LUDWIG PETER (1925-1996)

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Issu d'une famille cultivée de la grande bourgeoisie de Coblence, élève du Gymnasium Kaiserin Augusta, Peter Ernst Rudolf Georg Ludwig commence en 1946 son droit à l'université de Bonn, avant d'étudier l'histoire de l'art, la préhistoire, l'archéologie classique et la philosophie à l'université de Mayence. En 1950, il soutient une thèse sur Picasso et obtient son doctorat. Marié en 1951 à sa condisciple Irene Monheim, fille d'un industriel du chocolat, et comme lui docteur en histoire de l'art, il entre dès l'année suivante dans la société de sa belle-famille. Parallèlement à ses activités professionnelles (il deviendra le « roi du chocolat » en Allemagne), il va constituer avec son épouse des collections d'œuvres d'art qui comptent parmi les plus riches du xxe siècle.

Composées de quelque six mille objets couvrant tous les domaines de l'histoire de l'art (Antiquité, Moyen Âge, baroque, objets d'art, porcelaines et faïence, Amérique précolombienne et arts primitifs, art chinois et islamique, mais surtout art moderne et contemporain), ces collections forment des ensembles remarquables que les Ludwig, très tôt en relation avec le monde des musées, vont peu à peu, à partir de la fin des années 1960, prêter ou donner à un grand nombre d'institutions, non seulement d'Allemagne, mais aussi de Hongrie et de Russie, de Cuba et même d'Extrême-Orient.

La plus célèbre de ces « libéralités » – près de quatre cents œuvres – est celle faite à la ville de Cologne en 1976 moyennant la création d'un musée Ludwig rattaché au Wallraf Richartz Museum. Elle témoigne de l'attachement des Ludwig à cette cité riche en musées et en collectionneurs, redevenue après la guerre une grande métropole de l'art moderne : l'exemple de Josef Haubrich, qui fit don à la ville de Cologne en mai 1946 de sa collection d'art moderne – exposée dès octobre dans les locaux de l'ancienne université où Peter Ludwig la découvrit – n'est peut-être pas étranger à la vocation de ce dernier. Précédée par un dépôt permanent en 1969, la donation Ludwig a pour noyau un ensemble exceptionnel d'œuvres d'art contemporain, en particulier américain. « Ce qui donne, écrira plus tard Peter Ludwig, à l'art des années 1960 sa véritable dimension, c'est, pour la première fois, l'entrée en lice comme force novatrice des artistes nord-américains. »

Stimulé, semble-t-il, par Wolfgang Hahn, directeur du laboratoire de restauration du Wallraf Richartz Museum, et lui-même collectionneur (du mouvement Fluxus notamment), l'intérêt des Ludwig pour l'art contemporain américain les a amenés à rassembler en peu de temps l'une des plus riches collections au monde en la matière, en particulier pour le pop art. Mais les Ludwig se passionnent aussi pour les œuvres modernes « classiques » (cubisme, expressionnisme allemand, surréalisme, art russe du début du xxe siècle, école de Paris), ainsi que pour tous les développements de l'art européen à partir des années 1960 : nouveau réalisme, nouvelle figuration, art minimal, avant-gardes allemande, française et soviétique, etc.

Situé près de la cathédrale de Cologne, le nouveau Wallraf Richartz Museum-Museum Ludwig, construit par les architectes Peter Busmann et Godfrid Haberer, est inauguré en 1986 : il a coûté 252 millions de deutsche Mark. Le musée accueille de très nombreuses expositions (en 1987, par exemple, Miró sculpteur ; en 1989, une Rétrospective Andy Warhol organisée en collaboration avec le M.O.M.A. ; en 1992, Pop Art, réalisée avec la Royal Academy de Londres ; en 1993, L'Art latino-américain du XXe siècle, organisée avec le M.O.M.A. encore ; puis Pablo Picasso-Collection Ludwig, qui rassemble cent soixante-dix pièces : tableaux, collages, dessins et sculptures, céramiques...) et poursuit, avec l'aide des Ludwig, ses acquisitions. « Cinq ans après l'emménagement dans les nouveaux locaux », écrit Marc Scheps, l'actuel directeur du musée, dans un remarquable ouvrage collectif publié en 1996 par Taschen, L'Art du XXe siècle - Museum Ludwig Cologne, « le manque de place se fait à nouveau cruellement sentir » ; mais il est vrai que l'accord passé en 1976 avec la ville de Cologne prévoyait la construction, à terme, d'un nouveau bâtiment destiné à accueillir les collections propres au Wallraf Richartz Museum...

À partir de là, d'autres donations et fondations, souvent précédées de dépôts permanents, se succèdent à un rythme rapide et vont illustrer partout le nom des Ludwig, en Allemagne comme dans les pays de l'Est (Peter Ludwig, en tant qu'industriel, était partisan d'une ouverture vers ces pays), et jusqu'à Cuba : Aix-la-Chapelle, Bâle, Bamberg, Bochum, Budapest, Coblence, Cologne encore et à plusieurs reprises, La Havane, Sarrelouis, Saint-Pétersbourg, Vienne... Les musées qui bénéficient de dépôts d'œuvres des collections Ludwig composent une liste tout aussi impressionnante : il s'agit pour la plupart d'institutions allemandes auxquelles s'ajoutent des musées de Suisse, de Scandinavie et de France (le Musée national d'art moderne, à Paris). Dernièrement, Peter et Irene Ludwig avaient engagé des relations artistiques avec la Chine : un musée d'Art contemporain portant leur nom – le Ludwig für Internationale Kunst – est en gestation au palais des Arts de Pékin.

« Se sentir de la partie, écrivait Peter Ludwig, voir à l'instant comment des êtres que nous connaissons, avec qui nous parlons, expriment les rêves et les angoisses, les espoirs et les urgences de leur époque, c'est fascinant et cela rend heureux. »

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Robert FOHR, « LUDWIG PETER - (1925-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peter-ludwig/