme à tous les humanistes. En 1536, il accompagne d'Armagnac à Venise où ce dernier est envoyé par François Ier comme ambassadeur auprès de la Sérénissime République. Philandrier fréquente Titien, l'Arétin... et surtout l'architecte Sebastiano Serlio dont il devient le disciple. Il s'intéresse à cette époque au traité de Vitruve et étudie avec Serlio le livre que le Bolonais publie sur les cinq ordres d'architecture (Quarto Libro, Venise, 1537). Après un bref séjour en France où Philandrier rencontre Guillaume Budé (janvier 1540), il voyage en Italie avant de gagner Rome où d'Armagnac est nommé ambassadeur auprès du pape. À la cour de Paul III, il fréquente les plus grands architectes et artistes de l'époque (Antonio da Sangallo par exemple), les membres les plus représentatifs de l'élite intellectuelle romaine (Marcello Cervini, le futur pape Marcel II). Il prend part aux séances de l'Accademia dellà Virtù qui a pour dessein, entre autres, l'édition commentée du traité de l'architecte romain. En 1541, alors que sa participation à l'académie vitruvienne est attestée, Philandrier entreprend pour son propre compte la rédaction des Annotationes qui paraissent trois ans plus tard. Elles sont rééditées à Paris, en 1545. Philandrier rentre en France vraisemblablement au début de l'année 1546 et se fixe définitivement à Rodez. Il n'accompagne pas d'Armagnac lorsque celui-ci retourne à Rome. Il se consacre à l'enseignement et à la révision des Annotationes dont une version augmentée paraît à Lyon, en 1552, accompagnée d'un texte intégral de Vitruve. En 1554, il devient chanoine puis archidiacre de Rodez. Il meurt à Toulouse en 1565, lors d'une visite à d'Armagnac, archevêque de cette ville.

Les Annotationes sont rédigées sous forme de notes, à partir d'extraits de Vitruve. Lorsque le texte ne lui paraît pas satisfaisant, Philandrier propose une correction circonstanciée. Il poursuit ainsi l'immense travail de restauration philologique entrepris par Fra Giocondo, auteur de la première édition véritablement scientifique du De architectura de Vitruve (Venise, 1511). La pertinence des corrections fait des Annotationes un texte de référence pour tous les éditeurs de Vitruve, anciens et modernes. Mais les Annotationes sont surtout un commentaire d'une prodigieuse érudition. Philandrier utilise toutes les sources du savoir, livresques (auteurs antiques et modernes) mais aussi numismatiques, épigraphiques et archéologiques. Une exceptionnelle connaissance des vestiges antiques (monuments, statues, inscriptions, monnaies) confère à son ouvrage une originalité certaine. Philandrier développe enfin dans la Digression du livre III le système des cinq ordres codifié par Serlio dans le Quarto [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : chargée de recherche au C.N.R.S., centre d'études supérieures de la Renaissance, Tours

Classification

Pour citer l’article

Frédérique LEMERLE, « PHILANDRIER GUILLAUME dit PHILANDER (1505-1565) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/philandrier-philander/